Finances à Bordeaux : l’ex-majorité écologiste défend sa gestion face aux critiques
Le nouveau maire Thomas Cazenave pointe une dette de 413 M€ et un risque de mise sous tutelle. Les anciens élus de Pierre Hurmic réfutent toute dissimulation et revendiquent des investissements pour la transition écologique.
Présenté le 22 juin, un audit du cabinet EY révèle que la dette bordelaise a bondi de 64 % entre 2019 et 2025. Le nouveau maire alerte sur un possible contrôle de l’État. L’équipe écologiste sortante réplique en mettant en avant ses choix d’investissement.
L’essentiel
- Dette municipale : 413 M€ fin 2025, contre 252 M€ en 2019 (soit +64 %), selon l’audit EY.
- Risque de tutelle : Le nouveau maire Thomas Cazenave a reçu un courrier d’alerte de la préfecture de la Gironde et de la DGFiP.
- Réponse écologiste : Pierre Hurmic et ses colistiers justifient la dette par des investissements dans l’adaptation climatique (panneaux solaires, végétalisation).
- Plan d’économies : La majorité actuelle annonce un collectif budgétaire rectificatif pour 2026, puis un budget 2027 resserré.
La bataille des chiffres fait rage à l’hôtel de ville. Élu maire de Bordeaux le 22 mars 2026 avec 50,95 % des voix face au sortant écologiste Pierre Hurmic, le socialiste Thomas Cazenave a présenté le 22 juin devant la presse un audit financier réalisé par le cabinet EY. Le constat est sans appel : la dette municipale atteint 413 millions d’euros fin 2025, contre 252 millions en 2019, soit une hausse de 64 % en six ans.
Selon l’audit, les dépenses de fonctionnement ont augmenté trois fois plus vite que les recettes entre 2023 et 2025, créant un « effet ciseau » qui dégrade les ratios financiers de la ville. Thomas Cazenave a indiqué avoir reçu un courrier conjoint de la préfecture de la Gironde et de la direction générale des finances publiques (DGFiP) alertant sur ce risque. « Nous sommes au bord de la mise sous tutelle », a-t-il déclaré, accusant l’ancienne majorité de lui avoir « dissimulé la gravité de la situation » lors de la passation de pouvoirs.
« Nous avons investi pour l’avenir » : la défense écologiste
Les élus de l’ex-majorité conduite par Pierre Hurmic (2019-2026) ne l’entendent pas de cette oreille. Dans un communiqué diffusé le 22 juin au soir, ils réfutent toute « gestion hasardeuse ». Ils estiment que la progression de la dette est le résultat assumé d’une politique d’investissement massive dans la transition énergétique et l’adaptation au dérèglement climatique.
L’ancienne équipe met en avant des réalisations concrètes : équipement de 52 bâtiments municipaux en panneaux solaires, plantation de 70 000 arbres en six ans, création de nouvelles zones de végétalisation et de pistes cyclables. « Ces choix ne sont pas des dépenses, ce sont des investissements qui préparent Bordeaux à demain », plaide un ancien adjoint, joint par info.fr. L’ex-majorité souligne aussi que la capacité de désendettement de la ville reste, selon ses calculs, dans des « marges acceptables » pour une commune de cette taille.
Contexte dans la Gironde
Bordeaux (260 000 habitants, préfecture de la Gironde) fait figure de poids lourd financier dans le département. Avec un budget de fonctionnement oscillant autour de 600 millions d’euros, elle concentre une part importante des dépenses publiques locales. Les communes girondines sont globalement moins endettées : la dette moyenne par habitant dans le département s’établit à environ 1 200 euros, contre près de 1 590 euros pour Bordeaux (sur la base des 413 M€ annoncés). Le département de la Gironde lui-même affiche une situation saine, avec une dette de 850 M€ pour 1,6 million d’habitants. Mais plusieurs collectivités locales ont connu des alertes récentes : en 2021, la commune de Cenon avait dû passer sous le régime du plan de redressement après une accumulation de dettes. L’audit d’EY place Bordeaux dans une catégorie de risque qui pourrait justifier un contrôle renforcé de la chambre régionale des comptes.
La question de la « tutelle » évoquée par le maire renvoie aux dispositifs de l’article L. 1612-1 du CGCT : si les ratios d’endettement et d’épargne brute tombent en dessous des seuils réglementaires, le préfet peut demander un plan de retour à l’équilibre sous trois mois, faute de quoi la ville peut être placée sous la surveillance de la chambre régionale des comptes.
Un plan de redressement annoncé
Thomas Cazenave entend agir vite. Il a annoncé la présentation d’un collectif budgétaire rectificatif pour l’exercice 2026 « dès la rentrée de septembre », suivi d’un budget 2027 « sobres et rigoureux ». Les grandes orientations : gel des recrutements, coupes dans les subventions aux associations non prioritaires, révision des tarifs des services municipaux. « Il faudra faire des choix douloureux, mais nous n’avons plus le choix », a-t-il insisté.
De son côté, l’opposition écologiste promet de « surveiller que les économies ne se fassent pas sur le dos des plus fragiles et du climat ». Les deux camps se retrouveront au prochain conseil municipal, prévu le 7 juillet 2026, pour un premier débat d’orientation budgétaire.
Prochaine étape
Le collectif budgétaire rectificatif sera examiné en septembre 2026. D’ici là, le maire doit rencontrer le préfet de la Gironde pour discuter des modalités de la procédure de contrôle. La chambre régionale des comptes pourrait être saisie si les ratios ne s’améliorent pas.