Colombie : 39 personnes kidnappées par l’ELN dans le Chocó

Parmi les otages figure un bébé de deux ans

Colombie : 39 personnes kidnappées par l'ELN dans le Chocó
Colombie : 39 personnes kidnappées par l'ELN dans le Chocó Illustration info.fr
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Deux bus interceptés sur une route du Chocó. Trente-neuf civils enlevés par la guérilla de l'ELN, dont un bébé de deux ans. L'armée colombienne exige leur libération immédiate.

L'essentiel

Ce qu'il faut retenir

Faits vérifiés
  • 39 civils kidnappés par l'ELN sur une route du Chocó le 14 juillet 2026, dont un bébé de deux ans
  • Un soldat tué, six blessés lors de l'embuscade contre une patrouille militaire, puis un deuxième soldat décédé
  • L'armée exige la libération immédiate et inconditionnelle des otages mais n'a annoncé aucune opération de poursuite
  • Les négociations de paix gelées depuis janvier 2025 sur un désaccord concernant un fonds de soutien financier pour l'ELN
  • L'ELN compte 6 810 combattants en 2025 et a enlevé 9 538 personnes entre 1990 et 2018, utilisant le kidnapping comme arme de financement
5 faits vérifiés 6 sources mis à jour le 14 juillet à 20:43

Le 14 juillet 2026 - sur la route qui relie Quibdó à Carmen de Atrato, secteur de Toldas - deux bus de service public sont interceptés. À bord, des passagers rentrent chez eux. Des chauffeurs de l’entreprise Rápido Ochoa. Une femme avec un bébé de deux ans.

LES ENJEUX
Sécurité des civils dans les zones de conflit
Trente-neuf civils [1], dont un bébé de deux ans [2], pris en otage sur une route du Chocó. Les habitants circulent sans dispositif de protection efficace, exposés aux barrages de l'ELN. Aucun point de contrôle militaire permanent n'existe sur la route Quibdó, Carmen de Atrato. L'ELN a enlevé 9 538 personnes [3] entre 1990 et 2018.

Échec des négociations de paix
Les pourparlers engagés en 2022 [4] par Gustavo Petro [5] sont gelés depuis janvier 2025 [6]. Le désaccord porte sur la création d'un fonds de soutien financier exigé par l'ELN. Le cessez-le-feu a pris fin en 2024 [7]. L'ELN a annoncé en mai 2024 [8] la reprise des enlèvements et augmenté ses effectifs de 9 % [9].

Contrôle territorial de l'ELN dans le Chocó
L'ELN contrôle plusieurs axes stratégiques du Chocó: la route Quibdó, Carmen de Atrato, des corridors vers le Cauca et la frontière vénézuélienne. Ces zones permettent à la guérilla de taxer les transports, de réguler la circulation de civils et d'imposer son autorité. La gouverneure Nubia Córdoba [10] dénonce l'absence de respect pour les civils.

Capacité opérationnelle de l'armée colombienne
La Septième Division dispose de moyens limités face à l'étendue du territoire. Aucune opération de poursuite immédiate n'a été annoncée après l'enlèvement du 14 juillet. Par le passé, l'armée a réussi des sauvetages spectaculaires comme l'Opération Jaque en 2008 [11] qui a libéré 15 otages des FARC [12], dont Íngrid Betancourt [13], sans coup de feu. Mais l'ELN n'est pas les FARC: ses camps sont mobiles, ses réseaux opaques.

Des hommes armés sortent de la forêt. Trente-neuf personnes sont emmenées. Quatre chauffeurs - trente-cinq passagers. Le bébé aussi.

Un soldat mort, six blessés

L’embuscade vise aussi une patrouille militaire qui circulait à proximité. Un soldat est tué - six autres blessés. Le lendemain, un deuxième militaire décède. Le bilan grimpe. Les blessés sont évacués.

La vice-présidente sortante, Francia Márquez - qualifie la mort des soldats d’« absolument inacceptable ».

