Cécile Kohler et Jacques Paris : « Ils ne nous ont pas détruits »

Les deux Belfortains libérés après 1 277 jours de captivité en Iran racontent l'enfer d'Evin en exclusivité

Cécile Kohler et Jacques Paris : "Ils ne nous ont pas détruits"
Illustration Thierry Muller / info.fr

Arrêtés en mai 2022 en Iran, Cécile Kohler et Jacques Paris sont rentrés en France le 8 avril 2026. Dans leur première interview à la presse écrite, accordée à L'Alsace et aux DNA le 25 avril, ils décrivent des conditions de détention inhumaines et esquissent leur reconstruction.

Trois ans et demi derrière les murs de la prison d’Evin, puis cinq mois en assignation à résidence à l’ambassade de France à Téhéran. Cécile Kohler et Jacques Paris, originaires du secteur de Belfort-Mulhouse, ont été arrêtés le 7 mai 2022 lors d’un voyage touristique en Iran, accusés d’espionnage pour Israël - des charges rejetées par la France comme infondées. Ils sont arrivés à Paris le 8 avril 2026, après 1 277 jours de captivité.

Des cellules de 9 m², des menaces de mort

Dans l’interview publiée ce 25 avril par L’Alsace, les deux anciens détenus décrivent un « processus de déshumanisation total ». Interrogatoires répétés, isolement, cellules de 9 m². Cécile Kohler cite une menace précise entendue durant sa détention : « Pour ta famille, tu es déjà mort. Si tu ne coopères pas, on ne retrouvera que la poudre de tes os. » Elle l’avait déjà relatée sur France Inter le 14 avril. Le titre choisi pour leur témoignage résume leur état d’esprit : « Ils ne nous ont pas détruits. »

Jacques Paris, lui, confiait au 20 heures de France 2 le 13 avril : « Lorsqu’on a été privé de tout, on s’émerveille de chaque chose. » Membres du syndicat Force Ouvrière, ils ont été ovationnés à l’ouverture du congrès confédéral FO à Dijon le 20 avril 2026.

Un retour encadré, un soutien local intact

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À leur arrivée sur le sol français, Emmanuel Macron les a reçus à l’Élysée. Le 14 avril, ils ont symboliquement décroché leurs portraits affichés en solidarité devant l’Assemblée nationale, en présence de la présidente Yaël Braun-Pivet et du ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, selon Le Monde. Ce dernier a évoqué dans les DNA du 20 avril les « tractations diplomatiques » qui ont permis leur libération, incluant une médiation omanaise. Le 16 avril, ils ont été reçus par la Délégation interministérielle à l’aide aux victimes pour un accompagnement post-libération.

À Soultz, dont est originaire Cécile Kohler, une centaine de personnes s’étaient rassemblées devant la mairie le 8 avril pour marquer leur retour, selon L’Alsace. Le lycée des Pierres Vives à Mulhouse, où elle enseignait, gardait encore sa banderole de soutien après le retour du couple.

Un précédent : les derniers otages français en Iran

Cécile Kohler et Jacques Paris étaient les deux derniers ressortissants français détenus en Iran. Fariba Adelkhah et Benjamin Brière avaient été libérés en 2023, Louis Arnaud en 2024 après 623 jours de captivité, selon Wikipedia. Leur dossier s’inscrit dans une série de détentions arbitraires que Paris qualifie d’« otages d’État ». Ces affaires soulèvent des questions sur la protection consulaire des voyageurs français à l’étranger - un sujet que certains comparent, toutes proportions gardées, à d’autres situations de vulnérabilité, comme les travailleurs en détresse qui peinent à se faire entendre.

Leur projet désormais : reconstruction personnelle et sensibilisation au sort des otages. La date exacte d’une prise de parole publique supplémentaire n’a pas été précisée à ce stade.

Sources

Thierry Muller

Thierry Muller

Basé à Belfort, traite l'industrie ferroviaire, les tensions sur l'emploi chez Alstom, les projets de reconversion et les débats sur le Lion. Formé à l'ESJ Lille, il a grandi dans le Territoire. Posture éditoriale : interroger les ouvriers, les syndicalistes, les élus, vérifier les carnets de commandes d'Alstom avant de publier.

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