Canada : 4 400 agents de bord de WestJet menacent de paralyser les vols dès vendredi
Le syndicat a déposé un préavis de grève de 72 heures mardi, après un vote à 99,4 %. La compagnie riposte par un lock-out. Plus de 600 vols quotidiens en jeu.
Le bras de fer s'intensifie entre WestJet, deuxième transporteur aérien canadien, et ses agents de bord. Le syndicat CUPE Local 8125 a notifié mardi 30 juillet un préavis de grève de 72 heures, auquel la compagnie a immédiatement répondu par un contre-préavis de lock-out. Dès le 2 août à minuit, heure des Rocheuses, jusqu'à 70 000 passagers par jour pourraient être bloqués en pleine saison estivale.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le syndicat CUPE Local 8125 a déposé un préavis de grève de 72 heures le 30 juillet 2026, ciblant une action dès le 2 août à minuit
- 99,4 % des 4 400 agents de bord ont voté en faveur de la grève le 15 juillet, avec 97,3 % de participation
- WestJet opère environ 600 vols quotidiens transportant 60 000 à 70 000 passagers, tous potentiellement affectés
- Les agents de bord réclament la rémunération du travail effectué avant et après les vols, jusqu'à 35 heures non payées par mois
- La compagnie a riposté par un contre-préavis de lock-out de 72 heures le même jour
Le bras de fer entre WestJet et ses 4 400 agents de bord entre dans sa phase critique. Le syndicat CUPE Local 8125 a déposé mardi 30 juillet un préavis de grève de 72 heures, donnant le coup d’envoi à un compte à rebours qui pourrait paralyser les opérations de la deuxième compagnie aérienne du Canada dès ce vendredi 2 août à minuit, heure des Rocheuses.
La direction de WestJet a riposté dans la foulée en émettant à son tour un préavis de lock-out de même durée, signalant sa volonté de ne pas subir le calendrier syndical. Les deux parties restent officiellement en négociation intensive, mais l’issue demeure incertaine à 48 heures de l’échéance.
Un soutien syndical quasi unanime
Le mandat de grève accordé par les membres du CUPE Local 8125 mi-juillet ne laisse aucune ambiguïté sur la détermination du personnel navigant. Selon le syndicat, 99,4 % des votants ont approuvé le recours à la grève, avec un taux de participation de 97 %. Ces chiffres, parmi les plus élevés jamais enregistrés pour un vote de grève au Canada, témoignent d’un ras-le-bol généralisé.
Alia Hussain, présidente de la section CUPE 8125, a déclaré que les agents de bord ne cherchaient pas l’affrontement mais réclamaient simplement « un contrat équitable qui reflète leur contribution ». Le syndicat négocie depuis des mois avec WestJet pour obtenir des avancées sur plusieurs dossiers jugés prioritaires.
Jusqu’à 35 heures de travail non payé par mois
Le cœur du conflit porte sur le travail non rémunéré. Les agents de bord de WestJet dénoncent des tâches effectuées avant et après les vols - préparation de la cabine, briefings de sécurité, embarquement, débarquement - pour lesquelles ils ne perçoivent aucun salaire. Selon Radio-Canada, cette charge représenterait jusqu’à 35 heures par mois et par personne.
À cela s’ajoutent des revendications salariales. Les agents de bord estiment que leurs rémunérations n’ont pas suivi l’inflation et restent en deçà des standards du secteur, notamment par rapport aux conditions obtenues chez Air Canada, où le personnel de cabine a arraché des hausses de salaire substantielles en 2023.
Le CUPE réclame également de meilleures garanties en matière d’horaires, de repos entre rotations et de prise en charge des frais professionnels. La compagnie, de son côté, affirme avoir présenté des offres « compétitives et durables », sans donner de détails chiffrés publics.
600 vols quotidiens et 70 000 passagers en jeu
L’impact potentiel d’un débrayage serait considérable. WestJet opère environ 600 vols par jour et transporte entre 60 000 et 70 000 passagers quotidiens, selon les chiffres communiqués par la compagnie. Un arrêt des opérations, même partiel, provoquerait des annulations en cascade en plein pic de la saison estivale, période cruciale pour les revenus du transporteur.
Le PDG de WestJet Group, Alexis von Hoensbroech, a signé lundi un accord de rapatriement du personnel avec le syndicat, définissant les modalités logistiques en cas d’arrêt de travail. Cet accord prévoit notamment que les agents de bord en escale au moment du début de la grève pourront être rapatriés sans représailles, et que la compagnie s’engage à ne pas utiliser de personnel de remplacement pour les vols commerciaux.
Ottawa suit le dossier de près
Le gouvernement fédéral observe la situation avec attention. Le ministre des Transports, Steven MacKinnon, a déclaré mercredi que les négociations progressaient et que les deux parties étaient toujours autour de la table. Il a appelé à une résolution rapide, soulignant l’importance du transport aérien pour l’économie canadienne, particulièrement durant la haute saison touristique.
Ottawa pourrait théoriquement intervenir pour imposer un arbitrage ou suspendre le droit de grève, comme cela s’est déjà produit dans le secteur ferroviaire. Toutefois, une telle décision serait politiquement risquée pour le gouvernement libéral, qui cherche à préserver ses liens avec les syndicats en vue des prochaines élections fédérales.
Contexte au Canada
Cette crise survient dans un contexte de tensions sociales croissantes dans le secteur aérien canadien. En 2023, les agents de bord d’Air Canada avaient menacé de débrayage avant d’obtenir gain de cause sur les salaires et les conditions de travail. Le mouvement chez WestJet s’inscrit dans cette dynamique de rattrapage salarial post-pandémie.
Le Canada compte environ 38 millions d’habitants. WestJet, basée à Calgary en Alberta, est le deuxième transporteur du pays derrière Air Canada et dessert plus de 100 destinations en Amérique du Nord, dans les Caraïbes et en Europe. La compagnie emploie environ 14 000 personnes, dont près d’un tiers sont des agents de bord.
Le dossier fait la une des médias canadiens depuis plusieurs jours. Le quotidien Le Devoir et Radio-Canada couvrent quotidiennement l’évolution des pourparlers, tandis que les réseaux sociaux bruissent de témoignages d’agents de bord relayant leur quotidien et leurs griefs.
Passagers invités à vérifier leurs réservations
WestJet a activé son plan de contingence et conseille à tous les passagers ayant un vol prévu pour le long week-end d’août de vérifier le statut de leur réservation sur le site de la compagnie ou via l’application mobile. La compagnie a également assoupli ses conditions d’annulation et de modification pour les voyageurs touchés par d’éventuelles perturbations.
Les prochaines 48 heures seront décisives. Si aucun accord n’est trouvé d’ici vendredi à minuit, des milliers de Canadiens et de touristes étrangers risquent de voir leurs plans de voyage chamboulés. Les médiateurs fédéraux restent mobilisés pour faciliter un dénouement de dernière minute, mais le terrain reste miné entre une direction soucieuse de ses marges et un personnel de cabine déterminé à faire valoir ses droits.
Sources
- La Tribune : Avis de grève et de lockout chez WestJet: des perturbations possibles dès ce weekend
- Radio-Canada : Les agents de bord de WestJet déposent un préavis de grève
- SCFP : Les agents de bord de WestJet déposent un préavis de grève de 72 heures
- Global News : WestJet flight attendants issue 72-hour strike notice