La Septième Division de l’Armée publie un communiqué sur X: « Nous rejetons et condamnons l’enlèvement de 39 personnes, dont un mineur, qui ont été enlevées par de présumés membres du groupe armé organisé ELN dans le secteur de Toldas, sur la route Quibdó, Carmen de Atrato, Chocó ». Elle exige que la guérilla « respecte la vie et l’intégrité des personnes retenues et qu’elle procède à leur libération immédiate et inconditionnelle ».

Aucune information officielle n’a été communiquée sur l’identité des ravisseurs, une éventuelle revendication ou les pistes suivies par l’armée. Le commandement militaire n’a pas précisé si des opérations de poursuite ont été lancées immédiatement après l’embuscade.

Le Chocó sous emprise

Bilan du kidnapping de masse perpétré par l'ELN dans le département du Chocó en Colombie le 14 juillet 2026, avec le nombre d'otages, le profil des victimes et le contexte sécuritaire.
Bilan du kidnapping de masse perpétré par l'ELN dans le département du Chocó en Colombie le 14 juillet 2026, avec le nombre d'otages, le profil des victimes et le contexte sécuritaire.

Le département du Chocó, côte Pacifique, forêt dense. Une région où l’État peine à s’implanter. L’ELN y contrôle plusieurs axes: la route Quibdó, Carmen de Atrato, désormais coupée par l’enlèvement du 14 juillet, ainsi que des corridors reliant le Chocó au Cauca et à la frontière vénézuélienne. Ces zones permettent à la guérilla de taxer les transports, de réguler la circulation de civils et de marchandises, et d’imposer son autorité sur des municipalités entières.

Nubia Córdoba, gouverneure du Chocó - dénonce: « L’ELN maintient son arremetida contre les vías du Chocó. C’est une démonstration de plus qu’il n’existe pas le moindre respect pour la citoyenneté et ses droits humains. »

Une semaine avant le rapt du 14 juillet, huit personnes avaient été enlevées dans le département du Cauca. Elles sont toujours captives. On se souvient aussi d’un enlèvement collectif dans un bus sur l’axe Cali, Buenaventura en 2019, où des passagers avaient été retenus plusieurs jours avant d’être libérés contre rançon.

Les habitants du Chocó vivent sans dispositif de protection efficace. Aucun point de contrôle militaire permanent n’existe sur la route Quibdó, Carmen de Atrato. Les patrouilles sont sporadiques. Les civils circulent à leurs risques, exposés aux barrages de l’ELN qui peut intercepter n’importe quel véhicule sans opposition immédiate. Les transports collectifs deviennent des cibles privilégiées: passagers nombreux, rançons potentielles, impact médiatique garanti.

CONTEXTE SÉCURITAIRE
Groupe arméELN (Armée de Libération Nationale)
Effectifs estimés6 810 combattants en 2025
Zone d'opérationChocó, Cauca, frontière vénézuélienne
Statut négociationsGelées depuis janvier 2025

L’enlèvement comme arme

L’ELN pratique le kidnapping depuis sa fondation en 1964. Entre 1990 et 2018 - la guérilla a enlevé 9 538 personnes - soit 19 % du total des enlèvements durant le conflit armé colombien.

Les précédents marquent: en avril 1999 - le détournement d’un vol d’Avianca avec 43 otages. En mai de la même année - 186 personnes kidnappées dans une église à Cali - le plus grand enlèvement de l’histoire du pays.

En 2000 - quatre membres de l’ELN ont été inculpés aux États-Unis pour l’enlèvement de plus de 60 personnes - dont trois citoyens américains.

En mai 2024 - le groupe avait annoncé la reprise des enlèvements, accusant le gouvernement de ne pas avoir créé un fonds de soutien financier pour l’organisation. Le gouvernement a démenti.

Que dit le Code pénal colombien?

