Camopi : les habitants barricadent le fleuve, les gendarmes coupent le câble
À Camopi, en Guyane orientale, les riverains ont tendu un câble sur l'Oyapock pour bloquer les orpailleurs brésiliens. Les gendarmes l'ont sectionné.
Le 25 avril 2026, des habitants de Camopi ont installé un barrage improvisé sur le fleuve pour empêcher l'entrée de garimpeiros illégaux. Des gendarmes ont coupé le câble. La scène, filmée, a mis le feu aux poudres dans cette commune de 2 176 habitants frontalière du Brésil.
Un câble tendu en travers du fleuve Oyapock. C’est le geste désespéré d’habitants de Camopi, commune de Guyane orientale, pour stopper les orpailleurs illégaux brésiliens qui, selon eux, entrent directement dans leur village. Le 25 avril 2026, des gendarmes ont sectionné ce barrage improvisé. La vidéo a circulé sur les réseaux sociaux et a amplifié la colère locale, selon France Guyane.
« C’est préoccupant et invivable », déclare un habitant cité par France Guyane. L’orpaillage illégal n’est pas nouveau à Camopi, mais les riverains dénoncent une recrudescence directement liée à la flambée du cours de l’or, désormais à 131 euros le gramme. Le Parc Amazonien de Guyane recense 16 sites illégaux actifs sur la commune pour 2024-2025.
591 sites illégaux en Guyane, +50 % en deux ans
À l’échelle du territoire, la situation s’est fortement dégradée. Selon Ouest-France, 591 sites d’orpaillage illégal ont été recensés en Guyane en 2025, contre 393 en 2022, soit une hausse de 50 %. Près de 80 % de cette activité se concentre sur le Haut-Maroni et ses affluents, dont la rivière Camopi. Le mercure utilisé par les garimpeiros pollue les cours d’eau et affecte les populations riveraines depuis plus de trente ans, rappelle le WWF.
Les opérations militaires existent. L’opération Kapalu, lancée en 2024 par les Forces Armées en Guyane, prévoit des patrouilles fluviales régulières. En décembre 2025, l’opération Ariès menée par le 3e Régiment Étranger d’Infanterie a détruit 6 concasseurs, 24 motopompes et neutralisé 12 puits illégaux dans le bassin de Camopi, causant selon le ministère des Armées un préjudice estimé à plusieurs millions d’euros. Mais pour les habitants, ces interventions restent insuffisantes.
L’État devant le tribunal administratif
La tension a aussi gagné les prétoires. Le 23 avril 2026, six associations et deux habitants du Haut-Maroni ont saisi le tribunal administratif de Guyane pour « carence fautive » de l’État dans la lutte contre l’orpaillage illégal. Une décision est attendue fin mai, selon La1ère. Ce recours intervient deux jours seulement avant l’incident du câble à Camopi. Des riverains ailleurs en France ont également eu recours à la justice pour défendre leur environnement.
En février 2026, le commandement militaire en Guyane a annoncé vouloir intensifier les opérations Harpie en ciblant les flux logistiques depuis le littoral, tout en reconnaissant un plafond d’effectifs, selon Ouest-France. Les habitants de Camopi, eux, n’attendent plus les communiqués. Ils ont pris un câble. Et désormais ils filment.
Prochaine étape : Le tribunal administratif de Guyane doit rendre sa décision sur la « carence fautive » de l’État d’ici fin mai 2026. Un verdict qui pourrait modifier les obligations légales des autorités dans la lutte contre l’orpaillage illégal.
Sources
- France Guyane : Camopi : colère des habitants face à l'orpaillage illégal et tensions avec les forces de l'ordre
- La1ère : C'est invivable : à Camopi, les habitants excédés par la forte présence des orpailleurs illégaux
- La1ère : Lutte contre l'orpaillage illégal en Guyane : l'État devant la justice
- Ministère des Armées : FAG - Opérations Harpie contre l'orpaillage illégal en Guyane : bilan