Bordeaux : une piscine sauvage aux Capucins verbalisée par la police municipale
Un gérant de restaurant a installé une piscine gonflable place des Capucins pour offrir un peu de fraîcheur. L’initiative, illégale, a été tolérée quelques heures avant d’être démontée.
Le 25 juin, le gérant du Bistro Poulette a installé une piscine gonflable place des Capucins à Bordeaux, en pleine canicule. La police municipale a dressé une contravention et fait démonter le bassin dans la soirée, sur fond de polémique nationale.
L’essentiel
- Installation le 25 juin : un gérant de restaurant a installé une piscine gonflable place des Capucins à Bordeaux.
- Verbalisation : la police municipale a dressé une contravention et fait démonter la piscine le soir même.
- Polémique : l’affaire relance le débat sur le traitement différencié de l’espace public, après un incident similaire à Clermont-Ferrand.
Le 25 juin 2026, alors que la Gironde est en vigilance orange canicule (passée de vigilance rouge) et que les températures ont atteint 39,3°C à Bordeaux le 19 juin, un commerçant a installé une piscine gonflable de plain-pied sur la place des Capucins. L’initiative, filmée et partagée sur les réseaux sociaux, a rapidement attiré riverains et curieux.
Une piscine gonflable place des Capucins
Le gérant du Bistro Poulette, dont la terrasse jouxte la place, a rempli la piscine au milieu de l’après-midi. L’eau a vite été prise d’assaut par des enfants du quartier et quelques adultes. « C’est énorme », a commenté un habitant à Actu.fr. La scène, filmée depuis un immeuble voisin, montre des badauds rafraîchis sous les regards amusés des passants.
L’installation n’avait fait l’objet d’aucune autorisation administrative. L’occupation d’une place publique sans accord municipal expose à une amende pouvant atteindre 45 000 euros, selon le code général de la propriété des personnes publiques.
Verbalisation et démontage le soir-même
Prévenue, la police municipale s’est rendue sur place en fin de journée. Les agents ont dressé une contravention pour occupation illégale du domaine public et ont exigé le démontage immédiat de la piscine. Le commerçant s’est exécuté sans opposition. La mairie de Bordeaux, interrogée par Actu.fr, indique avoir « toléré temporairement l’événement » le temps de l’après-midi, avant de faire respecter la réglementation.
Le maire de Bordeaux n’était plus Pierre Hurmic en juin 2026, celui-ci ayant quitté ses fonctions le 27 mars 2026. Ses services rappellent que « l’espace public est soumis à des règles communes et que toute installation doit faire l’objet d’une demande préalable ». Aucune démarche n’avait été déposée par le restaurateur.
Une polémique nationale sur le traitement de l’espace public
L’épisode bordelais intervient quelques semaines après un incident similaire à Clermont-Ferrand. Le 25 ou 26 juin, une piscine gonflable installée dans un quartier populaire avait été évacuée par plusieurs policiers, suscitant l’indignation des habitants. France 3 avait alors titré : « C’est disproportionné ». Sur les réseaux sociaux, des voix s’élèvent pour dénoncer un « deux poids, deux mesures » : une tolérance pour les commerces du centre-ville de Bordeaux contre une répression musclée dans les quartiers clermontois.
Le gérant du Bistro Poulette n’a pas souhaité s’exprimer depuis la verbalisation. Interrogé par Actu.fr le 25 juin au soir, il a simplement déclaré : « Je voulais offrir un moment de fraîcheur aux gens du quartier. Je suis déçu que ça finisse comme ça. »
Contexte dans le département
La Gironde traverse depuis le 21 juin un épisode caniculaire, classé en vigilance rouge à partir de dimanche 12h (21 juin) puis en orange à partir du 25 juin. Les températures ont atteint 39,3°C à Bordeaux (pic du 19 juin), avec 43°C en agglomération bordelaise et record de 40,7°C à Pauillac. La préfecture a activé des mesures exceptionnelles : interdiction des manifestations sportives en extérieur, adaptation des horaires des établissements scolaires, accès gratuit aux parcs et jardins ombragés.
Les piscines municipales de Bordeaux Métropole ont étendu leurs horaires d’ouverture en soirée. Plusieurs bassins ont même proposé des nocturnes jusqu’à 23 h, comme le stade nautique Charles-Martin. « Les équipements publics sont saturés, des files d’attente se forment dès 14 heures », indique un agent d’accueil joint par téléphone.
Dans ce contexte, l’initiative du restaurateur des Capucins a été saluée localement comme une réponse créative, mais illégale, à la pénurie de points d’eau rafraîchissants en centre-ville. La place des Capucins, habituellement animée par ses commerces de bouche et ses terrasses, ne dispose d’aucune fontaine publique ni brumisateur.
L’opposition municipale (LR) a interpellé la majorité écologiste sur « l’absence d’équipements publics de rafraîchissement dans les places centrales ». Un conseiller municipal a déposé une question écrite en ce sens, sans obtenir de réponse pour l’instant.
Quelles alternatives pour les commerçants ?
Face à la canicule, d’autres commerçants bordelais ont improvisé des solutions : brumisateurs sur les terrasses, distribution gratuite d’eau, voire petits bassins pour chiens. Mais aucune autre installation clandestine de piscine n’a été signalée à ce jour. La mairie rappelle que des autorisations temporaires d’occupation de l’espace public peuvent être délivrées pour des animations ponctuelles, mais que « rien n’a été demandé dans le cas présent ».
À Bordeaux, comme dans d’autres villes confrontées à des épisodes caniculaires, la question de l’adaptation des espaces publics se pose avec acuité. Dans l’Eure-et-Loir, la vigilance rouge a été levée ce week-end après des orages, tandis qu’à Nevers les installateurs de climatisation étaient pris d’assaut.
La polémique bordelaise illustre le débat récurrent entre tolérance citoyenne et respect de la réglementation. Pour l’heure, aucune procédure judiciaire complémentaire n’est engagée au-delà de la contravention. Le commerçant, lui, assure « ne pas regretter son geste, malgré l’amende ».