Bordeaux : le maire alerte sur une dette de 413 millions et un risque de tutelle
Thomas Cazenave révèle un audit EY pointant une dette en hausse de 64% et une capacité de désendettement dégradée, tandis que la préfecture et la DGFiP ont adressé un courrier d'alerte
Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a alerté le 22 juin sur la situation financière critique de la ville, évoquant un risque de mise sous tutelle. La dette a bondi de 64% en six ans pour atteindre 413 millions d'euros, selon un audit du cabinet EY. Un courrier conjoint de la préfecture et de la DGFiP a déjà été adressé à la mairie.
L’essentiel
- Dette en hausse de 64 % : l’encours de la dette municipale est passé de 252 millions d’euros en 2019 à 413 millions fin 2025, selon l’audit EY.
- Capacité de désendettement dégradée : le ratio est passé de 4,4 ans en 2019 à 8,6 ans en 2025, bien au-dessus du seuil d’alerte.
- Courrier d’alerte conjoint : la préfecture de la Gironde et la DGFiP ont adressé un avertissement à la mairie sur la dégradation des ratios financiers.
- Risque de tutelle : le maire Thomas Cazenave a déclaré que l’État pourrait placer Bordeaux sous tutelle si la trajectoire n’est pas redressée.
- Mesures d’économies à venir : un budget rectificatif pour 2026 et le budget 2027 intégreront des économies structurelles.
Le 22 juin 2026, le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave (Renaissance), a tiré la sonnette d’alarme sur l’état des finances de la ville. Élu en mars 2026, l’ancien ministre délégué aux Comptes publics a qualifié la dette historique de la commune d’« intenable » et agité la menace d’une mise sous tutelle par l’État.
Un audit EY qui confirme la dérive
Les chiffres présentés par l’édile s’appuient sur un audit réalisé par le cabinet EY. Selon ce document, l’encours de la dette de Bordeaux est passé de 252 millions d’euros en 2019 à 413 millions d’euros à la fin de l’année 2025, soit une hausse de 64 % en six ans. Parallèlement, la capacité de désendettement - le nombre d’années nécessaires pour rembourser la dette avec l’épargne brute - s’est fortement dégradée : elle est passée de 4,4 ans en 2019 à 8,6 ans en 2025. Ce ratio est considéré comme un indicateur clé de la santé financière des collectivités ; un niveau supérieur à 7 ans est généralement jugé préoccupant.
Interrogé par l’AFP, Thomas Cazenave a précisé que la municipalité a déjà reçu un courrier d’alerte conjoint de la préfecture de la Gironde et de la Direction générale des finances publiques (DGFiP). Les services de l’État attirent l’attention sur la dégradation continue des ratios financiers et appellent à un redressement rapide.
« La situation est très sérieuse. Si nous ne réagissons pas, l’État pourrait être amené à placer la ville sous tutelle, ce qui signifierait une perte d’autonomie de décision pour Bordeaux », a déclaré le maire lors d’une conférence de presse.
Des investissements écologistes en question
L’explosion de la dette intervient après deux mandats de l’écologiste Pierre Hurmic (2020-2026). La majorité sortante avait lancé un vaste programme de végétalisation, planté 70 000 arbres, équipé 52 bâtiments municipaux de panneaux solaires et réaménagé les cours d’écoles. Ces investissements, présentés comme nécessaires face à l’urgence climatique, ont creusé les déficits.
Dans un communiqué, les élus de l’ancienne majorité écologiste, désormais dans l’opposition, contestent la lecture du maire. Selon eux, ces dépenses étaient indispensables et la situation financière reste maîtrisée. « Loin d’être une catastrophe, la dette de Bordeaux est le reflet d’investissements d’avenir. Le nouveau maire exagère pour préparer les Bordelais à une politique d’austérité », ont-ils répondu.
La controverse intervient dans un contexte national tendu, où plusieurs collectivités locales alertent sur leurs finances. Bordeaux devient ainsi un cas emblématique des arbitrages entre transition écologique et orthodoxie budgétaire.
Contexte dans la Gironde
Bordeaux, préfecture de la Gironde et première ville de Nouvelle-Aquitaine, pèse lourd dans l’économie départementale. Avec environ 260 000 habitants, la commune concentre l’essentiel des services, universités et sièges d’entreprises. Une mise sous tutelle constituerait un précédent rare pour une métropole de cette taille. Dans le département, d’autres communes font face à des difficultés financières, mais aucune n’a atteint un niveau d’alerte aussi élevé. Le cas bordelais pourrait servir d’avertissement pour l’ensemble des collectivités girondines.
Les mesures prévues
Pour redresser la barre, Thomas Cazenave a annoncé que des mesures d’économies seraient intégrées dans un budget rectificatif pour l’exercice 2026, puis dans le budget 2027. Le détail n’a pas encore été communiqué, mais le maire a évoqué une révision des dépenses de fonctionnement et un recentrage des investissements sur les priorités les plus urgentes.
« Nous devons retrouver des marges de manœuvre. Cela passera par des choix parfois difficiles, mais nécessaires pour garantir l’avenir de Bordeaux », a-t-il ajouté.
Les syndicats et associations locales ont déjà fait part de leurs inquiétudes face à d’éventuelles coupes dans les services publics. Dans d’autres villes françaises, des tensions similaires ont conduit à des mobilisations, comme récemment à Évry-Courcouronnes, où un appel intersyndical a été lancé contre la vie chère. Par ailleurs, les investissements climatiques défendus par l’ancienne majorité bordelaise font écho aux mesures de crise prises ailleurs, telles que les chantiers suspendus et transports à tarif réduit à Toulouse lors de la canicule.
Prochaine étape
Le conseil municipal devrait examiner le budget rectificatif 2026 à l’automne. D’ici là, le maire a promis de consulter les partenaires sociaux et les élus de tous bords. La préfecture, de son côté, suivra de près l’évolution des comptes. Si les efforts ne sont pas jugés suffisants, la menace d’une tutelle pourrait se concrétiser dès 2027.