Dans un contexte de tensions réglementaires aux États-Unis, Brian Armstrong, PDG de Coinbase, a affirmé au gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, que Bitcoin présente une indépendance supérieure aux institutions bancaires centrales. Cette déclaration intervient alors que Coinbase a retiré son soutien au Clarity Act le 14 janvier 2026, provoquant le report du vote sénatorial et déclenchant la colère de la Maison-Blanche. Le différend porte notamment sur les rendements des stablecoins, un marché représentant environ 1 milliard de dollars de revenus annuels pour la plateforme.
L'essentiel
- Coinbase a retiré son soutien au Clarity Act le 14 janvier 2026, provoquant le report immédiat du vote sénatorial prévu le lendemain par le sénateur Tim Scott
- Le différend porte sur 1 milliard de dollars de revenus annuels liés aux rendements sur stablecoins que Coinbase risque de perdre si la loi est adoptée en l'état
- L'action Coinbase a chuté de 5,57% à 227,73 dollars lors de la séance de mardi, reflétant l'incertitude réglementaire pesant sur l'entreprise
- Brian Armstrong affirme que la Maison-Blanche reste constructive malgré les tensions, demandant à Coinbase de négocier directement avec les banques communautaires
- Le report législatif repousse toute réforme majeure de la régulation crypto vers fin 2026 ou 2027, prolongeant l'incertitude juridique pour l'ensemble de l'industrie
La confrontation entre l’industrie crypto et les régulateurs traditionnels atteint un nouveau sommet. Brian Armstrong, à la tête de Coinbase, n’hésite plus à défendre frontalement l’indépendance du Bitcoin face aux autorités monétaires établies, comme en témoigne son échange avec François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France. Cette posture intervient dans un moment critique où l’entreprise californienne vient de faire volte-face sur la législation crypto américaine la plus attendue de la décennie.
Un retrait fracassant qui paralyse le Congrès américain
Le mercredi 14 janvier 2026, selon le Journal du Coin, Brian Armstrong a provoqué un séisme politique en annonçant que Coinbase ne soutiendrait pas la version actuelle du Clarity Act. Après avoir examiné pendant 48 heures le texte de 270 pages, le PDG a identifié quatre points rédhibitoires : une interdiction de facto des actions tokenisées, des restrictions massives sur la finance décentralisée (DeFi), une érosion de l’autorité de la CFTC au profit de la SEC, et surtout, la suppression des récompenses sur les stablecoins.
Les conséquences ont été immédiates. D’après Cryptoast, le sénateur Tim Scott a immédiatement reporté le vote prévu le lendemain, privant le projet de loi de son plus puissant soutien. Armstrong a martelé sur X que
« cette version serait matériellement pire que le statu quo »
, préférant l’absence totale de cadre législatif à une régulation jugée liberticide.
L’action Coinbase a reflété cette turbulence : selon Benzinga France, le titre a reculé de 5,57% lors de la séance de mardi, clôturant à 227,73 dollars, avant de perdre encore 0,32% en after-market.
La bataille des stablecoins oppose Wall Street à la Silicon Valley
Au cœur du conflit se trouve une question financière colossale. Yellow.com révèle que les dispositions limitant les rendements passifs sur les stablecoins représentent environ 1 milliard de dollars de revenus annuels pour Coinbase. Les banques communautaires et régionales ont fait pression pour interdire ces récompenses, arguant que les stablecoins à haut rendement accéléreraient les sorties de dépôts des comptes d’épargne traditionnels, qui offrent des taux nettement inférieurs.
Brian Armstrong y voit une manœuvre de capture réglementaire. Pour lui, permettre aux banques d’étouffer cette concurrence constituerait un recul majeur pour l’innovation financière. Actufinance rapporte que Galaxy, par la voix de son responsable recherche Alex Thorn, a comparé cette extension des pouvoirs de surveillance à celle du Patriot Act, la loi antiterroriste adoptée après le 11 septembre 2001.
Le conflit illustre une fracture profonde entre deux visions du système financier américain : d’un côté, les institutions bancaires traditionnelles cherchant à protéger leur modèle ; de l’autre, l’écosystème crypto revendiquant une liberté d’innovation et une décentralisation du pouvoir monétaire.
La Maison-Blanche entre colère et pragmatisme
La réaction de l’administration Trump a été vive. Selon les révélations de la journaliste Eleanor Terrett rapportées par Cryptoast, des sources à la Maison-Blanche ont décrit des responsables « furieux » du retrait « unilatéral » de Coinbase, certains envisageant même d’abandonner complètement le Clarity Act.
