Cadmium dans le Jura : le dépistage désormais remboursé, mais jugé trop limité
Depuis le 16 juin, les habitants de Lons-le-Saunier et du Jura peuvent bénéficier d’un test remboursé pour mesurer leur exposition au cadmium, mais le ciblage géographique suscite des critiques.
L’Assurance maladie prend en charge à 60 % un dosage urinaire du cadmium pour les riverains de sols riches en ce métal lourd. Dans le Jura, où le sous-sol calcaire en contient naturellement, le dispositif entré en vigueur le 16 juin 2026 est pourtant jugé insuffisant par plusieurs experts. Il ne répondrait pas à une contamination alimentaire bien plus large.
L’essentiel
- Date : Depuis le 16 juin 2026, le dosage urinaire du cadmium est remboursé à 60 % (27,50 €) pour les personnes vivant dans des zones à sols naturellement riches ou pollués.
- Jura concerné : Les sols calcaires du massif jurassien, dont ceux de Lons-le-Saunier, présentent des teneurs élevées en cadmium.
- Limites : Selon le chercheur Pierre-Marie Badot, ce ciblage géographique ne prend pas en compte la contamination alimentaire nationale.
- Risques : Classé cancérigène par l’Anses, le cadmium est lié à des cancers et à des pathologies rénales et osseuses.
Un dépistage ciblé depuis le 16 juin
Depuis le 16 juin 2026, les assurés résidant dans des secteurs identifiés comme à risque peuvent obtenir un remboursement à 60 % d’un test de cadmiurie, prescrit par leur médecin traitant. L’acte, tarifé à 27,50 €, est réalisé en laboratoire de ville. La décision de l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM), publiée au Journal officiel le 2 juin, fait suite aux recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) de 2024. La HAS a défini des seuils de concentration dans les sols - 0,5 ou 1 mg/kg selon les profils - pour déclencher cette prise en charge.
« Ces tests s’adressent en premier lieu aux populations dont le lieu de résidence les expose de façon chronique, via les productions alimentaires locales », précise la HAS dans son avis. Le Jura, et en particulier la région de Lons-le-Saunier, est directement concerné.
Des sols jurassiens naturellement chargés en cadmium
Les roches calcaires du massif jurassien libèrent depuis des millénaires du cadmium, un métal lourd qui s’accumule dans les sols. Les cartes établies par le groupement d’intérêt scientifique Sol (INRAE) et reprises par l’Anses montrent que le département, dont Lons-le-Saunier, présente des teneurs naturelles significatives. La commune compte par ailleurs 6 sites pollués ou potentiellement pollués répertoriés par la base Géorisques, sur plus de 7 000 au niveau national.
Le cadmium est classé cancérigène pour l’homme, avec des liens établis vers les cancers du poumon et suspectés pour le rein ou le pancréas. Une exposition chronique peut aussi entraîner des atteintes rénales et osseuses. L’alimentation (céréales, légumes racines, abats) constitue la principale voie d’exposition, bien avant l’eau ou l’air.
« Fausse bonne idée » : les experts pointent les limites
Plusieurs spécialistes jugent le remboursement trop restrictif. Pierre-Marie Badot, chercheur à Chrono-environnement à Besançon, estime que « ce dépistage, bien qu’utile localement, ne répond pas au vrai problème d’une contamination alimentaire diffuse qui dépasse les frontières des zones à sols riches ». Selon lui, des aliments produits dans le Jura sont consommés partout en France, rendant le critère de résidence peu cohérent. Il ajoute que les fumeurs sont également exposés et qu’il n’existe pas de traitement curatif efficace, la seule recommandation restant la réduction des apports.
Le chercheur, cité par France 3 Bourgogne-Franche-Comté, parle de « fausse bonne idée » car le test pourrait créer de l’anxiété sans offrir de solution thérapeutique claire. La HAS reconnaît que « les connaissances sur les bénéfices individuels du dépistage restent limitées », mais défend l’intérêt d’une meilleure connaissance de l’imprégnation des populations.
Où se faire dépister à Lons-le-Saunier ?
Les médecins généralistes de la ville peuvent prescrire le dosage à leurs patients s’ils résident dans un secteur identifié. Le test est ensuite réalisé par un laboratoire d’analyses médicales de ville. Le remboursement à 60 % intervient sur la base du tarif conventionnel. Aucune démarche administrative particulière n’est nécessaire, la prescription suffisant.
La Caisse primaire d’assurance maladie du Jura n’a pas communiqué de chiffres locaux pour l’heure, mais confirme que le dispositif est opérationnel depuis le 16 juin. Une communication spécifique en direction des professionnels de santé a été diffusée.
Contexte dans le Jura
Lons-le-Saunier, préfecture du Jura, comptait 16 942 habitants en 2022 selon l’Insee. Le département, rural et agricole, est habitué aux enjeux liés à la qualité des sols. Le cadmium naturellement présent dans le massif jurassien y est surveillé depuis plusieurs années. D’autres dossiers animent le territoire : l’ouverture prochaine d’un village d’enfants pour fratries placées par l’ASE en 2027, ou encore la condamnation à Champagnole pour pédopornographie récemment saluée par le préfet. Le débat sur le cadmium rappelle que la santé publique reste une préoccupation majeure dans un département marqué par la géologie.
Face aux critiques, la HAS n’exclut pas de faire évoluer les critères. Pour l’instant, le dépistage se cantonne aux riverains des zones cartographiées, laissant de côté la majorité de la population exposée par l’alimentation.
Sources
- France 3 Bourgogne-Franche-Comté : Cancer, maladies rénales : face au risque du cadmium, le dépistage remboursé mais limité est-il une fausse bonne idée ?
- Haute Autorité de santé : Dépistage, prise en charge et suivi des personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence
- Service-Public.fr : Le dépistage du cadmium est désormais remboursé par la Sécurité sociale
- INRAE : Pourquoi y a-t-il du cadmium dans les sols ? Comment le retrouve-t-on dans l'alimentation ?