Carburants : +4 à 6 centimes par litre dès le 1er janvier 2026

L'enveloppe des certificats d'économie d'énergie passe de 6 à 8,2 milliards d'euros

Carburants : +4 à 6 centimes par litre dès le 1er janvier 2026
Affichage des prix des carburants dans une station-service française Alexandre Mercier / INFO.FR

Le 26 novembre 2025, l'Union française des industries pétrolières (Ufip) a annoncé une hausse inévitable des prix à la pompe. Dès le 1er janvier 2026, les automobilistes devront débourser entre 4 et 6 centimes supplémentaires par litre de carburant. Cette augmentation découle directement de la montée en charge du dispositif des certificats d'économie d'énergie (CEE), dont l'enveloppe bondit de 33,3% pour financer la transition énergétique. Un coup dur pour le pouvoir d'achat qui ravive le spectre des Gilets jaunes.

L'essentiel

  • Les prix des carburants augmenteront de 4 à 6 centimes par litre dès le 1er janvier 2026, selon l'Union française des industries pétrolières
  • L'enveloppe des certificats d'économie d'énergie bondit de 6 à plus de 8 milliards d'euros en 2026, soit une hausse de 33,3%
  • Les CEE représentent actuellement 11 centimes par litre et passeront à 15-17 centimes en janvier 2026
  • Les marges nettes des distributeurs sont de seulement 1 à 2 centimes par litre, rendant impossible l'absorption de cette hausse
  • L'association 40 millions d'automobilistes dénonce une mesure qui pourrait raviver un mouvement social type Gilets jaunes
  • Engie annonce également une hausse de 3,5% sur ses tarifs gaz pour les abonnés Passerelle dès janvier 2026

L’addition va être salée pour les 38 millions d’automobilistes français. Selon Franceinfo, l’Union française des industries pétrolières a confirmé mercredi 26 novembre une hausse des prix des carburants comprise entre 4 et 6 centimes par litre à compter du 1er janvier 2026. Une mauvaise nouvelle qui s’explique par l’évolution du dispositif des certificats d’économie d’énergie, mécanisme complexe au cœur du financement de la transition énergétique française.

Un dispositif vieux de vingt ans qui pèse de plus en plus lourd

Créé en 2005, le système des certificats d’économie d’énergie repose sur un principe simple : faire payer les pollueurs pour financer la décarbonation. Concrètement, les fournisseurs d’énergie comme EDF, Engie ou TotalEnergies sont contraints de financer des actions de réduction de la consommation énergétique. Lorsqu’un professionnel accorde une prime à un ménage pour remplacer sa chaudière au fioul par une pompe à chaleur, il obtient en échange un CEE qui lui évite des pénalités financières. Libération précise que plus de 200 types d’économies d’énergie sont aujourd’hui éligibles aux CEE, accessibles aux copropriétés comme aux entreprises.

Le problème ? Cette enveloppe explose. D’après 20 Minutes, le dispositif représentait déjà 6 milliards d’euros en 2025. Un décret du ministère de l’Économie le fait grimper à plus de 8 milliards d’euros pour 2026, soit une augmentation de 33,3%. La ministre de la Transition écologique Monique Barbut a confirmé que l’effort porté par les CEE devrait « augmenter globalement d’environ 27% » selon Libération. Cette manne servira notamment à financer MaPrimeRénov’, le bonus écologique revu à la hausse pour l’achat de véhicules électriques et le leasing social.

Les pétroliers annoncent la couleur : impossible d’absorber

Olivier Gantois, président de l’Ufip et porte-parole des pétroliers, ne laisse planer aucun doute sur la répercussion de ce surcoût. Interrogé par Franceinfo, il explique sans détour la situation :

« Ce coût représente aujourd’hui environ 11 centimes par litre de carburant sur tous les carburants. Et cette somme va augmenter de quatre à six centimes au 1er janvier », affirme Olivier Gantois.

Le dirigeant balaie d’un revers de main l’idée que les distributeurs pourraient absorber cette hausse : La Nouvelle République rapporte ses propos sur les marges : « On pourrait avancer que les distributeurs vont prendre sur leurs marges nettes, c’est à dire sur leur bénéfice. Mais les marges nettes sont très faibles. Elles sont de l’ordre de un à 0,02 € par litre. » À partir de janvier 2026, les CEE représenteront donc entre 15 et 17 centimes par litre selon ses calculs.

