Cold case mosellan : la ‘femme à la couronne dentaire’ identifiée comme Hakima Boukerouis

Vingt ans après la découverte de son corps à Saint-Quirin, la victime retrouve un nom grâce à l'ADN familial et la campagne Interpol Identify Me

Cold case mosellan : la 'femme à la couronne dentaire' identifiée comme Hakima Boukerouis
Illustration Pauline Schmitt / info.fr

Le 7 janvier 2005, un corps de femme était découvert dans un bidon plastique au bord d'une route forestière à Saint-Quirin, en Moselle. Pendant vingt ans, elle n'avait pour identité qu'un surnom 'la femme à la couronne dentaire Richmond'. Elle s'appelait Hakima Boukerouis, née vers 1970 en Algérie, mère de quatre enfants.

Le 7 janvier 2005, un corps de femme était découvert dans un bidon plastique au bord d’une route forestière à Saint-Quirin, en Moselle. Pendant vingt ans, elle n’avait pour identité qu’un surnom : ‘la femme à la couronne dentaire Richmond’. Elle s’appelait Hakima Boukerouis, née vers 1970 en Algérie, mère de quatre enfants.

L’essentiel

  • Corps découvert le 7 janvier 2005 : dans un bidon plastique dissimulé au bord d’une route forestière à Saint-Quirin (Moselle, 693 habitants).
  • Victime identifiée : Hakima Boukerouis, née vers 1970 en Algérie, tuée entre septembre et octobre 2004 par plaies d’arme blanche (gorge tranchée).
  • 5e identification : de la campagne Interpol Identify Me, lancée en 2023, qui recense 47 cas de femmes non identifiées en Europe.
  • Suspect interpellé en juin 2025 : le mari de la victime, soupçonné d’avoir commandité le meurtre, mis en examen, écroué puis libéré sous contrôle judiciaire en septembre 2025 pour raisons de santé.
  • Enquête rouverte en 2023 : par la Section de Recherches de la Gendarmerie de Metz, premier cas de la campagne Identify Me à aboutir à une arrestation.

Un bidon dans la Sarre, un corps sans nom

Tout commence mi-octobre 2004. Des riverains aperçoivent dans la rivière Sarre un récupérateur d’eau de pluie en plastique de marque Harcostar, taché de rouge. Le bidon, enveloppé dans des sacs poubelles noirs et ligoté avec des cordes, est repêché. À l’intérieur : le corps d’une femme, les mains liées, la gorge tranchée. Elle mesurait 1,60 m et portait un débardeur rose, selon Le Figaro.

Le bidon est retrouvé officiellement le 7 janvier 2005 au bord d’une route forestière à Saint-Quirin, commune rurale du massif vosgien mosellan. Les enquêteurs ne parviennent pas à identifier la victime. Ses soins dentaires - une couronne Richmond de qualité, probablement réalisés en Allemagne - lui valent un surnom d’enquête : «la femme à la couronne dentaire Richmond». Ce surnom restera son seul nom pendant deux décennies.

L’affaire entre dans les archives, puis ressurgit

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Faute d’identification, le dossier reste en sommeil. En 2023, Interpol lance la campagne Identify Me : 47 cas de femmes non identifiées en Europe, rendus publics pour solliciter des témoignages et des correspondances ADN. La victime mosellane figure dans ce catalogue sous la référence FR02.

La Section de Recherches de la Gendarmerie de Metz rouvre le dossier la même année. Une recherche ADN familial est engagée. Elle aboutit : la victime est formellement identifiée comme Hakima Boukerouis, ressortissante algérienne née vers 1970, mère de quatre enfants. C’est la cinquième identification réussie de la campagne Identify Me, selon Interpol.

Un mari mis en examen, puis libéré

L’identification ouvre la voie à une arrestation. En juin 2025, la Gendarmerie de Metz interpelle le mari de Hakima Boukerouis. Il est soupçonné d’avoir commandité le meurtre de sa femme, tuée entre septembre et octobre 2004. Mis en examen et écroué, il est libéré sous contrôle judiciaire en septembre 2025, en raison de son état de santé et de son âge avancé, selon Le Figaro et Yahoo News / 20 Minutes.

C’est le premier cas de la campagne Interpol Identify Me à déboucher sur une interpellation. Interpol a déclaré : «Son identification souligne à quel point il est important de continuer à enquêter sur les cold cases.» À ce jour, 42 femmes recensées dans la campagne restent non identifiées.

La généalogie génétique, outil décisif

L’identification de Hakima Boukerouis illustre l’apport de la généalogie génétique dans les cold cases. En France, cette technique - qui consiste à recouper l’ADN d’un inconnu avec des profils de membres de sa famille enregistrés dans des bases de données - a été légalement autorisée pour les affaires criminelles graves en octobre 2025, selon France Inter.

Le potentiel est considérable : plus de 50 000 traces ADN non identifiées issues de cold cases sont stockées en France. Le pôle national des crimes non élucidés de Nanterre, créé en 2022, traite plus d’une centaine d’affaires non résolues. Les enquêteurs estiment que la généalogie génétique pourrait permettre d’élucider une trentaine d’affaires dans les premières années suivant son autorisation, toujours selon France Inter. Ce type d’affaire rejoint d’autres dossiers judiciaires sensibles où la procédure de détention reste un enjeu central.

Contexte dans la Moselle

Saint-Quirin, commune où le corps a été découvert, compte 693 habitants selon l’INSEE (recensement 2022), avec une densité de 13 habitants par km². Elle est située dans le parc naturel régional de Lorraine, en zone forestière peu peuplée - un environnement qui a sans doute favorisé la dissimulation du corps pendant plusieurs mois.

La Moselle est un département frontalier de l’Allemagne et du Luxembourg, ce qui explique en partie la piste des soins dentaires réalisés outre-Rhin : les flux transfrontaliers y sont courants, tant pour l’emploi que pour les soins médicaux. La gendarmerie de Metz, qui pilote l’enquête via sa Section de Recherches, est régulièrement sollicitée sur des affaires d’envergure dans le département.

L’affaire Boukerouis est l’une des rares cold cases mosellans à avoir bénéficié d’une coopération internationale structurée. La campagne Identify Me d’Interpol, à laquelle la France participe depuis 2023, a permis de mobiliser des correspondances ADN transfrontalières inaccessibles aux seules forces françaises.

42 femmes encore sans nom

L’identification de Hakima Boukerouis referme une partie du dossier, mais l’enquête sur le commanditaire présumé reste ouverte. Le mari, sous contrôle judiciaire, n’a pas encore été jugé. La Section de Recherches de Metz poursuit ses investigations.

Du côté d’Interpol, la campagne Identify Me continue. Sur les 47 cas initiaux, 42 femmes n’ont toujours pas été identifiées. L’organisation appelle les familles de personnes disparues à soumettre leur profil ADN. En France, la légalisation récente de la généalogie génétique pour les crimes graves pourrait accélérer ce travail - et, potentiellement, d’autres affaires non résolues pourraient connaître le même dénouement.

La prochaine étape judiciaire dépendra de l’état de santé du suspect et de l’avancement de l’instruction menée par le parquet compétent, dont les décisions n’ont pas encore été rendues publiques à ce stade.

Sources

Pauline Schmitt

Pauline Schmitt

Pauline est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Moselle (57), avec Metz pour chef-lieu. Spécialité du département : Pompidou-Metz et frontaliers (1er département frontalier de France). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Grand Est.

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