Armstrong a toutefois contesté cette version des faits. D’après TradingView, le PDG a affirmé sur X que la Maison-Blanche avait été « super constructive » et avait même demandé à Coinbase de négocier directement avec les groupes bancaires. Il a précisé :
« En réalité, nous préparons de bonnes idées sur la manière dont nous pouvons aider spécifiquement les banques communautaires dans ce projet de loi »
.
David Sacks, responsable crypto de la Maison-Blanche, a appelé l’industrie à « régler les derniers différends », soulignant que « l’adoption d’une législation sur la structure des marchés n’a jamais été aussi proche ». Cette déclaration suggère que malgré les tensions, l’administration Trump maintient son ambition de doter les États-Unis d’un cadre réglementaire crypto complet.
Un écosystème profondément divisé sur la stratégie législative
La position de Coinbase ne fait pas l’unanimité dans l’industrie. Yellow.com indique que Brad Garlinghouse, PDG de Ripple, a qualifié le projet de loi de « pas en avant massif », tandis qu’Arjun Sethi de Kraken a averti qu’y renoncer « figerait l’incertitude ». Chris Dixon, associé directeur chez a16z Crypto, considère qu’il est important d’avancer, même avec des amendements nécessaires, pour que les États-Unis conservent leur leadership dans l’écosystème crypto.
À l’inverse, Ryan Rasmussen, responsable recherche chez Bitwise Invest, partage les critiques d’Armstrong. Selon TradingView, il estime que la version actuelle pénalise la tokenisation, les stablecoins, la DeFi, la confidentialité, les développeurs, les utilisateurs, les investisseurs et l’innovation dans son ensemble, concluant qu’une loi imparfaite serait pire que l’absence de législation.
Le report repousse désormais toute réforme majeure vers la fin 2026 ou 2027, les législateurs devant composer avec les pressions des élections de mi-mandat et des fenêtres législatives limitées. Cette temporisation pourrait prolonger l’incertitude juridique qui pèse sur l’industrie depuis des années.
Armstrong multiplie les signaux politiques favorables
Malgré les tensions sur le Clarity Act, Brian Armstrong continue de cultiver ses relations avec les élus pro-crypto. Benzinga France rapporte qu’il a félicité le 20 janvier 2026 les investitures d’Abigail Spanberger comme gouverneure de Virginie et de Mikie Sherrill comme gouverneure du New Jersey, qualifiant ces événements de « moment charnière » pour les défenseurs des cryptomonnaies au gouvernement.
Les deux élues démocrates affichent des positions nuancées : elles ont voté en faveur du projet de loi FIT21 visant à clarifier la régulation crypto, mais se sont opposées à la loi Anti-Surveillance State CBDC interdisant les monnaies numériques de banque centrale. Sherrill a également soutenu la CLARITY Act, le texte sénatorial dont Coinbase conteste aujourd’hui la version finale.
Cette stratégie d’engagement politique tous azimuts illustre la volonté de Coinbase de peser sur le débat réglementaire à tous les niveaux, fédéral comme local. L’entreprise cherche à construire un réseau d’alliés suffisamment large pour faire contrepoids aux pressions du lobby bancaire traditionnel.
Bitcoin comme alternative aux banques centrales
C’est dans ce contexte tendu que Brian Armstrong a choisi d’affirmer au gouverneur de la Banque de France que Bitcoin présente une indépendance supérieure aux banques centrales. Cette déclaration à François Villeroy de Galhau, l’un des banquiers centraux européens les plus influents, marque une escalade rhétorique significative. Armstrong ne se contente plus de plaider pour un cadre réglementaire favorable : il revendique désormais ouvertement la supériorité du modèle décentralisé incarné par Bitcoin sur le système monétaire traditionnel.
Cette posture s’inscrit dans une vision philosophique de long terme, où les cryptomonnaies ne constituent pas simplement une nouvelle classe d’actifs, mais une alternative structurelle au pouvoir des institutions monétaires établies. En s’adressant directement à un gouverneur de banque centrale, Armstrong transforme le débat réglementaire en confrontation idéologique sur la nature même de la monnaie et du contrôle financier.
La question reste ouverte : cette stratégie de confrontation permettra-t-elle à Coinbase d’obtenir un cadre législatif plus favorable, ou au contraire rigidifiera-t-elle les positions des régulateurs ? La réponse déterminera l’avenir de l’industrie crypto américaine pour les années à venir, et pourrait influencer les approches réglementaires en Europe, où la Banque de France joue un rôle central dans la définition de la politique monétaire de la zone euro.
Sources
- Journal du Coin (15 janvier 2026)
- Cryptoast (17 janvier 2026)
- Benzinga France (21 janvier 2026)
- Yellow.com (18 janvier 2026)
- TradingView (18 janvier 2026)
- Actufinance (15 janvier 2026)