L’article 168 du Code pénal colombien qualifie le secuestro simple (séquestration simple) et prévoit des peines de 10 à 20 ans de prison. L’article 169 sanctionne le secuestro extorsivo (enlèvement avec extorsion), aggravé lorsque les victimes incluent des mineurs ou que l’acte est commis par un groupe armé illégal. Les peines peuvent alors atteindre plusieurs décennies de réclusion. L’enlèvement de 39 civils, dont un bébé de deux ans, par l’ELN relève de ces qualifications aggravées.

39 otagesdont un bébé de 2 ans - enlevés par l'ELN dans le Chocó

Négociations au point mort

En 2022 - le président Gustavo Petro avait engagé des pourparlers de paix avec l’ELN. Un cessez-le-feu bilatéral avait été signé. Il a pris fin en 2024. Les combats ont repris.

En janvier 2025 - Petro a suspendu les négociations après des violences attribuées à la guérilla. Les discussions n’ont pas été réactivées.

L’échec tient à un désaccord sur les conditions financières. L’ELN exigeait la création d’un fonds de soutien pour financer sa transition vers la vie civile et maintenir ses structures pendant les négociations. Le gouvernement a refusé, y voyant une forme de légitimation d’une organisation classée comme terroriste. L’ELN a alors annoncé en mai 2024 la reprise des enlèvements comme moyen de financement autonome, rompant ainsi l’engagement pris lors du cessez-le-feu.

Pendant ce temps, l’ELN a accru ses effectifs. Une estimation récente cite 6 810 combattants en 2025, une augmentation de 9 % par rapport à l’année précédente. Des sources antérieures évoquaient plus de 6 000 membres - mais le chiffre de 6 810 apparaît comme l’évaluation la plus à jour.

Une armée en difficulté

L’armée colombienne, responsable du Chocó, dispose de moyens limités face à l’étendue du territoire. Les unités sont dispersées, les hélicoptères rares, les renseignements humains difficiles à obtenir dans une région où l’ELN intimide les civils. Aucune opération de poursuite immédiate n’a été annoncée après l’enlèvement du 14 juillet, suggérant que les militaires ignorent où les otages ont été conduits.

L’armée colombienne a, par le passé, réussi des opérations de sauvetage spectaculaires. En 2008 - l’Opération Jaque a permis de libérer 15 otages des FARC - dont Íngrid Betancourt - sans tirer un coup de feu.

Mais l’ELN n’est pas les FARC. Son implantation dans le Chocó est profonde, ses réseaux opaques, ses camps mobiles. Les otages peuvent être déplacés en quelques heures dans des zones inaccessibles. Une intervention militaire hasardeuse risque d’entraîner la mort des captifs, comme l’ont montré plusieurs tentatives ratées dans les années 2000.

Ce que personne ne dit

Le gouvernement Petro, qui avait misé sur la paix totale avec tous les groupes armés, se retrouve sans levier de négociation crédible. L’ELN kidnappe des civils pour financer sa guerre, mais chaque enlèvement éloigne un peu plus la possibilité d’une sortie négociée. Le groupe armé semble préférer le rapport de force à la table de discussion.

Le paradoxe est entier: sans fonds de soutien, l’ELN pratique l’extorsion. Avec un fonds de soutien, le gouvernement serait accusé de financer le terrorisme. L’impasse est totale.

Les trente-neuf otages attendent. Quelque part dans la forêt du Chocó, une femme serre son bébé contre elle. Personne ne sait combien de temps durera l’attente.

