Suisse : l’armée largue Microsoft 365 pour OpenDesk
L'armée suisse bascule vers OpenDesk d'ici octobre 2026, invoquant le Cloud Act et la souveraineté numérique
Les points clés
- Le Commandement Cyber suisse (200 collaborateurs) migre vers OpenDesk d'ici octobre 2026
- Microsoft 365 jugé incompatible avec les exigences militaires à cause du Cloud Act américain
- Le Parlement suisse alloue 10 millions CHF en décembre 2025 pour financer des alternatives open source
- OpenDesk combine LibreOffice et Thunderbird, hébergés localement sans dépendance au cloud
- France, Italie, Allemagne basculent aussi 500 000 postes LibreOffice en France, 150 000 en Italie
Simon Müller pose les mains sur le bureau. Dans la salle de réunion du Commandement Cyber, à Berne, la décision est actée. Microsoft 365, installé sur 54 000 postes fédéraux à peine un an plus tôt, ne passera pas la porte des unités militaires. Trop risqué. Trop américain. Trop cloud.
Simon Müller, commandant du Commandement Cyber – ne mâche pas ses mots: « Le paquet cloud Microsoft 365 n’est pas adapté à une armée ayant les plus hautes exigences en matière de confidentialité, de disponibilité et d’intégrité ». Traduction: tant que Microsoft reste soumis au Cloud Act américain – adopté en 2018, l’entreprise peut être contrainte de livrer des données à Washington. Pour une unité militaire qui traite des informations classifiées, c’est rédhibitoire.
La migration vers OpenDesk – une suite bureautique open source développée par le Centre allemand pour la souveraineté numérique (ZenDiS) – sera finalisée en octobre 2026. Le Commandement Cyber et son unité d’Actions Cyber et Électromagnétiques – soit environ 200 personnes – basculeront vers cette solution. Si le calendrier initial évoquait une transition en quelques mois – le planning officiel retient octobre 2026 comme date butoir, suggérant un phasage progressif.
Ce que personne ne dit: la Suisse paie pour ne plus dépendre
En décembre 2025 – le Parlement suisse a débloqué 10 millions de francs suisses pour financer la participation militaire à des alternatives open source européennes, dont OpenDesk. Dix millions pour sortir de l’orbite Microsoft. Le chiffre peut sembler modeste, mais il marque un basculement stratégique: la Suisse accepte de payer pour reprendre le contrôle de ses infrastructures numériques.
Simon Müller, commandant du Commandement Cyber – l’explique crûment: « Tant que les entreprises seront soumises à des lois comme le Cloud Act, elles ne seront plus utilisables dans certains contextes militaires ». Thomas Süssli, chef de l’Armée – va plus loin en évoquant le risque pour les données confidentielles et en appelant à développer une solution basée sur l’open source ou privée. Autrement dit: construire en interne, ou acheter européen.
Les risques opérationnels d’une armée sous cloud américain
Simon Müller, commandant du Commandement Cyber – invoque trois piliers: confidentialité, disponibilité, intégrité. Traduction concrète: une unité cyber militaire ne peut pas se permettre qu’un fournisseur américain accède à ses documents classifiés, suspende son service en cas de tension géopolitique, ou impose des mises à jour qui introduisent des vulnérabilités non maîtrisées.
Pour une armée, perdre le contrôle de sa suite bureautique, c’est perdre le contrôle de ses communications internes, de ses plans d’opération, de ses analyses de menace. Le Commandement Cyber développe d’ailleurs ses propres outils en parallèle. En juin 2026 – il a publié la version 1.0.0 de Loom – un moteur de recherche de documents conçu pour fonctionner sans connexion internet. L’unité assume: elle veut maîtriser l’intégralité de sa chaîne logicielle.
OpenDesk: LibreOffice + Thunderbird + serveurs européens
OpenDesk n’est pas une révolution technique. C’est une agrégation de briques open source existantes, LibreOffice pour la bureautique, Thunderbird pour les mails, hébergée sur des serveurs contrôlés par l’administration. Pas de cloud américain. Pas de transmission de données par défaut. Pas de mise à jour imposée depuis Redmond.
