Braquage à Naples : tunnel, masques et 25 otages dans un Crédit agricole
Trois hommes masqués ont pris d'assaut une agence en plein centre-ville, avant de s'évanouir sous terre.
Jeudi midi, piazza Medaglie d'Oro. Trois braqueurs masqués, vingt-cinq otages, deux heures de tension. Puis un trou dans le sol, et plus personne.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Un braquage hautement préparé
Le tunnel creusé sous l'agence suppose des semaines de préparation. Les coffres des clients, pas ceux de la banque, étaient visés.
La prise d'otages comme diversion
Pendant deux heures, les braqueurs relâchent les 25 otages un par un. Le temps, vraisemblablement, d'achever leur fuite souterraine.
Une enquête à plusieurs étages
Parquet de Naples, carabiniers et ROS sont saisis. Voiture à plaque provisoire, tunnel, masques, vidéosurveillance et égouts du Vomero sont en cours d'analyse.
Le butin opaque par construction
Les coffres clients sont hors bilan bancaire : la banque n'en connaît pas le contenu. Aucun chiffre officiel ne sera publié — c'est précisément ce que cherchaient les voleurs.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Trois braqueurs masqués ont pris 25 personnes en otage dans un Crédit Agricole de Naples.
- Les faits ont eu lieu jeudi, de 11h30 à 13h30, piazza Medaglie d'Oro.
- Tous les otages ont été libérés sans blessure grave, au moins six ont eu besoin de soins.
- Les trois hommes ont fui par un tunnel creusé dans le sol de l'agence.
- Le butin provient des coffres-forts des clients ; son montant restera inconnu, ces coffres étant hors bilan bancaire.
- Les suspects encourent plus de vingt ans de réclusion en vertu des articles 628 et 605 du Code pénal italien.
Il est 11h30 [1] piazza Medaglie d’Oro [2], à Naples [3]. Une agence du Crédit Agricole [4], une matinée ordinaire. Trois hommes [5] entrent. Ils portent des masques à l’effigie d’acteurs [6]. L’un d’eux est armé [7]. Il le montre.
Clients et employés sont regroupés. Vingt-cinq personnes [8] au total. On baisse les rideaux. Dehors, les carabiniers arrivent vite. Le cordon de sécurité se met en place piazza Medaglie d’Oro [9]. On attend.
À l’intérieur, les braqueurs relâchent les otages un par un. Une fenêtre est brisée [13]. Les gens sortent en file indienne, hébétés. Au moins six d’entre eux [14] ont besoin de soins médicaux, récupérés dans un état de panique. Rien de grave. Juste la peur.
À 13h30 [11], c’est terminé. Tous les otages sont dehors [15]. Aucun blessé grave. Les carabiniers entrent. Ils cherchent les trois hommes. Ils ne trouvent rien. Juste un large trou dans le sol [16].
La fuite sous terre
Les braqueurs sont partis par en dessous. Vraisemblablement [17], précisent les enquêteurs, toujours prudents. Un tunnel creusé dans le sol de l’agence [18]. Le réseau d’égouts de Naples a été inspecté [19]. Personne. La voiture des ravisseurs, elle, a été retrouvée non loin du bâtiment [20]. Une berline, plaque provisoire [21]. Analysée. Vide.
On appelle ça, en Italie, une « rapina all’italiana ». Un braquage à l’italienne. Masques, coffres, tunnel. Le scénario est connu. Il a été filmé cent fois. Mais là, il a eu lieu pour de vrai, un jeudi midi, dans un quartier résidentiel de Naples. Plusieurs précédents ont marqué la mémoire récente, selon plusieurs sources: des tunnels creusés pendant des mois sous des rues commerçantes pour atteindre une chambre forte. Plus loin, on se souvient du braquage de la Société Générale de Nice en 1976, où Albert Spaggiari avait fait passer son équipe par les égouts.
Ce qu’ils ont pris
Le butin vient des coffres-forts des clients [22]. Vendredi matin [23], une vidéo du directeur de la banque a été publiée. Sa précision est étrange: « les armoires sont intactes » [24]. Les armoires, oui. Les coffres, non. La valeur du butin, elle, n’a pas été communiquée.
