Cognac : la filière lance son plan de relance après une chute historique
Les maisons de négoce veulent tourner la page d'une année 2025 désastreuse, avec stocks pléthoriques et 72 500 emplois fragilisés en Charente.
Les ventes de cognac ont reculé de 25% en valeur l'an dernier, au plus bas depuis seize ans. Face à cette crise structurelle, les professionnels du secteur ont arrêté une feuille de route lors de l'assemblée générale du Syndicat des maisons de cognac, le 1er avril à Châteaubernard.
141 millions de bouteilles exportées en 2025, pour 2,24 milliards d’euros. Soit le niveau le plus bas depuis seize ans, selon Sud Ouest. Et un recul de 37% en volume par rapport au pic de 2021, qui avait porté les ventes à 223 millions de cols. La filière cognac entre dans 2026 avec une gueule de bois sévère.
« La question n’est plus de tenir mais de s’adapter »
C’est en ces termes qu’Éric Le Gall, président du Syndicat des maisons de cognac (SMC) et patron de Rémy Martin, a ouvert l’assemblée générale du syndicat le 1er avril dernier à Châteaubernard. Devant ses pairs, il a posé le diagnostic sans détour : le modèle économique doit muter en profondeur.
Le premier chantier est celui des stocks. Ils représentent aujourd’hui l’équivalent de douze ans de ventes, évalués à 12 milliards d’euros, selon Sud Ouest. La norme économique recommandée est de six ans. Le coût de portage pour le négoce atteint 480 millions d’euros par an. Pour alléger la pression, le Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC) a reconduit le rendement annuel à 7,65 hl AP/ha pour 2026 et activé un plan d’arrachage : une prime totale de 10 000 euros par hectare, dont 6 000 euros interprofessionnels complétés par 4 000 euros nationaux, selon le BNIC.
Les candidatures pour cet arrachage ont été ouvertes dès le 6 février 2026. Un parcours de formation destiné aux acteurs de la filière a démarré le 17 mars à Cognac, animé conjointement par le BNIC et l’UGVC.
Diversification et nouveaux marchés
Alexandre Gabriel, de Maison Ferrand, a appelé à une stratégie collective renforcée, mêlant public et privé. Sur l’œnotourisme, l’objectif affiché est ambitieux : passer de moins de 300 000 visiteurs actuels à 1 million en cinq à six ans, selon Charente Libre. Le marché indien est également dans le viseur, après la réduction des droits de douane de 150% à 40% sur sept ans. « On a la force de le faire et on va s’en sortir », a-t-il déclaré.
La filière pèse lourd dans l’économie locale : 14 500 emplois directs, 72 500 personnes qui en vivent au total dans la Charente, et 97,5% de la production exportée vers 139 pays, rappelle le site officiel du cognac. L’agglomération de Saintes a adopté à l’unanimité une motion de soutien le 4 février, interpellant le gouvernement et l’Union européenne pour des mesures d’accompagnement.
Un précédent dans les années 1990
La crise actuelle n’est pas sans rappeler celle des années 1990, qui avait déjà secoué la région. La différence cette fois : les stocks sont portés quasi exclusivement par le négoce, ce qui accentue la pression financière sur les maisons, note La Tribune. Les professionnels espèrent que les leviers activés - arrachage, formation, nouveaux débouchés - permettront d’éviter une déstructuration durable du vignoble charentais.
Sources
- Sud Ouest : Crise du cognac : « La question n'est plus de tenir mais de s'adapter »
- Charente Libre : « On va s'en sortir » : pour le syndicat des maisons de cognac, la sortie de crise passe par l'adaptabilité
- La Tribune : Les ventes de cognac signent leur pire année depuis vingt ans
- BNIC : Vote du rendement annuel cognac 2026