Canicule : trois réacteurs nucléaires français à l’arrêt
Golfech, Bugey, Chooz les fleuves trop chauds obligent EDF à couper 3,65 GW de capacité
Trois réacteurs nucléaires sont à l'arrêt depuis le 9 juillet. La température des fleuves dépasse les seuils réglementaires. EDF coupe 6 % de sa capacité installée.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Sécurité du réseau électrique
6,3 GW de capacité nucléaire réduite le 13 juillet, soit 14 % de la demande nationale. RTE a obtenu une dérogation pour maintenir Bugey en production jusqu'au 20 juillet.
Protection de la faune aquatique
Les seuils de température visent à éviter la mortalité des poissons. À Golfech, la Garonne ne doit pas dépasser 28°C après les rejets. Un arrêté de 2006 encadre ces limites.
Adaptation au changement climatique
Depuis 2000, les pertes de production dues à la chaleur représentent 0,3 % par an. Sans adaptation, ce chiffre pourrait atteindre 1,4 % d'ici 2035. EDF prévoit 8,7 milliards d'euros d'investissements.
Vulnérabilité structurelle du parc
Les 57 réacteurs français, qui fournissent 70 % de l'électricité, sont majoritairement construits en bord de fleuves. Leur dépendance à l'eau les rend vulnérables aux canicules récurrentes.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Trois réacteurs nucléaires arrêtés depuis le 9 juillet Golfech n°2, Bugey n°3, Chooz n°2
- 3,65 GW de capacité coupée, soit 6 % du parc nucléaire français installé
- Le ministère de l'Économie a accordé une dérogation thermique à Bugey jusqu'au 20 juillet pour sécuriser le réseau
- Depuis 2000, les pertes de production liées à la chaleur représentent en moyenne 0,3 % par an
- EDF prévoit 8,7 milliards d'euros d'investissements sur 15 ans pour adapter les centrales au changement climatique
Le réacteur de Golfech n°2 s’est arrêté le 9 juillet. Celui du Bugey n°3 le lendemain. Chooz n°2 le 11. Trois unités qui représentent 3,65 GW - soit 6 % du parc nucléaire français. La raison: la Garonne, le Rhône et la Meuse sont trop chauds.
La vague de chaleur a commencé le 21 mai. Depuis, onze réacteurs ont réduit ou stoppé leur production. Le 13 juillet, les restrictions ont atteint 6,3 GW - soit 14 % de la demande électrique nationale. Le pic avait été touché le 24 juin, à 6,2 GW.
EDF le répète: « Il n’y a pas de risque pour la sûreté nucléaire. Les réacteurs sont capables de fonctionner en conditions de fortes chaleurs. Ces seuils visent à protéger la flore et la faune aquatiques ». Les centrales rejettent l’eau de refroidissement dans les fleuves. Quand elle est trop chaude, elle tue les poissons.
Limites thermiques strictes
La réglementation fixe des limites strictes. À Golfech, la Garonne ne doit pas dépasser 28°C après les rejets. À Nogent-sur-Seine, l’augmentation de température entre l’amont et l’aval ne peut excéder 3°C. Un arrêté de 2006 encadre ces seuils thermiques pour les cours d’eau. L’article L. 216-6 du Code de l’environnement prévoit des sanctions en cas de déversement d’eau portant atteinte à la faune aquatique. L’Autorité de sûreté nucléaire contrôle leur respect.
Sauf dérogation. Le ministère de l’Économie a publié au Journal officiel une autorisation exceptionnelle pour la centrale du Bugey. Les réacteurs n°4 et n°5 peuvent dépasser temporairement les limites thermiques du Rhône, jusqu’au 20 juillet - « afin d’assurer la sécurité du réseau électrique ». RTE - le gestionnaire du réseau de transport, avait demandé cette dérogation.
Un précédent en 2022
Ce n’est pas la première fois. En 2022 - un été caniculaire avait contraint EDF à demander des dérogations pour Golfech, Bugey, Tricastin et Saint-Alban. Des situations similaires avaient été observées en 2019. Avant cela: 2018, 2015, 2006, 2003.
L’été 2003 reste le record. EDF avait perdu 5,5 TWh de production nucléaire à cause de la chaleur. Depuis 2000, les pertes liées aux températures élevées et aux débits faibles représentent en moyenne 0,3 % de la production annuelle. Sans adaptation, ce chiffre pourrait atteindre 1,4 % d’ici 2035.
Ce que personne ne dit
Julien Syren - dénonce un « angle mort »: la réflexion politique sur le nucléaire face au réchauffement climatique n’a pas lieu. Les 57 réacteurs français - qui fournissent 70 % de l’électricité nationale - sont majoritairement construits en bord de fleuves. Leur vulnérabilité à la chaleur augmente chaque été.
EDF a communiqué début 2026 un plan d’adaptation. Coût: 8,7 milliards d’euros sur quinze ans. RTE, de son côté, prévoit 24 milliards d’ici 2040 pour adapter le réseau électrique. Les salariés de RTE ont même exercé leur « droit d’alerte »: les infrastructures ne sont pas assez robustes face aux canicules.
Une centrale fait exception
À Civaux, dans la Vienne, les deux réacteurs tournent normalement. La centrale dispose d’un système de refroidissement unique en France: elle rejette une eau plus froide que celle prélevée. Un cas isolé.
Nour Khater - l’avait dit en 2022: l’enjeu est environnemental, pas technique. Les réacteurs peuvent fonctionner en conditions de fortes chaleurs. Ce sont les rivières qui ne peuvent plus encaisser.
Les trois réacteurs arrêtés représentent 6 % de la capacité nucléaire installée en France. Le réseau tient. Pour combien de temps, personne ne le dit.
Sources
- France Info - Trois réacteurs nucléaires à l'arrêt
- Euronews - France arrête des réacteurs nucléaires
- BFMTV - Trois réacteurs nucléaires encore à l'arrêt
- Le Parisien - Canicule : deux nouveaux réacteurs arrêtés
- Reporterre - Canicule : trois réacteurs nucléaires à l'arrêt
- Libération - La canicule a fait flamber la consommation d'électricité
- RTE - Canicule : la sécurité d'approvisionnement électrique
- Connaissance des Énergies - La canicule réduit la production du parc nucléaire
- SFEN - Quels sont les besoins en eau d'une centrale nucléaire ?
- ASN - L'ASN fait le point sur les conséquences des canicules
- L'Energeek - Nucléaire : trois réacteurs français à l'arrêt