► Lire aussi: Cloud Act vs RGPD: le dilemme des entreprises européennes
L’Europe bascule, État par État: un effet domino qui s’accélère
La Suisse n’est pas seule. La France équipe 500 000 postes gouvernementaux avec LibreOffice. L’Italie a standardisé la suite sur 150 000 machines au sein de son ministère de la Défense. Plusieurs États allemands ont interdit Microsoft 365 dans les écoles pour non-conformité au RGPD. Le ministère de l’Éducation nationale français a recommandé aux établissements publics de ne plus utiliser Microsoft 365 ni Google Workspace.
La décision suisse s’inscrit dans une stratégie européenne coordonnée. Le Centre allemand ZenDiS – qui développe OpenDesk, sert de modèle: mutualiser les coûts de développement entre plusieurs États plutôt que payer individuellement des licences Microsoft. Une coalition européenne milite même pour un principe « Open Source First »: obliger les administrations à évaluer les alternatives libres avant d’acheter du propriétaire. La Tanzanie, l’Irlande, le Danemark, la Finlande ont déjà sauté le pas.
► Lire aussi: ZenDiS: comment l'Allemagne construit son indépendance logicielle
Le paradoxe suisse: installer Microsoft, puis tout retirer
L’administration fédérale suisse a déployé Microsoft 365 en octobre 2024. Quelques mois plus tard, le Commandement Cyber annonce qu’il refuse de l’utiliser et accélère sa sortie vers OpenDesk. Le timing est brutal, presque embarrassant.
Simon Müller, commandant du Commandement Cyber – justifie: « Les éditeurs propriétaires peuvent pratiquer une politique de licences extrêmement agressive ». Sous-entendu: Microsoft peut augmenter ses tarifs à tout moment, et l’État paie. La Suisse a choisi de payer autrement, en finançant le développement d’alternatives européennes plutôt qu’en alimentant les revenus de Redmond.
Ce que les sources ne disent pas
Aucune source consultée ne mentionne le coût total de la migration vers OpenDesk, ni les éventuelles pertes de productivité pendant la transition. Aucune ne chiffre précisément le nombre de fonctionnalités Microsoft 365 que OpenDesk ne peut pas encore remplacer. Aucune ne dit si la Suisse a tenté de négocier avec Microsoft une version souveraine, ou si elle a d’emblée décidé de claquer la porte.
Aucune source consultée ne précise le rôle du DDPS dans l’approbation de la migration du Commandement Cyber.
L’unanimisme autour de cette décision interroge aussi. Aucune voix critique dans les sources. Aucun expert pour dire que LibreOffice + Thunderbird, c’est un retour dix ans en arrière en termes d’ergonomie collaborative. Soit tout le monde est convaincu, soit personne n’ose dire publiquement qu’on sacrifie du confort d’usage au nom de la souveraineté.
► Lire aussi: LibreOffice vs Microsoft Office: ce que vous gagnez, ce que vous perdez
Le Commandement Cyber finalisera sa migration en octobre 2026. D’ici là, 200 collaborateurs apprendront à travailler sans OneDrive, sans Teams, sans l’écosystème Microsoft. L’armée suisse parie que la maîtrise de ses données vaut bien quelques clics en plus.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (7)
« Selon Simon Müller, les éditeurs propriétaires peuvent pratiquer "une politique de licences extrêmement agressive", ce qui peut entraîner une forte augmentation des coûts. »
ictjournal.ch ↗ ↩
« Le Parlement suisse a alloué 10 millions de francs suisses en décembre 2025 pour la participation militaire à des alternatives open source européennes, dont Opendesk. »
vtg.admin.ch ↗ ↩
« La France utilise également LibreOffice sur 500 000 postes de travail gouvernementaux. »
01net.com ↗ ↩
« Le ministère de la Défense italien a standardisé LibreOffice sur 150 000 machines. »
01net.com ↗ ↩
« Plusieurs États allemands ont interdit Microsoft 365 dans les écoles pour des raisons de protection des données, et le pays est cité comme un exemple d'adoption de l'open source. »
digital-strategy.ec.europa.eu ↗ ↩
« Simon Müller, commandant du Commandement Cyber, a déclaré que le paquet cloud Microsoft 365 n'est pas adapté à une armée ayant les plus hautes exigences en matière de confidentialité, de disponibilité et d'intégrité. »
vtg.admin.ch ↗ ↩
« Simon Müller, commandant du Commandement Cyber, a déclaré que le paquet cloud Microsoft 365 n'est pas adapté à une armée ayant les plus hautes exigences en matière de confidentialité, de disponibilité et d'intégrité. »
vtg.admin.ch ↗ ↩