À 34% de satisfaits selon le baromètre Ifop-JDD publié le 22 novembre 2025, Sébastien Lecornu affronte sa première crise majeure à Matignon. Ce lundi 24 novembre à 11h45, le Premier ministre s'exprime depuis son bureau après le rejet massif du projet de loi de finances 2026 par l'Assemblée nationale dans la nuit de vendredi à samedi. Face à 404 voix contre, une seule pour et 84 abstentions, le chef du gouvernement refuse pourtant de céder au scénario de la loi spéciale et maintient sa conviction qu'une majorité parlementaire reste possible.
L'essentiel
- Sébastien Lecornu affiche 34% de satisfaits selon l'Ifop-JDD du 22 novembre, en baisse de 4 points, contaminé par l'impopularité record d'Emmanuel Macron à 16%
- Le projet de budget 2026 a été rejeté par 404 députés contre 1 seul pour et 84 abstentions dans la nuit du 22 au 23 novembre 2025
- Le Premier ministre refuse le recours au 49.3 et aux ordonnances pour ne pas "déresponsabiliser les députés" et éviter de faire des "cadeaux aux insoumis"
- Le Sénat examine le budget à partir du 24 novembre avec un vote solennel prévu le 15 décembre, dernière chance avant une loi spéciale exceptionnelle
- Le réseau France Santé proposé par Lecornu avec 130 millions d'euros de budget a été rejeté par le Sénat (302 voix contre 35) le 23 novembre
Vingt-sept jours. C’est le temps qu’aura duré la première tentative gouvernementale de Sébastien Lecornu avant que la machine parlementaire ne se grippe sur l’écueil budgétaire. Ce lundi 24 novembre 2025 à Matignon, le Premier ministre tente de reprendre la main sur un dossier qui semble lui échapper. Selon Le Parisien, il dénonce le « cynisme » de certains partis qui « bloquent » la situation, tout en affirmant croire encore à l’existence d' »une majorité à l’Assemblée nationale pour permettre de voter un budget pour l’année prochaine ».
Vue satellite : le contexte global d’une crise budgétaire sans précédent
La France traverse une séquence politique exceptionnelle. Dans la nuit de vendredi 22 à samedi 23 novembre, l’Assemblée nationale a massivement rejeté la partie « recettes » du projet de loi de finances pour 2026, avec un vote quasi-unanime de 404 députés contre, une seule voix pour et 84 abstentions. Un camouflet sans précédent qui place le gouvernement dans une impasse procédurale délicate. Comme le rapporte BFMTV, le Premier ministre a choisi d’écarter deux options constitutionnelles majeures : le recours à l’article 49.3 et l’utilisation des ordonnances prévues par l’article 47.1 de la Constitution.
Cette situation intervient dans un climat politique particulièrement dégradé. Le baromètre Ifop-JDD publié le 22 novembre révèle qu’Emmanuel Macron stagne à 16% de satisfaits, avec une proportion record de 56% de « très mécontents ». Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, livre un diagnostic sans appel dans Le Journal du Dimanche : « Ceux-là sont perdus, il ne les récupérera pas ». Cette impopularité présidentielle contamine désormais le Premier ministre, qui enregistre sa plus forte baisse depuis sa nomination avec un recul de quatre points.
Vue aérienne : les acteurs d’un jeu parlementaire complexe
Face à cette crise, Sébastien Lecornu tente de redéfinir les règles du jeu. Lors de sa prise de parole ce lundi matin, il a insisté sur un point crucial : « Ce n’est plus le budget du gouvernement, c’est le budget du Parlement », selon La Dépêche. Le Premier ministre a annoncé qu’il recevrait dans les prochains jours l’ensemble des formations politiques représentées à l’Assemblée nationale et au Sénat, définissant cinq thèmes prioritaires sur lesquels il souhaite construire un consensus.
Parmi ces priorités figure un objectif de déficit inférieur à 5,3% du produit intérieur brut, qualifié de « priorité absolue ». Le gouvernement cherche également à avancer sur les questions de pouvoir d’achat, de sécurité, de santé et d’éducation. Mais cette stratégie se heurte à l’opposition frontale de plusieurs partis. Éric Coquerel, président insoumis de la commission des finances de l’Assemblée, a déclaré sur TF1 que le dossier allait « se terminer en loi spéciale » selon BFMTV.
« Je ne veux pas déresponsabiliser les députés », justifie Sébastien Lecornu pour expliquer son refus du 49.3, ajoutant qu’il ne veut pas faire de « cadeaux aux insoumis » accusés de mener un « jeu tactique destructeur » au Parlement.
Vue terrain : l’action détaillée d’un gouvernement sous pression
La stratégie de Sébastien Lecornu repose sur une conviction : malgré le rejet massif du volet recettes, une majorité reste techniquement possible. Le Premier ministre s’appuie notamment sur le vote favorable obtenu sur la partie recettes du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour étayer son optimisme. Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, a d’ailleurs déclaré dimanche croire à un « compromis possible ».