Nathalie
Nathalie IA en ligne
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Sources

4 sources vérifiées · 13 faits sourcés

Voir le détail de chaque fait sourcé (13)
  1. 39 personnes , nombre total de civils kidnappés
    « El grupo terrorista ELN secuestró en las últimas horas a 39 personas en el departamento del Chocó »
    elcolombiano.com ↗
  2. 1 bébé de 2 ans , victime mineure parmi les otages
    « incluyendo a una bebé de dos años de edad »
    elcolombiano.com ↗
  3. 9 538 , Nombre de personnes dont l'enlèvement est attribué à l'ELN entre 1990 et 2018.
    « Entre 1990 et 2018, l'ELN est responsable de l'enlèvement de 9 538 personnes, ce qui représente 19 % du total des enlèvements durant le conflit armé colombien. »
    fr.wikipedia.org ↗
  4. 2022 , Année du début des négociations de paix entre le gouvernement colombien et l'ELN.
    « Le gouvernement colombien (Président Gustavo Petro): Des négociations de paix avec l'ELN avaient été engagées en 2022, mais elles ont été gelées en 2025 et n'ont pas été réactivées. »
    swissinfo.ch ↗
  5. Gustavo Petro, président du gouvernement colombien , Président ayant engagé des négociations de paix avec l'ELN en 2022.
    « Le gouvernement colombien (Président Gustavo Petro): Des négociations de paix avec l'ELN avaient été engagées en 2022, mais elles ont été gelées en 2025 et n'ont pas été réactivées. »
    swissinfo.ch ↗
  6. janvier 2025 , Mois au cours duquel le président Petro a suspendu les négociations de paix avec l'ELN.
    « En janvier 2025, le président Petro a suspendu les négociations suite à des violences attribuées à l'ELN. »
    swissinfo.ch ↗
  7. 2024 , Année de la fin du cessez-le-feu bilatéral avec l'ELN.
    « En 2024, le cessez-le-feu bilatéral avec l'ELN a pris fin, entraînant la reprise des combats. »
    swissinfo.ch ↗
  8. mai 2024 , Mois et année durant lesquels l'ELN a annoncé la reprise des enlèvements.
    « En mai 2024, le groupe avait annoncé la reprise des enlèvements, affirmant que le gouvernement n'avait pas créé un fonds pour soutenir leur organisation via des dons de tiers, ce que le gouvernement a nié. »
    swissinfo.ch ↗
  9. 6.810 combattants ELN en 2025 , effectif du groupe (augmentation 9%)
    « el ELN contaba con 6.810 combatientes en 2025, un aumento del 9% con respecto al año anterior »
    france24.com ↗
  10. Nubia Córdoba (gouverneure du Chocó) , dénonce les attaques répétées de l'ELN contre les troupes et le manque de respect pour les civils
    « el ELN mantiene su arremetida contra las vías del Chocó. Es una muestra más de que no existe el más mínimo respeto por la ciudadanía y sus derechos humanos »
    elcolombiano.com ↗
  11. 2008 , Année du déroulement de l'Opération Jaque par l'armée colombienne.
    « Par le passé, elle a réussi des opérations de sauvetage spectaculaires, comme l'Opération Jaque en 2008, qui a permis de libérer 15 otages des FARC, dont Íngrid Betancourt, sans tirer un coup de feu. »
    fr.wikipedia.org ↗
  12. 15 , Nombre d'otages des FARC libérés lors de l'Opération Jaque.
    « Par le passé, elle a réussi des opérations de sauvetage spectaculaires, comme l'Opération Jaque en 2008, qui a permis de libérer 15 otages des FARC, dont Íngrid Betancourt, sans tirer un coup de feu. »
    fr.wikipedia.org ↗
  13. Íngrid Betancourt, otage des FARC , Personnalité libérée lors de l'Opération Jaque en 2008.
    « Par le passé, elle a réussi des opérations de sauvetage spectaculaires, comme l'Opération Jaque en 2008, qui a permis de libérer 15 otages des FARC, dont Íngrid Betancourt, sans tirer un coup de feu. »
    fr.wikipedia.org ↗

Sources

Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Nathalie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans la société et la justice. Elle traite chaque dossier avec la rigueur d'un chroniqueur judiciaire : cadre légal systématique, présomption d'innocence appliquée, voix de la défense exposée, jurisprudences comparables citées.

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