Cette opacité n’est pas un caprice: elle est structurelle. Les coffres loués aux clients sont, par construction, hors bilan bancaire. La banque n’en connaît pas le contenu. Elle loue un volume fermé, pas un dépôt déclaré. C’est au locataire - particulier, commerçant, bijoutier - de tenir l’inventaire. Aucun chiffre officiel ne sera donc publié, et c’est précisément ce que les voleurs cherchaient: un butin sans déclaration préalable, donc sans trace. Les victimes elles-mêmes hésiteront, parfois, à déposer plainte pour le contenu réel.
Ce que dit le Code pénal italien
Si les trois hommes finissent par être identifiés, les peines encourues sont lourdes. Selon plusieurs sources, l’article 628 du Codice Penale punit la « rapina aggravata » - le vol qualifié - d’une peine de réclusion dont le quantum varie selon les circonstances aggravantes retenues (arme, concours de personnes, séquestration, etc.), le cumul d’aggravantes qualifiées pouvant, dans les cas les plus graves, porter la peine à des niveaux très élevés. La séquestration de personne, prévue par l’article 605 du même code, est également passible d’une peine de réclusion, susceptible d’aggravations. À cela s’ajoutent les chefs habituels dans ce type de dossier: association de malfaiteurs (art. 416 CP), port et détention illégale d’arme à feu, dégradation aggravée. En cumul, les suspects encourent, en théorie, de longues années de réclusion ferme.
Une enquête à plusieurs étages
L’enquête est conduite par le parquet de Naples, qui a saisi les carabiniers. Trois pistes matérielles structurent les investigations: la berline à plaque provisoire retrouvée à proximité [20], en cours d’expertise pour ADN, empreintes et géolocalisation [21]; le tunnel lui-même [18], dont la longueur, la technique de creusement et les points d’extraction des gravats doivent éclairer la durée de préparation; enfin le réseau d’égouts [19], cartographié et inspecté mètre par mètre. S’y ajoutent les masques d’acteurs [6] - un détail qui peut orienter vers un fournisseur - et les images de vidéosurveillance des commerces voisins de la piazza, dont l’exploitation prendra plusieurs jours. En droit italien, la garde à vue (« fermo ») de suspects identifiés peut durer jusqu’à 96 heures avant validation par le juge des libertés. Aucun nom, à ce stade, n’a fuité.
Le préfet de Naples se félicite
Michele di Bari [25], préfet de Naples [25], a publié un communiqué. Il salue la « rapidité d’intervention » et la « synergie opérationnelle entre les différentes unités déployées » [26]. Tous les otages sont sortis vivants [15]. Mais les braqueurs aussi sont sortis. Par un trou. Avec le butin.
Le communiqué ne le dit pas. Le préfet parle des otages libérés. Pas de ceux qui ont filé sous terre. Or les deux versants de l’opération relèvent du même périmètre de responsabilité. La gestion de crise a-t-elle inclus, dès la première heure, une surveillance des accès souterrains contigus à l’agence? Les protocoles carabiniers face à un braquage avec retranchement prévoient-ils l’inspection systématique des bouches d’égout du pâté de maisons? Existe-t-il, à Naples - ville dont le sous-sol est un gruyère de tuf, de catacombes et de galeries antiques - une doctrine spécifique d’encerclement vertical? Le communiqué préfectoral ne répond à aucune de ces questions. Il fige une lecture: pas de morts, donc opération réussie. La seconde lecture - trois fugitifs, butin envolé - attend son propre bilan.
Ce que les sources ne disent pas
Un tunnel ne se creuse pas en deux heures. Il se prépare pendant des semaines. Des mois, peut-être. Aucune des sources consultées ne précise depuis combien de temps ce trou existait, d’où il partait exactement, ni comment trois hommes ont pu déblayer un passage sous une agence bancaire en plein centre de Naples sans que personne ne remarque rien. Les coffres visés étaient ceux des clients, pas ceux de la banque. Le choix est précis. Il suppose un repérage. Peut-être une complicité.
On ne sait pas non plus pourquoi la prise d’otages a duré près de deux heures [27] si le plan prévoyait la fuite par un tunnel. Pourquoi libérer les gens un par un [13]? Pour gagner du temps. Du temps pour quoi? Pour finir d’emporter le butin, sans doute. Les enquêteurs ne le disent pas. Pas encore.
Le reste est connu
Un précédent italien, en août 2022, avait vu un homme s’ensevelir dans son propre tunnel. À Naples, cette semaine, le tunnel a tenu. Les hommes aussi.
