Cognac : le BNIC lance un plan d’arrachage de 12 à 13 000 ha face à la chute des ventes
Le Bureau national interprofessionnel du cognac veut retirer 15% du vignoble charentais pour résorber une surproduction chronique aggravée par les tensions géopolitiques.
Le BNIC a annoncé le 30 avril 2026 un plan d'arrachage temporaire portant sur 12 000 à 13 000 hectares de vignes, soit environ 15% de la surface totale de l'appellation. La mesure répond à une chute de 15,1% des expéditions mondiales en volume et de 25,3% en valeur sur l'année 2025. Des milliers d'exploitants charentais sont concernés.
Le BNIC a annoncé le 30 avril 2026 un plan d’arrachage temporaire portant sur 12 000 à 13 000 hectares de vignes, soit environ 15% de la surface totale de l’appellation. La mesure répond à une chute de 15,1% des expéditions mondiales en volume et de 25,3% en valeur sur l’année 2025. Des milliers d’exploitants charentais sont concernés.
L’essentiel
- Plan annoncé le 30 avril 2026 : arrachage temporaire de 12 000 à 13 000 ha, soit 15% des 88 191 ha de l’appellation cognac.
- Chute des expéditions en 2025 : 141 millions de bouteilles contre 166 millions en 2024, soit -15,1% en volume ; -25,3% en valeur à 2,24 milliards d’euros.
- Aide financière : 4 500 €/ha pour l’arrachage temporaire (5 ans, droits préservés) ; 6 000 €/ha pour l’arrachage définitif.
- Surstocks : 10,7 années de consommation fin 2025, selon le président du BNIC Florent Morillon.
- Candidatures temporaires : ouverture prévue en octobre 2026.
Un plan inédit depuis des décennies
Le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) a présenté le 30 avril 2026 un dispositif d’arrachage temporaire sans équivalent récent pour la filière. Sur les 88 191 hectares que couvre l’appellation, entre 12 000 et 13 000 devront être mis en « sommeil » pendant cinq ans. Les vignes arrachées ne perdent pas leurs droits de plantation : elles pourront être replantées à l’issue de la période.
L’objectif est de réduire mécaniquement l’offre pour la rapprocher d’une demande mondiale en recul marqué. Selon le Figaro Vin, Florent Morillon, président du BNIC, ne voit « aucune amélioration à moyen terme » et juge que « la situation s’est légèrement aggravée avec les tensions au Golfe ».
Des chiffres d’exportation en forte dégradation
Les données publiées par le BNIC sont sans ambiguïté. En 2025, les expéditions mondiales de cognac ont atteint 141 millions de bouteilles, contre 166 millions en 2024, soit un repli de 15,1% en volume. La chute est plus sévère encore en valeur : 2,24 milliards d’euros, en baisse de 25,3% sur un an, selon Charente Libre.
Deux facteurs externes pèsent lourdement sur ces chiffres. D’une part, les États-Unis ont imposé depuis 2025 une taxe douanière supplémentaire de 25% sur les spiritueux français. D’autre part, la Chine - second marché historique du cognac - a conclu une enquête antidumping par une surtaxe de 30 à 40% sur les eaux-de-vie, provoquant une chute de 20% des expéditions en volume au second semestre 2025, selon L’Ar VF. Les surstocks ont atteint 10,7 années de consommation fin 2025, niveau historiquement élevé.
Le contexte est également scruté par les observateurs de la filière LVMH : Moët Hennessy, principal négociant en cognac, a supprimé 1 200 postes tout en bénéficiant de 275 millions d’euros d’aides publiques, une équation qui alimente le débat sur la gestion de la crise à l’échelle des grands groupes.
Le dispositif financier, entre temporaire et définitif
Le plan du BNIC est financé par la filière via des prêts bancaires. L’arrachage temporaire ouvre droit à 4 500 euros par hectare : 3 000 euros versés la première année, le solde à l’issue des cinq ans. Les droits de plantation sont intégralement conservés.
Pour les viticulteurs qui préfèrent ne pas replanter, une option d’arrachage définitif est prévue, avec une aide portée à 6 000 euros par hectare (soit une surprime de 1 500 euros). Les modalités précises du dispositif temporaire doivent être communiquées dans les prochaines semaines ; les candidatures seront ouvertes en octobre 2026.
En parallèle, le plan national cofinancé par l’État (130 millions d’euros) et l’Union européenne via FranceAgriMer a ouvert ses candidatures du 6 février au 6 mars 2026. Son bilan dans la région est décevant : selon Sud Ouest, seuls 530 à 570 hectares ont été retenus en Charente, concernant moins de 140 viticulteurs. Même avec la surprime locale de 6 000 euros par hectare, le dispositif national n’a pas rencontré l’adhésion espérée.
Contexte dans la Charente
L’appellation cognac s’étend principalement sur deux départements : la Charente (44 380 ha) et la Charente-Maritime (43 779 ha), selon les données Wikipedia croisées avec FranceAgriMer. La surface viticole a progressé de près de 9 000 hectares depuis 2020, portée par l’expansion post-Covid, avant que la crise de débouchés ne s’installe durablement.
Le vignoble charentais n’en est pas à sa première crise d’ampleur. Vers 1875, le phylloxéra a ravagé les plantations, réduisant la surface de 280 000 à 40 600 hectares d’ici 1893. La Station Viticole du BNIC avait été créée en 1892 précisément pour organiser la reconstitution du vignoble. L’histoire du territoire est donc marquée par ces cycles d’expansion et de contraction. Le plan actuel, même massif, reste d’une tout autre échelle que cette destruction historique.
Pour 2026, le rendement autorisé est maintenu à 765 hl AP par hectare, identique à 2025. Cette décision a été votée à l’unanimité par le BNIC en janvier 2026 afin de ne pas fragiliser davantage les trésoreries d’exploitation, déjà sous pression. Les enjeux environnementaux liés aux pratiques viticoles en Charente s’invitent également dans le débat, alors que l’arrachage à grande échelle soulève des questions sur l’évolution des paysages et des sols.
Des milliers d’exploitants dans l’attente
Les 4 500 vignerons que compte l’appellation sont placés devant un choix structurant : participer ou non au plan, et choisir entre l’arrachage temporaire et définitif. Pour les exploitations les plus fragiles, la question de la viabilité à cinq ans se pose concrètement. Le dispositif temporaire est présenté par le BNIC comme un outil de régulation sans perte de droits, mais l’aide de 4 500 euros par hectare devra couvrir le manque à gagner pendant toute la période de mise en sommeil.
Dans le bassin de Cognac, la crise viticole s’inscrit dans un contexte économique local sous tension, où l’activité agricole reste l’un des premiers secteurs d’emploi. Les chambres d’agriculture de Charente ont relayé les informations sur les dispositifs d’aide auprès des exploitants.
Prochaine étape
Le BNIC doit préciser dans les prochaines semaines les modalités exactes du dispositif temporaire. Les dépôts de candidatures pour l’arrachage temporaire sont prévus à partir d’octobre 2026, pour une mise en œuvre effective sur la campagne suivante.
Sources
- Le Figaro Vin : Supprimer 12 000 à 13 000 hectares : le cognac se lance dans un vaste plan d'arrachage
- Charente Libre : Crise du cognac : un nouveau plan d'arrachage pour stopper l'hémorragie
- L'Ar VF : Face à la chute des ventes, Cognac lance un vaste plan d'arrachage temporaire
- Sud Ouest : Crise du cognac : le plan national d'arrachage et sa surprime locale ne font pas recette