Le marché des carburants n’étant pas régulé en France, contrairement au gaz et à l’électricité, chaque distributeur fixe ses prix de manière autonome. Mais La Nouvelle République cite Olivier Gantois qui se dit « certain » qu’une telle augmentation « de 4 à 6 centimes devrait être répercutée », étant donné les marges dérisoires des distributeurs.

Un contexte explosif qui ravive les fantômes de 2018

Cette annonce intervient dans un climat social tendu. Pierre Chasseret, porte-parole de l’association 40 millions d’automobilistes, dénonce « une quasi taxe inadmissible » et n’hésite pas à brandir la menace d’un nouveau mouvement social. Interrogé par RTL, il rappelle les origines du mouvement des Gilets jaunes :

« Prévoir une augmentation de la fiscalité sur les carburants, c’est vraiment ne pas avoir de mémoire politique. On se rappelle tous des Gilets jaunes. À la base, c’était trois petits centimes d’augmentation sur la fiscalité et ça s’est transformé en un mouvement social sans précédent en France », martèle Pierre Chasseret.

Le représentant des automobilistes poursuit son réquisitoire : « Taxer les carburants, c’est taxer la France qui bosse. C’est taxer la France qui va chercher ses enfants à l’école. C’est taxer la ruralité. Bref, taxer les carburants, c’est tout simplement une folie qui peut remettre le feu en France au moment où on parle encore de crise du pouvoir d’achat. » Des propos qui résonnent particulièrement alors que le litre de gazole s’élevait déjà à 1,697 euro le 21 novembre, et le super SP95-E10 à 1,707 euro selon le ministère de la Transition écologique.

Le gaz aussi dans la tourmente

Les carburants ne sont pas les seuls concernés. Midi Libre révèle qu’Engie a confirmé une augmentation de ses tarifs pour les abonnés « Passerelle ». La hausse moyenne sera « d’environ 3,5% » dès janvier prochain, en lien avec les CEE et une autre obligation nouvelle destinée à soutenir le biogaz. Le tarif d’abonnement restera en revanche inchangé. EDF et TotalEnergies n’ont pas encore communiqué sur d’éventuelles hausses de leur côté.

Selon un rapport de la Cour des comptes publié en juillet 2024 et cité par La Nouvelle République, les ménages supportent directement 65% de l’obligation des CEE à travers leurs factures d’énergie, avec un coût annuel moyen de 164 euros pour les Français en 2023 : 84 euros pour le gaz, 56 euros pour l’électricité et 76 euros pour le carburant. Des chiffres qui devraient mécaniquement grimper en 2026.

Le gouvernement promet une vigilance accrue

Face à la bronca, le ministère de l’Économie a réagi mercredi en promettant d’être « très vigilant à l’impact du dispositif des certificats d’économie d’énergie sur l’évolution des prix l’année prochaine » selon Franceinfo. Matignon a également demandé au ministre de l’Économie de travailler à des scénarios de baisse des prix de l’électricité, une mesure qui pourrait partiellement compenser la hausse sur les carburants.

Olivier Gantois tempère néanmoins en rappelant qu’il faudra surveiller l’évolution des cours pétroliers : une baisse des prix du baril pourrait compenser la hausse liée aux certificats d’économie d’énergie. Reste que cette augmentation intervient à un moment particulièrement délicat, alors que l’inflation grignote le pouvoir d’achat des ménages et que le contexte politique reste fragile. La transition énergétique, aussi nécessaire soit-elle, se heurte une fois de plus à la réalité du portefeuille des Français. La question demeure : jusqu’où les automobilistes accepteront-ils de payer pour financer la décarbonation du pays ?

Sources

  • Franceinfo (27 novembre 2025)
  • RTL (27 novembre 2025)
  • 20 Minutes (26 novembre 2025)
  • Libération (26 novembre 2025)
  • Midi Libre (26 novembre 2025)
  • La Nouvelle République (26 novembre 2025)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.