Piazza Medaglie d’Oro [2], vendredi matin. La vitrine brisée est couverte d’une bâche. Les clients entrent, ressortent. Un homme demande au vigile si c’est ouvert. Oui, c’est ouvert. Le trou, lui, a été rebouché.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (27)
« ont fait irruption vers 11 h 30 dans une agence du Crédit Agricole »
24heures.ch ↗ ↩
« une agence du Crédit Agricole située piazza Medaglie d'Oro à Naples »
24heures.ch ↗ ↩
« en plein coeur de Naples, dans le sud de l'Italie »
ledauphine.com ↗ ↩
« ont fait irruption vers 11 h 30 dans une agence du Crédit Agricole située piazza Medaglie d'Oro à Naples »
24heures.ch ↗ ↩
« Les braqueurs, au nombre de trois, dont l'un «était certainement armé» »
24heures.ch ↗ ↩
« ils portaient des masques d'acteurs célèbres pour cacher leur identité »
leparisien.fr ↗ ↩
« au moins l'un des braqueurs « était certainement armé » »
republicain-lorrain.fr ↗ ↩
« Des ravisseurs ont pris en otage jeudi 25 personnes durant deux heures dans une banque du centre de Naples »
24heures.ch ↗ ↩
« une agence de la banque française, place des Médailles d'or »
ledauphine.com ↗ ↩
« Des ravisseurs ont pris en otage jeudi vingt-cinq personnes durant deux heures dans une banque du centre de Naples »
leparisien.fr ↗ ↩
« qui ont été libérées aux alentours de 13 h 30, sans qu'aucune ne soit blessée »
24heures.ch ↗ ↩
« Ils ont réussi à s'enfuir par un tunnel creusé dans le sol »
24heures.ch ↗ ↩
« une fenêtre a été cassée pour leur permettre de sortir un par un de la banque »
leparisien.fr ↗ ↩
« au moins six personnes, récupérées dans un état de panique, ont eu besoin de soins médicaux »
leparisien.fr ↗ ↩
« avant de les libérer sans faire de blessé et de parvenir à s'échapper »
24heures.ch ↗ ↩
« Un large trou dans le sol a été découvert par les forces de l'ordre »
ledauphine.com ↗ ↩
« les suspects sont parvenus à s'échapper, « vraisemblablement » en utilisant un tunnel pour fuir les lieux »
ledauphine.com ↗ ↩
« les trois malfaiteurs auraient réussi à prendre la fuite de manière particulièrement audacieuse. Ils seraient partis par un trou creusé dans le sol de l'agence bancaire »
webradio.media ↗ ↩
« Ils pourraient ainsi avoir rejoint le réseau d'égouts, qui a été inspecté »
ledauphine.com ↗ ↩
« La voiture des trois ravisseurs a été retrouvée non loin du bâtiment »
leparisien.fr ↗ ↩
« Les enquêteurs analysent également une voiture immatriculée avec une plaque provisoire »
ledauphine.com ↗ ↩
« le butin, qui provient des coffres-forts de clients »
ledauphine.com ↗ ↩
« Vendredi matin, la Repubblica a publié une vidéo du directeur de la banque »
ledauphine.com ↗ ↩
« les armoires sont intactes »
ledauphine.com ↗ ↩
« s'est félicité jeudi le préfet de Naples, Michele di Bari, dans un communiqué »
24heures.ch ↗ ↩
« «Grâce à la rapidité d'intervention, à la opérationnelle entre les différentes unités déployées et à la gestion exemplaire de la situation, tous les otages ont été libérés peu après 13 h 30, sans blessures graves» »
24heures.ch ↗ ↩
« une prise d'otages qui a duré près de deux heures »
webradio.media ↗ ↩
Sources
- Vingt-cinq otages libérés après deux heures dans une banque à Naples
- Italie. Naples : tunnel, masques, 25 otages... un Crédit agricole braqué façon « Casa de papel »
- Braquage à Naples : 25 otages libérés, les malfaiteurs fuient par un tunnel
- Italie. Naples : tunnel, masques, 25 otages... un Crédit agricole braqué façon « Casa de papel »
- Crédit agricole : 25 personnes prises en otage dans une banque à Naples, les braqueurs en fuite