La Chine lance la production de machines DUV pour semi-conducteurs
Shanghai Aishengna débute la fabrication en série d'équipements de lithographie ultraviolette, visant à réduire la dépendance aux technologies occidentales malgré un retard technique.
La Chine franchit une étape symbolique dans sa quête d'autonomie technologique. L'entreprise publique Shanghai Aishengna a démarré la production en série de machines de lithographie DUV, essentielles à la fabrication de puces électroniques. Une avancée qui inquiète les marchés, même si les performances restent en deçà des standards mondiaux.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Shanghai Aishengna démarre la production en série de machines DUV avec cinq unités prévues en 2026 et vingt en 2027.
- Les premiers équipements seront livrés aux fondeurs chinois SMIC, Hua Hong Semiconductor et CXMT.
- Le titre d'ASML a perdu près de 10 % de sa valeur en deux jours suite à l'annonce.
- Les machines chinoises restent moins performantes et moins fiables que celles du leader néerlandais selon Reuters.
Un startup d’État basé à Shanghai a commencé à produire en série des machines de lithographie DUV (ultraviolet profond) à immersion, selon des informations révélées ce 28 juillet 2026. Shanghai Aishengna Electronic Technology Group prévoit de livrer cinq unités cette année, puis vingt en 2027, destinées aux principaux fondeurs chinois SMIC, Hua Hong Semiconductor et CXMT, rapporte The Information.
Ces équipements permettent de graver des circuits sur des plaques de silicium avec une précision de quelques nanomètres, étape cruciale dans la fabrication de semi-conducteurs. Jusqu’à présent, la Chine dépendait presque exclusivement des machines du néerlandais ASML, leader mondial du secteur, soumises à des contrôles d’exportation stricts.
Une réponse aux restrictions occidentales
Cette production domestique s’inscrit dans la stratégie de Pékin visant à réduire sa dépendance aux technologies occidentales face aux sanctions imposées par les États-Unis et leurs alliés. Washington a multiplié les restrictions sur l’exportation d’équipements avancés vers la Chine, visant à freiner le développement de son industrie des semi-conducteurs, notamment dans les secteurs militaire et de l’intelligence artificielle.
Selon Boursorama, l’objectif chinois est clair : construire une chaîne d’approvisionnement entièrement souveraine pour les puces électroniques, des machines de production jusqu’aux composants finaux. Les autorités chinoises ont investi massivement dans des programmes de recherche et développement pour combler le retard technologique.
Des performances encore en retrait
Malgré cette avancée symbolique, les machines chinoises accusent un retard significatif par rapport aux standards d’ASML. Selon Reuters, les équipements de Shanghai Aishengna sont jugés moins performants et moins fiables, nécessitant encore des phases de tests approfondies avant une utilisation industrielle à grande échelle.
Les machines DUV chinoises atteignent des niveaux de précision inférieurs à ceux des modèles néerlandais, et leur cadence de production reste limitée. De plus, la chaîne d’approvisionnement demeure partiellement dépendante de composants importés, notamment pour l’optique de haute précision et certains systèmes laser.
Impact immédiat sur les marchés
L’annonce a provoqué une onde de choc sur les marchés financiers. Le titre d’ASML a perdu près de 12 % de sa valeur en deux jours, selon Reuters, témoignant des craintes des investisseurs face à une potentielle concurrence chinoise à moyen terme. D’autres valeurs du secteur des semi-conducteurs ont également chuté en Asie, avec ne produit localement qu’environ 20 % de ses besoins.
Les analystes tempèrent toutefois l’impact immédiat. Pour le cabinet Bernstein, cité par Bloomberg, les machines chinoises ne représentent pas une menace directe à court terme pour ASML, qui conserve une avance technologique de plusieurs années sur les équipements EUV (ultraviolet extrême), indispensables à la fabrication des puces les plus avancées.
Contexte en Chine
La Chine demeure le premier consommateur mondial de semi-conducteurs, avec près de 30 % de la demande globale, mais ne produit localement qu’environ 20 % de ses besoins, selon des données de l’industrie. Le pays importe massivement des puces depuis Taiwan, la Corée du Sud et les États-Unis, créant une vulnérabilité stratégique majeure.
Pékin a placé l’autonomie technologique au cœur de son plan quinquennal 2021-2025, injectant des dizaines de milliards de dollars dans l’industrie des semi-conducteurs via des fonds d’investissement publics. Des entreprises comme SMIC, le plus grand fondeur chinois, ont bénéficié de subventions massives pour développer des capacités de production avancées malgré les sanctions.
Prochaines étapes
Les premières machines de Shanghai Aishengna devraient entrer en phase de tests industriels dans les prochains mois chez SMIC et CXMT. La montée en cadence à vingt unités en 2027 constituera un test crucial pour évaluer la viabilité commerciale de cette production domestique et sa capacité à rivaliser avec les équipements importés.