Carcassonne : 600 personnes manifestent contre la mairie RN et l’expulsion des syndicats
Le collectif Nous Carcassonne et plus de 25 organisations ont battu le pavé samedi contre la décision du maire Christophe Barthès de mettre fin à la mise à disposition gratuite des locaux syndicaux.
Six cents personnes ont manifesté samedi 6 juin à Carcassonne (Aude), selon les organisateurs. En cause la décision du maire RN Christophe Barthès de mettre fin à l'occupation gratuite de la Bourse du travail par plusieurs syndicats, présents rue Voltaire depuis près d'un siècle.
L’essentiel
- 600 manifestants : selon les organisateurs, le rassemblement du 6 juin 2026 a réuni 600 personnes à Carcassonne, contre ~400 lors d’une première mobilisation fin avril.
- Plus de 25 organisations : CGT, FSU, Solidaires, CFDT, FO, UNSA, Ligue des droits de l’Homme et le collectif Nous Carcassonne ont appelé à manifester.
- 89 ans de présence : la CGT occupe les locaux de la Bourse du travail (15 rue Voltaire) depuis environ 89 ans ; l’édifice a été créé le 17 mars 1892.
- 24 282 € : montant annuel de la facture d’électricité cité par le maire Christophe Barthès (RN, élu mars 2026) pour justifier la fin de la mise à disposition gratuite.
- Huissiers envoyés début juin : la mairie a mandaté un huissier pour constater l’occupation après le refus des syndicats de quitter les lieux au 1er juin.
Deuxième mobilisation en six semaines
Samedi 6 juin, le cortège a pris le départ du square Gambetta à 14h30. Selon les organisateurs, 600 personnes ont répondu à l’appel - chiffre repris par Le Parisien et Actu.fr, sans comptage indépendant publié à ce stade. La mobilisation est portée par le collectif Nous Carcassonne, décrit comme un mouvement de jeunes locaux, avec le soutien d’une intersyndicale large : CGT, FSU, SUD-Solidaires, CFDT, FO, UNSA et la Ligue des droits de l’Homme, soit plus de 25 organisations au total.
C’est la deuxième manifestation organisée depuis l’élection du maire RN Christophe Barthès en mars 2026. La première, le 29 avril, avait rassemblé environ 400 personnes selon les mêmes organisateurs, selon Actu.fr et Basta. La progression du nombre de manifestants - si les chiffres des organisateurs sont retenus - témoigne d’une mobilisation qui s’élargit.
La Bourse du travail, cœur du conflit
Le point de friction est précis : la Bourse du travail, 15 rue Voltaire, bâtiment municipal dont la création remonte au 17 mars 1892 selon le blog Musique et Patrimoine de Carcassonne. La CGT y est installée depuis environ 89 ans. D’autres syndicats - FSU, SUD-Solidaires, CFDT - bénéficient également d’une mise à disposition gratuite des locaux.
Fin avril 2026, lors du conseil municipal du 30 avril, Christophe Barthès a annoncé la fin de cet arrangement. Il a invoqué deux arguments : le coût pour les contribuables - 24 282 € d’électricité et 4 000 € d’eau par an imputés aux syndicats concernés, selon L’Indépendant - et l’opposition politique de ces organisations. Lors du conseil municipal du 28 mai, le maire a mis en scène sa décision en brandissant des cartons de déménagement, rapporte L’Indépendant.
Les syndicats refusent de partir, la justice en ligne de mire
Au 1er juin, date fixée par la mairie pour libérer les locaux, aucun syndicat n’avait obtempéré. La mairie a alors mandaté un huissier pour constater l’occupation, selon La Dépêche du Midi et NVO. Les organisations syndicales contestent la procédure et envisagent des recours judiciaires, précise NVO. Le front du refus dépasse les seuls signataires de l’appel à manifester : FO et l’UNSA ont également rejoint le collectif de résistance, toujours selon NVO.
Une convention entre les syndicats et l’ancienne municipalité était en discussion au moment du changement de majorité. Elle n’a pas été finalisée, ce qui laisse la situation juridique dans un flou que les deux parties entendent exploiter devant les tribunaux.
Contexte dans l’Aude
Carcassonne est la préfecture de l’Aude et compte environ 46 000 à 47 000 habitants selon l’INSEE. C’est la principale ville du département. L’élection de Christophe Barthès (RN) en mars 2026 a constitué l’un des basculements politiques les plus commentés des municipales de 2026 dans la région Occitanie. Le conflit autour de la Bourse du travail s’inscrit dans un contexte national où plusieurs mairies nouvellement acquises à l’extrême droite ont remis en cause des conventions de mise à disposition de locaux associatifs ou syndicaux.
À Carcassonne même, la coexistence entre la ville historique classée UNESCO et une économie locale fragilisée nourrit depuis plusieurs années des tensions politiques. Le vote RN y était déjà significatif aux scrutins précédents. La mobilisation syndicale et associative du 6 juin - la contestation de décisions municipales par la rue est un phénomène observé dans plusieurs villes en 2026 - traduit une volonté des organisations de terrain de peser sur la suite du bras de fer judiciaire.
Une Bourse créée en 1892, occupée depuis près d’un siècle
La Bourse du travail de Carcassonne a été fondée le 17 mars 1892 par des groupes corporatifs locaux, selon le blog Musique et Patrimoine de Carcassonne. La CGT y est présente depuis environ 89 ans, soit une implantation qui précède la Seconde Guerre mondiale. Cette ancienneté est au cœur de l’argumentaire syndical : les organisations estiment que la continuité de leur présence vaut reconnaissance tacite, indépendamment de l’absence de convention formalisée récente.
La mairie, de son côté, n’a pas communiqué sur les modalités d’un éventuel relogement des syndicats concernés. Les prochaines audiences judiciaires, dont les dates n’ont pas encore été rendues publiques, détermineront si les syndicats peuvent se maintenir dans les locaux en attendant un règlement définitif.
Sources
- Actu.fr : Une seconde manifestation pour lutter contre la mairie d'extrême droite organisée à Carcassonne
- Le Parisien : « Une démocratie en sursis » : à Carcassonne, des manifestants dénoncent la politique du nouveau maire RN
- NVO / La Vie Ouvrière : Carcassonne : le nouveau maire RN envoie les huissiers à la Bourse du travail pour déloger les syndicats
- La Dépêche du Midi : Conflit Bourse du travail : la mairie de Carcassonne envoie un huissier, la CGT refuse toujours de quitter les locaux