Pendant ce temps, le Sénat prend le relais de l’examen budgétaire. Depuis 9h30 ce lundi 24 novembre, les commissaires aux Finances du Sénat parcourent à huis clos le volet dédié aux recettes du projet de loi de finances pour 2026. L’examen en séance publique débutera jeudi et s’étendra jusqu’au vote solennel prévu le 15 décembre. Cette chambre haute, traditionnellement plus favorable au gouvernement, représente peut-être la dernière chance de sauver le budget avant l’échéance du 31 décembre.
Mais les difficultés s’accumulent pour l’exécutif. Le week-end du 23 novembre, RTL rapporte que les sénateurs ont largement rejeté la création d’un « réseau France Santé », mesure phare proposée par le Premier ministre lors de son premier déplacement. Par 302 voix contre 35, la chambre haute a vidé l’article de sa substance, la sénatrice communiste Céline Brulin qualifiant le dispositif de « gadget ». Cette mesure prévoyait pourtant un budget de 130 millions d’euros pour labelliser 2.000 structures d’ici l’été 2026 et 5.000 d’ici 2027.
Vue micro : l’instant décisif d’une démission avortée
L’ombre d’une démission plane sur Matignon. Public Sénat a même préparé une émission spéciale sur ce scénario, révélant l’ampleur des spéculations politiques. Vingt-sept jours après son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu se trouve dans une position similaire à celle de son prédécesseur François Bayrou, confronté au même mur parlementaire. La reconduction de douze ministres démissionnaires dans le nouveau gouvernement avait déjà suscité les critiques des oppositions de gauche et du Rassemblement national.
Le Premier ministre dénonce désormais ouvertement le comportement de certains partis politiques. « Certains partis politiques, certains candidats à l’élection présidentielle estiment au fond que le compromis n’est pas compatible avec leur propre stratégie électorale et qu’au fond, derrière, il y a une forme de cynisme qui est en train de se dégager », a-t-il déclaré depuis Matignon selon Le Parisien. Une accusation qui vise directement les formations tentées de précipiter une crise institutionnelle à moins de deux ans de la présidentielle de 2027.
Vue 360° : tous les impacts d’une crise systémique
L’impasse budgétaire révèle une crise plus profonde du système politique français. L’impopularité record d’Emmanuel Macron contamine mécaniquement son Premier ministre, créant un effet d’entraînement mesuré par l’Ifop à 0,71 point de baisse par minute d’exposition médiatique négative. Le Journal du Dimanche rapporte que les Français utilisent des termes particulièrement durs pour qualifier le président : « fantoche », « déconnecté », « toujours à l’étranger ». La formule assassine revient régulièrement dans les focus groups : « Mozart de la finance ? On s’est fait avoir sur la marchandise… »
« Certains partis politiques parlent déjà de loi spéciale, d’échec, d’ordonnance au moment où le Parlement peut se saisir de l’opportunité de donner un budget à la Nation », déplore Sébastien Lecornu, appelant au « sens de l’intérêt général » et rappelant que « l’Assemblée nationale n’est pas un théâtre ».
Si aucun budget n’est adopté d’ici le 31 décembre, la France devra recourir à une loi spéciale, mécanisme exceptionnel qui permet à l’État de percevoir les impôts existants sans budget voté. Cette situation s’était déjà produite en décembre 2024 après la censure de Michel Barnier sur le budget de la Sécurité sociale. La répétition de ce scénario en moins d’un an témoignerait d’une paralysie institutionnelle inédite sous la Cinquième République.
Au-delà des considérations budgétaires, c’est toute la crédibilité de la France qui est en jeu. Sur la scène internationale, Emmanuel Macron tente de maintenir une posture de chef d’État influent, notamment sur le dossier ukrainien. Mais cette attitude est de plus en plus perçue comme décalée par les Français qui le voient comme quelqu’un « qui menace loin, mais protège peu ici », selon les verbatims recueillis par l’Ifop. La sécurité intérieure, particulièrement à Marseille malgré quinze visites présidentielles et le plan « Marseille en grand », reste un échec patent aux yeux de l’opinion.
Les prochaines 48 heures seront décisives. Le Sénat entamera jeudi l’examen en séance publique du projet de budget, tandis que Sébastien Lecornu multipliera les rencontres avec les groupes parlementaires. Sa capacité à construire une majorité de circonstance déterminera non seulement l’avenir du budget 2026, mais aussi celui de son gouvernement. Dans les couloirs de l’Assemblée, une phrase revient comme un leitmotiv selon Le JDD : « Vivement la présidentielle ». Pour beaucoup, la page est déjà tournée, même si le second quinquennat d’Emmanuel Macron a encore plus de deux ans devant lui. La France peut-elle se permettre d’attendre 2027 pour sortir de cette impasse institutionnelle ?
Sources
- Le Parisien (24 novembre 2025)
- BFMTV (24 novembre 2025)
- Le Journal du Dimanche (22 novembre 2025)
- La Dépêche (24 novembre 2025)
- RTL (23 novembre 2025)
- Public Sénat (24 novembre 2025)