Canicule dans le Morbihan : l’État déploie un plan d’urgence face à la surmortalité de volailles dans 80 élevages
Températures record de 41 °C en juin 2026, saturation de l’équarrissage, enfouissement dérogatoire des carcasses encadré par une task-force de la DDPP et des renforts de la zone de défense Ouest.
Le préfet du Morbihan, Michaël Galy, a activé la cellule départementale de crise face à une surmortalité animale « critique » dans près de 80 exploitations avicoles. La canicule, qui a fait monter le thermomètre jusqu’à 41 °C, a saturé le centre d’équarrissage SECANIM. L’État autorise désormais l’enfouissement exceptionnel des cadavres, encadré par des expertises hydrogéologiques accélérées.
L’essentiel
- 80 exploitations touchées : près de 80 élevages avicoles du Morbihan connaissent une surmortalité critique liée à la canicule, selon la préfecture.
- 41 °C enregistrés : les températures maximales ont atteint 38 à 41 °C en journée, avec des nuits entre 22 et 26 °C, un record pour un mois de juin.
- équarrissage saturé : le centre SECANIM ne peut plus collecter et traiter l’ensemble des cadavres ; le préfet autorise l’enfouissement dérogatoire.
- task-force de la DDPP : plusieurs dizaines d’agents de la Direction départementale de la protection des populations sont mobilisés pour accompagner les éleveurs.
- hydrogéologues en visio : les avis obligatoires avant enfouissement peuvent désormais être réalisés à distance pour gagner du temps.
Le Morbihan subit depuis plusieurs jours un épisode caniculaire d’une intensité exceptionnelle. Les températures maximales oscillent entre 38 et 41 °C, avec des nuits anormalement chaudes (22 à 26 °C). Conséquence directe pour la filière avicole : une surmortalité massive de volailles dans près de 80 exploitations du département. La préfecture a déclenché un plan d’urgence, mobilisant une task-force de la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) et des renforts venus de la Zone de défense et de sécurité Ouest.
Un pic de chaleur meurtrier pour les élevages
« Les conditions climatiques actuelles entraînent une surmortalité animale critique, principalement dans la filière avicole », indique la préfecture du Morbihan dans un communiqué publié le 24 juin. Comme dans d’autres départements confrontés à la canicule, les volailles, particulièrement sensibles aux fortes chaleurs, succombent en grand nombre. Les élevages concernés sont répartis sur l’ensemble du territoire morbihannais, avec une concentration dans les zones d’élevage intensif du Centre-Bretagne et du pays de Vannes.
Face à l’afflux de cadavres, le centre d’équarrissage SECANIM, unique opérateur dans la région, a annoncé ne plus pouvoir assurer les collectes dans des délais acceptables pour préserver la salubrité publique. « Les tournées sont saturées, le site de traitement arrive à sa capacité maximale », confirme la DRAAF Bretagne.
Enfouissement dérogatoire et procédures accélérées
Pour éviter un risque sanitaire (prolifération de mouches, contamination des eaux), le préfet Michaël Galy a signé un arrêté autorisant l’enfouissement exceptionnel des carcasses de volailles sur les exploitations. Cette mesure dérogatoire, normalement interdite, est encadrée strictement : chaque site d’enfouissement doit faire l’objet d’un avis hydrogéologique préalable. Pour accélérer les démarches, ces expertises peuvent désormais être réalisées par visioconférence, une première dans le département.
« L’objectif est de gagner plusieurs jours sur le terrain, tout en garantissant la protection des ressources en eau », précise la préfecture. Les exploitants doivent contacter la DDPP pour obtenir un numéro de dossier. Un hydrogéologue agréé examine ensuite la localisation du site (distance aux cours d’eau, nature du sol) avant de donner son feu vert. L’enfouissement doit être réalisé dans les 48 heures suivant l’avis favorable.
Une task-force de la DDPP sur le terrain
La DDPP du Morbihan a déployé une task-force de plusieurs dizaines d’agents, répartis en binômes, pour se rendre dans chaque exploitation sinistrée. « Nous accompagnons les éleveurs dans les déclarations, le repérage des zones d’enfouissement et la mise en conformité avec les règles sanitaires », explique un agent de la DDPP joint par téléphone. Des renforts humains de la Zone de défense et de sécurité Ouest (siège à Rennes) ont été dépêchés pour épauler les services départementaux, notamment pour le suivi administratif et la coordination avec les mairies.
Le préfet a également rappelé les consignes de vigilance face à la canicule pour la population humaine, mais l’urgence immédiate concerne le volet animal. « La priorité est d’éviter une crise sanitaire et de préserver le revenu des éleveurs », indique la préfecture.
Les mairies invitées à faciliter les opérations
Chaque commune où un enfouissement est prévu doit prendre un arrêté de dérogation exceptionnelle, après validation de la DDPP. La préfecture a adressé une circulaire aux 249 maires du Morbihan pour les informer de la procédure et leur demander de répondre « dans les meilleurs délais » aux demandes des exploitants. « Les maires sont en première ligne : ce sont eux qui signent l’arrêté et qui informent les riverains », souligne l’Association des maires du Morbihan.
À ce stade, une vingtaine d’arrêtés municipaux auraient déjà été pris, selon des sources préfectorales. Les communes les plus concernées sont celles du pays de Pontivy, de la communauté de communes de Locminé et du secteur de Ploërmel.
Contexte dans le Morbihan
Avec près de 834 élevages avicoles recensés, le Morbihan est le deuxième département breton pour la production de volailles, derrière les Côtes-d’Armor. La filière représente environ 4 500 emplois directs et un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros. L’épisode caniculaire actuel, qualifié d’« inédit pour un mois de juin » par Météo-France, fragilise un secteur déjà éprouvé par la grippe aviaire en 2022-2023. « Nous n’avions jamais vu une surmortalité aussi brutale et aussi large géographiquement », confie un responsable de la Chambre d’agriculture de Bretagne. La préfecture rappelle que le département est placé en vigilance orange canicule depuis le 23 juin, avec un pic attendu jusqu’au 27 juin.
Prochaine étape : le suivi sanitaire et les indemnisations
Une fois l’urgence immédiate gérée (enfouissement, nettoyage), les éleveurs pourront solliciter une indemnisation via le fonds de calamités agricoles. La direction départementale des territoires (DDTM) est chargée d’instruire les dossiers. « Nous allons devoir évaluer précisément le nombre d’animaux perdus et les pertes économiques », explique un agent. Une réunion de suivi de la cellule de crise est prévue le 29 juin pour faire le point sur le nombre d’exploitations aidées et les éventuelles difficultés persistantes.
Sources
- Préfecture du Morbihan : L’État mobilisé face à la surmortalité animale en raison de l’épisode caniculaire
- Ouest-France : Canicule. Face à la surmortalité dans la filière avicole, le préfet du Morbihan facilite l’enfouissement des cadavres
- Chambres d'agriculture de Bretagne : Mortalités exceptionnelles en élevages de volailles : enfouissement nécessaire