Cayenne : des milliers de manifestants exigent plus de sécurité dans les rues

Le 1er avril 2026, des résidents descendent dans la rue pour réclamer davantage de patrouilles et un meilleur éclairage public.

Cayenne : des milliers de manifestants exigent plus de sécurité dans les rues
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

Des milliers d'habitants de Cayenne ont manifesté le 1er avril 2026 contre l'insécurité urbaine. Ils réclament plus de présence policière et des investissements en éclairage public. Ce rassemblement s'inscrit dans une longue série de mobilisations citoyennes en Guyane.

Le cortège a traversé le centre de Cayenne ce mercredi 1er avril. Des milliers de résidents, selon les organisateurs, ont répondu à l’appel. La revendication est simple et répétée depuis des années : plus de patrouilles, des rues mieux éclairées, une présence de l’État visible au quotidien.

Une colère qui dure depuis des décennies

Ce n’est pas la première fois que les Cayennais descendent dans la rue sur ce sujet. Le 28 mars 2017, plus de 12 000 personnes avaient manifesté à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, marquant le début d’un vaste mouvement social, selon l’agence Anadolu. En septembre 2022, 700 habitants s’étaient rassemblés après plusieurs meurtres dans la ville, rapportait Ouest-France. Neuf ans après 2017, la mobilisation n’a pas faibli. Une commémoration annuelle est d’ailleurs organisée chaque mars pour rappeler ce combat, selon La1ere.

Et ce ne sont pas seulement les civils qui manifestent. Le 31 janvier 2026, des policiers cayennais eux-mêmes ont rejoint une grève nationale, dénonçant l’impunité, le manque d’effectifs et un stock de dossiers non traités, comme le rapportait France Guyane. Le compte officiel PoliceSCSI a relayé sur X un épisode révélateur du climat : l’enlèvement et la torture d’une policière aux frontières à Saint-Laurent-du-Maroni, emmenée au Suriname.

Des chiffres en baisse, mais une violence qui reste pesante

Publicité

Les statistiques officielles montrent une amélioration. En 2025, la Guyane a enregistré 43 homicides, dont 9 à Cayenne, soit une baisse de 12% par rapport aux 49 homicides de 2024, selon La1ere. Les crimes et délits ont reculé de 4,6%, avec 19 918 faits enregistrés contre 20 883 l’année précédente, d’après France Guyane. Le trafic de stupéfiants a chuté de 43,2%, selon Infooutremer.

Mais ces chiffres ne rassurent pas pleinement. Les vols d’accessoires sur véhicules ont bondi de 20,1% sur la même période, selon France Guyane. Et la Guyane reste en tête des territoires français les plus criminogènes per capita, rappelle Peyiguyane.com. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a déclaré en janvier 2026 que « la tendance à la hausse de l’insécurité a été cassée grâce à l’engagement accru de la police et de la gendarmerie », selon le Sénat. Les manifestants, eux, attendent des résultats concrets dans leurs quartiers.

Des réponses institutionnelles en cours

Plusieurs mesures sont en cours. Plus de 100 policiers et gendarmes supplémentaires ont été déployés en Guyane en 2025, selon Peyiguyane.com. Un nouveau commissariat de police à Cayenne est attendu pour fin 2026 ou début 2027, selon le même média. Par ailleurs, un appel à projets pour la prévention spécialisée auprès des jeunes est ouvert jusqu’au 19 juin 2026, doté de 250 000 € financés conjointement par la Collectivité Territoriale de Guyane (CTG) et l’État, selon la CTG.

Ces annonces ne suffiront peut-être pas à calmer la rue. La question sécuritaire dépasse le cadre municipal, soulignait Politis en février 2026, à quelques semaines des élections municipales à Cayenne.

Prochaine étape : l’appel à projets pour la prévention juvénile à Cayenne est ouvert jusqu’au 19 juin 2026. Le nouveau commissariat de police est attendu d’ici fin 2026 selon les engagements du gouvernement.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Correspondante à Cayenne, elle suit les tensions sur l'orpaillage illégal, les débats sur le spatial, les projets routiers et les restructurations hospitalières. Issue de Sciences Po Aix, elle a grandi en Guyane. Ligne de travail : interroger les gendarmes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports du BRGM avant de publier.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie