Caen : une vingtaine de commerçants alertent le maire sur le harcèlement après le banquet du Canon Français

Le 7 mai 2026, des professionnels du centre-ville dénoncent insultes racistes, homophobes et saluts nazis commis par des participants à l'événement du 18 avril.

Caen : une vingtaine de commerçants alertent le maire sur le harcèlement après le banquet du Canon Français
Illustration Julie Leroy / info.fr

Une vingtaine de commerçants caennais ont adressé une lettre ouverte au maire Aristide Olivier le 7 mai 2026. Ils dénoncent des insultes homophobes, racistes, sexistes et des saluts nazis perpétrés par des participants au banquet du Canon Français. Le parquet de Caen a ouvert une enquête la veille.

Une vingtaine de commerçants caennais ont adressé une lettre ouverte au maire Aristide Olivier le 7 mai 2026. Ils dénoncent des insultes homophobes, racistes, sexistes et des saluts nazis perpétrés par des participants au banquet du Canon Français. Le parquet de Caen a ouvert une enquête la veille.

L’essentiel

  • 18 avril 2026 : le banquet du Canon Français réunit plus de 4 000 personnes au parc des expositions de Caen.
  • 7 mai 2026 : une vingtaine de commerçants du centre-ville adressent une lettre ouverte au maire Aristide Olivier, dénonçant insultes racistes, homophobes, sexistes et saluts nazis.
  • 6 mai 2026 : le parquet de Caen ouvre une enquête pour propos racistes, haineux, sexistes et saluts nazis, après signalement de députés.
  • 5 mai 2026 : le député PS Arthur Delaporte saisit à nouveau le procureur ; la députée européenne LFI Emma Fourreau avait déjà compilé une cinquantaine de témoignages.
  • Canon Français : association fondée en 2021, financée par le milliardaire ultra-conservateur Pierre-Édouard Stérin, accusée de liens avec l’extrême droite.

La lettre ouverte : des commerçants visés dans leurs commerces

Le 7 mai, une vingtaine de professionnels installés dans le centre-ville de Caen ont pris la plume. Leur lettre ouverte, adressée au maire Aristide Olivier, décrit des scènes survenues en marge du banquet du 18 avril : insultes homophobes, propos racistes et sexistes, et des gestes s’apparentant à des saluts nazis, le tout commis selon eux par des participants à l’événement. Certains commerçants font état de menaces directes et d’injures dans leurs établissements, selon le site Actu.fr.

Le journaliste Pierre Canu a relayé la démarche sur X :

Le député PS du Calvados Arthur Delaporte a reçu une copie de la lettre. Il a saisi le procureur le 5 mai pour « faits d’une extrême gravité », comme il l’a annoncé sur X. Il s’agissait de sa deuxième saisine du parquet sur ce dossier.

Ce qui s’est passé le 18 avril au parc des expositions

Publicité

Le banquet du Canon Français s’est tenu le 18 avril 2026 au parc des expositions de Caen. Plus de 4 000 personnes y participaient, selon France Info et Ouest-France. Un journaliste infiltré de France Inter a constaté, à l’intérieur de la salle, des propos racistes incluant des comparaisons avec des « animaux », des appels à la révolution, et des gestes s’apparentant à des saluts nazis. Des comportements similaires ont été signalés dans les rues du centre-ville après l’événement.

La députée européenne Emma Fourreau (LFI) avait recueilli une cinquantaine de témoignages sur ces faits et saisi le procureur au titre de l’article 40 du Code pénal avant le 5 mai, selon Actu.fr et Libération. Une pétition pour l’annulation du banquet avait été lancée dès le 18 mars 2026 et relayée par l’élue. Des alertes avaient été adressées au maire et au préfet du Calvados dès le 31 mars. L’événement s’est tenu malgré ces signalements.

L’enquête judiciaire ouverte le 6 mai

Le parquet de Caen a ouvert une enquête le 6 mai 2026, confirmée par Ouest-France. Elle porte sur des faits de propos racistes, haineux, sexistes et des saluts nazis. L’enquête fait suite aux saisines de plusieurs élus. Aucune date d’audience n’a été précisée à ce stade.

Le Canon Français a de son côté annoncé des plaintes pour diffamation contre la députée Emma Fourreau, selon Valeurs Actuelles. Les organisateurs contestent la description de l’événement faite par les élus et la presse.

Le maire de Caen Aristide Olivier a réagi pour la première fois à la lettre des commerçants le 7 mai, promettant une réponse ferme face aux débordements, selon France Bleu Normandie. La teneur précise de sa réponse n’a pas été détaillée publiquement à l’heure de la publication de cet article.

Qui est le Canon Français ?

L’association a été fondée en 2021 par Géraud du Fayet de la Tour et Pierre-Alexandre Mortemard de Boisse. Elle organise des banquets festifs autour du terroir français dans plusieurs villes. Elle est financée par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, figure de la droite ultra-conservatrice, et est régulièrement accusée de proximité avec l’extrême droite, selon les enquêtes de France Inter et de Libération.

L’organisation n’est pas à son premier épisode polémique. À Quimper, en 2026, la maire a refusé d’accueillir un banquet du Canon Français. Elle aurait ensuite reçu des insultes, que le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a qualifiées d’« abjectes » le 7 mai, selon Sud Ouest. Une enquête a également été ouverte dans ce dossier quimpérois.

Contexte dans le Calvados

Caen est la préfecture du Calvados (département 14) et la principale ville de Normandie avec environ 105 000 habitants. Son centre-ville concentre une part significative du commerce de proximité du département. Les commerçants signataires de la lettre y exercent quotidiennement, ce qui rend leur démarche d’autant plus visible politiquement.

Le Calvados n’avait pas connu de mobilisation collective de commerçants de cette nature ces dernières années. La coïncidence avec l’ouverture d’une enquête judiciaire donne à cette lettre un poids documentaire : elle s’ajoute aux témoignages déjà compilés par les élus et pourra être versée au dossier du parquet.

Le département suit aussi d’autres tensions liées à l’espace public : le quartier de la gare de Caen fait l’objet d’une polémique distincte sur l’entretien des réseaux. Sur le plan politique, Nicolas Dupont-Aignan s’est déplacé dans le Calvados ce week-end, signe d’une activité politique soutenue dans le département.

Précédents et signaux d’alerte ignorés

La chronologie est documentée. Dès le 31 mars 2026, des élus avaient alerté le maire de Caen et le préfet du Calvados sur les risques liés à l’événement. Une pétition avait été lancée le 18 mars. Ces signaux n’ont pas conduit à l’annulation ou au report du banquet. L’événement a eu lieu le 18 avril. Les premières saisines du parquet ont suivi moins de trois semaines plus tard. La lettre des commerçants, datée du 7 mai, constitue le dernier acte public d’une séquence qui a duré moins de deux mois.

Le Parisien a résumé la situation au moment de la saisine de Delaporte :

L’enquête du parquet de Caen est en cours. La réponse formelle du maire aux commerçants signataires n’avait pas été rendue publique au 8 mai 2026.

Sources

Julie Leroy

Julie Leroy

Julie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Calvados (14), avec Caen pour chef-lieu. Spécialité du département : Plages du Débarquement (memoire mondiale) et Caen-la-Mer. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Normandie.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie