Chariots de supermarché : 72% contaminés par des bactéries fécales

Une étude américaine révèle que les poignées de caddie abritent 361 fois plus de bactéries que la porte des toilettes publiques.

Chariots de supermarché : 72% contaminés par des bactéries fécales
Chariots de supermarché : 72% contaminés par des bactéries fécales Illustration par Nathalie Rousselin / INFO.FR

72% des chariots de supermarché portent des traces de bactéries fécales. Soit 361 fois plus que sur une porte de toilettes publiques.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • 72% des chariots de supermarché testés portent des traces de bactéries fécales selon une étude de l'Université d'Arizona.
  • Les poignées de caddie abritent 361 fois plus de bactéries que la porte des toilettes publiques.
  • La moitié des chariots analysés en détail contenaient la bactérie E. coli.
  • Les dispositifs de nettoyage mis en place pendant le Covid ont été largement abandonnés.
  • Trois gestes simples suffisent : lingette sur la poignée, gel hydroalcoolique après les courses, lavage des mains avant de toucher les aliments.

La main se referme sur la barre métallique, froide, un peu poisseuse. Geste machinal. On tire le chariot, il résiste, on le secoue, il se décroche de la file. On pose son sac, on cale son téléphone, on entre dans le magasin. On ne pense à rien. Surtout pas à ce qui vit sur cette barre.

Pourtant, selon une étude du microbiologiste Charles Gerba, de l’Université d’Arizona, publiée dans la revue Food Protection Trends, 72% des chariots de supermarché testés portent des traces de bactéries fécales. Plus précisément : les poignées de caddie abritent en moyenne 361 fois plus de bactéries que la porte des toilettes publiques.

361 fois plus de bactériessur un chariot que sur une porte de toilettes publiques
LES ENJEUX
Contamination massive
Contamination massive
72% des chariots testés portent des bactéries fécales, avec 73 000 UFC/cm² en moyenne sur les poignées.
Populations vulnérables
Populations vulnérables
Enfants, femmes enceintes et personnes âgées sont les plus exposés aux risques d'infection par E. Coli.
Vide réglementaire
Vide réglementaire
Aucune obligation légale n'impose aux enseignes françaises de désinfecter régulièrement leurs chariots.
Recul post-Covid
Recul post-Covid
Les dispositifs de nettoyage installés pendant la pandémie ont été massivement abandonnés par la grande distribution.

85 chariots, quatre États, un constat

L’équipe de Charles Gerba a prélevé des échantillons sur 85 chariots répartis dans quatre États américains. Résultat : plus de 73 000 unités formant colonie (UFC) par centimètre carré sur les poignées. Sur un sous-groupe de 36 chariots analysés plus finement, la moitié contenait la bactérie E. Coli - un marqueur direct de contamination fécale.

Pour donner une échelle : la porte des toilettes publiques, celle qu’on pousse du coude par réflexe, affiche en moyenne 203 UFC par centimètre carré. Le chariot, lui, dépasse les 73 000. Le rapport est sans appel.

Infographie chronologie

Le siège bébé, point chaud

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Le siège pour enfant intégré au chariot concentre les contaminations les plus élevées. Couches, mains portées à la bouche, fuites - le plastique du siège accumule. Charles Gerba le décrit comme le point le plus critique du caddie. C’est aussi l’endroit où l’on pose ses poireaux quand le chariot est plein.

Le Dr Gérald Kierzek, médecin urgentiste, rappelle un chiffre qui éclaire le mécanisme : deux personnes sur trois ne se lavent pas les mains après être allées aux toilettes. Chaque poignée de chariot devient alors un relais silencieux, touché des dizaines de fois par jour, rarement nettoyé.

Après le Covid, le relâchement

Pendant la pandémie, les enseignes avaient installé des distributeurs de gel à l’entrée, parfois des lingettes, parfois un employé qui passait un coup de spray entre deux clients. Tout cela a disparu. Les distributeurs sont vides ou retirés. Les lingettes, introuvables. Le nettoyage systématique des chariots n’a pas survécu au retour à la normale.

En France, aucune réglementation n’impose aux grandes surfaces de désinfecter leurs chariots. La fréquence de nettoyage dépend de chaque enseigne. Certaines le font une fois par semaine. D’autres jamais.

Un risque réel, mais à nuancer

Faut-il paniquer ? Non. Pour un adulte en bonne santé, le contact avec ces bactéries ne provoque généralement pas d’infection. Le système immunitaire fait son travail. Mais le risque change pour les personnes vulnérables : jeunes enfants, femmes enceintes, personnes âgées, patients immunodéprimés.

Aux États-Unis, les formes agressives d’E. Coli provoquent environ 70 000 infections par an, selon les données des CDC. Toutes ne viennent pas des chariots, loin de là. Mais le vecteur existe.

Comparaison de la charge bactérienne entre les chariots de supermarché et les portes de toilettes publiques selon l'étude de l'Université d'Arizona.
Comparaison de la charge bactérienne entre les chariots de supermarché et les portes de toilettes publiques selon l'étude de l'Université d'Arizona.

Trois gestes, pas plus

Les recommandations des spécialistes tiennent en trois lignes. Utiliser une lingette désinfectante sur la poignée avant de faire ses courses. Se passer du gel hydroalcoolique après avoir rangé les sacs dans le coffre. Se laver les mains en rentrant, avant de toucher les aliments.

Pas de révolution. Juste des réflexes que le Covid avait installés et que la routine a effacés.

Ce soir, dans un supermarché de banlieue, un employé empile les chariots sur le parking. Il pleut. L’eau ruisselle sur les barres métalliques. Demain matin, à l’ouverture, la première main se refermera dessus. Froide, un peu poisseuse. Geste machinal.

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.

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