Comores : deux journalistes de La Gazette des Comores interpellés pour des articles sur la santé de Sambi

Toufé Maecha et Elhad Saïd Omar interpellés lundi soir par la gendarmerie à Moroni, l'un libéré, l'autre toujours détenu ce mercredi.

Comores : deux journalistes de La Gazette des Comores interpellés pour des articles sur la santé de Sambi
Illustration Ahamada Abdallah / info.fr

Lundi 8 juin 2026, la gendarmerie comorienne a interpellé deux journalistes de La Gazette des Comores après la publication d'articles sur l'état de santé de l'ex-président Sambi. Elhad Saïd Omar, directeur de publication, a été libéré sous contrôle judiciaire mardi soir. Toufé Maecha, secrétaire de rédaction, restait détenu ce mercredi 10 juin.

L’essentiel

  • Lundi 8 juin, vers 19h50 : Toufé Maecha interpellé à Niumadzaha Bambao, Elhad Saïd Omar au siège du journal à Moroni.
  • Motif rapporté : publication d’articles sur le rapport médical de l’ex-président Sambi, évoquant ischémie cardiaque et pronostic vital compromis.
  • Mardi 9 juin au soir : Elhad Saïd Omar libéré sous contrôle judiciaire ; Toufé Maecha toujours en détention au 10 juin.
  • Le SNJC condamne les arrestations et réclame la libération immédiate dans un communiqué publié dès lundi.
  • Ce mercredi matin : mobilisation de journalistes devant le palais de justice de Moroni.

Deux interpellations le même soir

Lundi 8 juin 2026, vers 19h50, des gendarmes se présentent au domicile de Toufé Maecha, secrétaire de rédaction de La Gazette des Comores, dans son village de Niumadzaha Bambao. Il est interpellé sur place. Au même moment, Elhad Saïd Omar, fondateur et directeur de publication du journal, est appréhendé au siège de la rédaction à Moroni. C’est la chaîne Franceinfo La 1ère Mayotte qui rapporte ces éléments, confirmés par le site Comoresinfos.net.

Les deux hommes sont placés en garde à vue. Aucune communication officielle du parquet ou de la gendarmerie comorienne n’a été publiée à ce stade pour préciser les chefs d’inculpation retenus.

Des articles sur la santé de l’ex-président Sambi en cause

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Selon Franceinfo La 1ère et Al-Watwan, les interpellations sont directement liées à des articles publiés par La Gazette des Comores sur l’état de santé d’Ahmed Abdallah Sambi, ancien président des Comores, détenu depuis 2018 et condamné en 2022 à la réclusion à perpétuité pour haute trahison.

Le journal avait diffusé le contenu d’un rapport médical final faisant état d’une asthénie généralisée, d’une ischémie cardiaque et d’un pronostic vital jugé compromis - des informations contrastant avec les communiqués du parquet général comorien qui minimisaient l’état de l’ex-chef d’État. C’est la publication de ce rapport que les autorités auraient qualifiée de « sensible », selon Al-Watwan.

Un libéré, l’autre toujours détenu

Mardi 9 juin au soir, Elhad Saïd Omar a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, selon une publication de FCBK FM Comores et confirmée par plusieurs comptes suivis sur X. Toufé Maecha, lui, demeurait en détention à la gendarmerie au moins jusqu’au 10 juin, soit plus de 36 heures après son interpellation.

Cette situation a déclenché une réaction immédiate du milieu de la presse. Le Syndicat national des journalistes comoriens (SNJC) a publié un communiqué condamnant les deux arrestations et réclamant la libération immédiate. Le syndicat souligne que les deux journalistes auraient pu se présenter sur simple convocation judiciaire, sans qu’une interpellation en soirée à domicile soit nécessaire.

Mobilisation devant le palais de justice ce mercredi

Ce mercredi 10 juin 2026, des journalistes comoriens et des membres du SNJC se sont rassemblés devant le palais de justice de Moroni pour exiger la libération de Toufé Maecha.

La mobilisation illustre la tension autour de cette affaire dans le milieu journalistique comorien. Les suites judiciaires - audience, mise en examen formelle, prolongation ou levée de détention - n’avaient pas encore été annoncées à l’heure de publication.

Un précédent judiciaire pour Toufé Maecha

Ce n’est pas la première fois que Toufé Maecha se retrouve face à la justice. En 2023, il avait été condamné pour diffamation avec d’autres journalistes, à la suite d’une plainte déposée par un cadre de la télévision nationale comorienne. Le SNJC avait dénoncé à l’époque un « acharnement » contre la presse indépendante, selon Franceinfo La 1ère.

Toufé Maecha est par ailleurs président de la section comorienne de l’Union internationale de la presse francophone (UPF), ce qui confère à l’affaire un écho au-delà des frontières comoriennes.

Contexte dans le département de Mayotte (976)

L’affaire se déroule aux Comores, mais elle est suivie de près à Mayotte, département français voisin entretenant des liens historiques, familiaux et culturels étroits avec l’archipel. La Gazette des Comores est lue dans les deux territoires, et les tensions autour de la liberté de la presse dans l’océan Indien résonnent à Mamoudzou comme à Moroni.

Mayotte fait régulièrement face à des enjeux de gouvernance et de justice liés à ses relations avec les Comores. Des affaires judiciaires impliquant des ressortissants ou des médias comoriens y sont suivies avec attention, notamment par la communauté mahoraise d’origine comorienne. À ce titre, les tensions migratoires entre les deux archipels et les dynamiques politiques locales à Mayotte alimentent un contexte régional complexe dans lequel cette affaire de presse s’inscrit.

La question de la liberté de la presse aux Comores n’est pas nouvelle. Reporters sans frontières classait régulièrement l’archipel dans une zone de fragilité pour l’indépendance des médias. Les poursuites visant des journalistes pour des publications sur des personnalités politiques ou judiciaires y constituent un phénomène récurrent, que les organisations professionnelles dénoncent depuis plusieurs années.

La prochaine étape sera déterminée par la décision du juge d’instruction ou du parquet sur le sort de Toufé Maecha : prolongation de la garde à vue, mise en examen ou remise en liberté. Le SNJC a annoncé maintenir la pression jusqu’à sa libération.

Ahamada
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Sources

Ahamada Abdallah

Ahamada Abdallah

Ahamada est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Mayotte (976), avec Mamoudzou pour chef-lieu. Spécialité du département : département français le plus jeune et lagon (1er lagon mondial). Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Outre-mer.

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