Bordeaux : réseau de narco-blanchiment démantelé, 50 kg de cocaïne et 8 M€ saisis
L'OFAST de Bordeaux et l'ONAF ont interpellé 15 personnes dans une opération franco-belge visant un réseau opérant entre la France, la Belgique et la Mauritanie.
Début juin 2026, une équipe commune d'enquête franco-belge a démantelé un réseau international de blanchiment lié au narcotrafic. Quinze personnes ont été interpellées, 50 kg de cocaïne et 8 millions d'euros saisis. L'enquête avait débuté en 2025 après des rendez-vous suspects en gare de Bordeaux-Saint-Jean.
L’essentiel
- 15 interpellations : coup de filet mené les 5 et 6 juin 2026 en France et en Belgique.
- 50 kg de cocaïne et 8 M€ saisis, dont 7,9 M€ sur les comptes d’une société bruxelloise d’achat-revente de véhicules.
- 24 M€ blanchis en huit mois, selon l’estimation des enquêteurs, via des collecteurs sillonnant les grandes villes françaises en train.
- Deux mis en examen écroués à Paris (Jirs-Junalco) ; en Belgique, cinq inculpés dont un sous mandat d’arrêt, susceptible d’être en Mauritanie.
- Enquête ouverte en 2025 après des rendez-vous repérés en gare de Bordeaux-Saint-Jean entre trafiquants girondins et collecteurs mauritaniens.
Une enquête née en gare Saint-Jean
Tout commence en 2025 à Bordeaux. Des agents de l’Office anti-stupéfiants (OFAST) repèrent des rendez-vous récurrents en gare Saint-Jean entre des individus girondins et des collecteurs de nationalité mauritanienne. Ces derniers arrivent en train, reçoivent des espèces, et repartent. Le schéma se répète dans plusieurs grandes villes françaises.
L’enquête s’étoffe rapidement. Selon Le Figaro et Ouest-France, les collecteurs opèrent sous couvert d’achats de véhicules, munis de justificatifs de déclaration d’espèces en douane. L’un d’eux a reconnu être rémunéré 400 euros par trajet. En huit mois, le flux estimé atteint 24 millions d’euros, toujours selon les mêmes sources.
Un réseau à trois pays, une société-écran à Bruxelles
Le schéma de blanchiment s’appuie sur une société d’achat et de revente de véhicules établie à Bruxelles, utilisée comme structure-écran avec plusieurs garages associés. Les fonds collectés en France transitent vers ces comptes belges avant d’être, présume-t-on, rapatriés vers la Mauritanie.
Depuis 2019, quatorze ressortissants mauritaniens ont effectué des déclarations de capitaux à l’entrée sur le territoire français pour un total d’au moins 7,5 millions d’euros, selon Le Figaro et Ouest-France. Ces déclarations, légalement obligatoires pour tout passage de frontière avec plus de 10 000 euros en espèces, ont constitué un fil conducteur pour les enquêteurs.
Le coup de filet des 5 et 6 juin
Les interpellations ont eu lieu les 5 et 6 juin 2026 sur plusieurs sites simultanément : en gare de Massy (Essonne), à L’Haÿ-les-Roses et Alfortville (Val-de-Marne), et à Bruxelles. Au total, 500 000 euros en espèces et des stupéfiants ont été saisis lors de cette phase opérationnelle, en plus des 7,9 millions d’euros gelés sur les comptes de la société bruxelloise.
L’annonce officielle a été faite le 12 juin 2026 par le compte @PoliceNat33, qui confirme 15 interpellations, 50 kg de cocaïne et 8 millions d’euros saisis au total. En Gironde, ce type d’opération s’inscrit dans un contexte de pression accrue sur les filières de trafic - les forces de l’ordre girondines ont récemment essuyé des incidents lors d’interpellations liées à des refus d’obtempérer.
Les suites judiciaires
Le 9 juin 2026, deux collecteurs arrêtés en France ont été présentés à un juge de la Juridiction interrégionale spécialisée - Juridiction nationale de lutte contre la criminalité organisée (Jirs-Junalco) de Paris. Ils ont été mis en examen et placés en détention provisoire.
En Belgique, cinq personnes ont été inculpées. Quatre ont été libérées sous caution. Le cinquième, présenté comme le donneur d’ordres présumé du réseau, fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Il serait susceptible de se trouver en Mauritanie, selon Le Figaro et Ouest-France.
Cette affaire rejoint d’autres dossiers de criminalité organisée instruits à Paris - à l’image de la mise en examen de cinq hommes pour un projet d’enlèvement avec gilet explosif, instruite à Versailles dans un registre différent mais relevant de la même logique de grand banditisme organisé.
Contexte dans la Gironde
La Gironde est le troisième département le plus peuplé de France, avec près de 1,65 million d’habitants. Bordeaux, préfecture et métropole de 260 000 habitants, constitue un nœud logistique majeur : port fluvial actif, gare TGV à fort trafic, aéroport international. Ces infrastructures en font une place d’échange sensible pour les réseaux criminels.
L’OFAST de Bordeaux couvre le grand Sud-Ouest. Son antenne locale a déjà été impliquée dans plusieurs démantèlements de filières cannabis et cocaïne ces dernières années. L’adossement à l’ONAF (Office national anti-fraude) et à l’OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière) témoigne de la dimension financière croissante des dossiers traités depuis Bordeaux.
À Bordeaux même, la vie urbaine suit son cours : la flèche Saint-Michel vient de rouvrir après cinq ans de restauration, signe d’un centre-ville qui continue d’investir dans son patrimoine. Mais les services de sécurité, eux, restent mobilisés sur le volet judiciaire.
Une coopération internationale structurée
L’opération a été conduite dans le cadre d’une équipe commune d’enquête (ECE), structure juridique permettant à des policiers de nationalités différentes de travailler conjointement sur un dossier. Côté français : OFAST, OCRGDF, BRI et ONAF. Côté belge : la police judiciaire fédérale de Bruxelles.
Ce type de coopération reste relativement rare pour des affaires de blanchiment pur - elle est plus fréquente sur des dossiers de trafic de stupéfiants ou de terrorisme. Son activation ici reflète l’ampleur estimée des flux financiers en jeu.
Le dossier est désormais entre les mains de la Jirs-Junalco de Paris. La dimension mauritanienne de l’enquête - et la localisation présumée du donneur d’ordres - pourrait ouvrir une phase de coopération judiciaire internationale supplémentaire.
Sources
- Police Nationale Gironde (@PoliceNat33) : Annonce officielle du démantèlement du réseau
- Le Figaro : Un réseau de blanchiment démantelé entre la France, la Belgique et la Mauritanie, 8 millions d'euros saisis
- Ouest-France : Un réseau de blanchiment démantelé entre la France, la Belgique et la Mauritanie : huit millions d'euros saisis
- CNEWS : Narcotrafic : un réseau de blanchiment d'argent entre la France, la Belgique et la Mauritanie

