Contrôle antidopage en pleine nuit pour Pogacar et Vingegaard : la colère des équipes
Les deux leaders du Tour de France réveillés à 2h et 5h du matin pour un test surprise
Jonas Vingegaard contrôlé à 2h, Tadej Pogacar réveillé à 5h sans pouvoir se rendormir. Le Parisien révèle un contrôle antidopage nocturne qui fait bondir le syndicat des coureurs et interroge les équipes.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Jonas Vingegaard contrôlé vers 2h, Tadej Pogacar réveillé à 5h sans pouvoir se rendormir
- Contrôles légaux depuis 2016 entre 23h et 6h, mais l'AFLD exige un consentement entre 5h et 6h
- Pascal Chanteur dénonce une atteinte à la récupération « Quelle différence entre 2h et 7h »
- Vingegaard testé 60 à 70 fois en 2023, Pogacar parfois 3 contrôles en une journée
- L'ITA expérimente un passeport de puissance, ravivant les tensions sur la vie privée des athlètes
2h du matin. On frappe à la porte de Jonas Vingegaard. Le coureur danois ouvre. Deux contrôleurs antidopage. Prélèvement sanguin, prélèvement urinaire. Une demi-heure plus tard, il peut retourner se coucher. Trois heures après, même scénario pour Tadej Pogacar. Réveillé vers 5h - le Slovène ne parvient pas à se rendormir. Le lendemain, il a une étape à rouler.
Le Parisien a révélé ce 19 juillet 2026 un contrôle antidopage inopiné effectué de nuit sur les deux leaders du Tour de France. Un test surprise en pleine course, légal depuis 2016, l’Agence mondiale antidopage autorise les prélèvements entre 23h et 6h, mais dont le timing suscite l’indignation du syndicat des coureurs.
« Quelle est la différence entre 2h et 7h? »
Pascal Chanteur - président de l’Union Nationale des Cyclistes Professionnels français et vice-président du syndicat international des coureurs, ne décolère pas. « On met 10 millions d’euros par an sur la lutte antidopage, mais il ne faut pas faire n’importe quoi. La récupération des coureurs, c’est important. Quelle est la différence entre faire ce contrôle à 2h ou à 7h? » - a-t-il déclaré au Parisien.
Les équipes UAE Team Emirates et Visma-Lease a Bike, directement concernées, n’ont pas souhaité réagir publiquement à ces contrôles nocturnes.
Un cadre légal qui laisse des zones grises
L’UCI a délégué ses activités antidopage opérationnelles à l’International Testing Agency depuis janvier 2021. Mais l’Agence Française de Lutte contre le Dopage indique dans ses lignes directrices que les contrôles peuvent avoir lieu « n’importe où, entre 5h et 23h » - précisant qu’un créneau horaire entre 5h et 6h nécessite un consentement préalable de l’athlète. Pogacar, réveillé à 5h, aurait-il dû donner son accord? Aucune des sources consultées ne le précise.
Les sanctions, elles, sont strictes. Selon l’article 2.09.060 du Règlement antidopage de l’UCI, manquer trois contrôles ou refuser de s’y soumettre dans une période de 12 mois peut entraîner une suspension de deux ans. Une pression constante pour les coureurs, aggravée par les contrôles nocturnes introduits en 2016, après des débats initiés dès 2015 - où les équipes avaient déjà exprimé leurs réserves.
Pogacar et Vingegaard, cibles récurrentes
Les deux hommes ne découvrent pas les contrôles surprise. Tadej Pogacar - quadruple vainqueur du Tour, a déjà affirmé avoir subi « beaucoup, beaucoup de contrôles antidopage » - parfois trois en une seule journée. Jonas Vingegaard - double vainqueur de l’épreuve, a déclaré avoir été testé entre 60 et 70 fois en 2023. En 2019 - le Danois avait même manqué un contrôle, téléphone non entendu, sonnette défaillante.
Un dispositif antidopage pionnier, mais intrusif
Le cyclisme s’est doté d’un arsenal de surveillance après des décennies de scandales. Les premiers contrôles antidopage systématiques sur le Tour de France datent de 1968. En 2008 - le passeport biologique de l’athlète est introduit, un système qui surveille les profils hématologiques et stéroïdiens des coureurs pour détecter les anomalies.
Le « passeport de puissance », nouvelle intrusion
Aujourd’hui, l’ITA pousse la surveillance encore plus loin en expérimentant un « passeport de puissance » qui analyse les données physiques des coureurs, puissance développée, fréquence cardiaque, efforts fournis. Une avancée technologique qui ravive les tensions entre efficacité de la lutte antidopage et respect de la vie privée des athlètes. Où s’arrête le contrôle légitime? Où commence l’intrusion dans l’intimité physiologique des coureurs? Les questions restent en suspens.
Ce que personne ne dit
Le paradoxe de ces contrôles nocturnes? Ils ciblent les leaders, Pogacar et Vingegaard, les coureurs les plus testés, les plus surveillés, ceux dont les profils biologiques sont scrutés toute l’année. Vingegaard a subi entre 60 et 70 tests en 2023. Pogacar en a parfois enchaîné trois en une journée. Si l’objectif est de débusquer les tricheurs, pourquoi cibler les athlètes déjà hyper-contrôlés plutôt que d’élargir le filet?
L’autre angle mort: le consentement. L’AFLD stipule qu’un contrôle entre 5h et 6h nécessite l’accord de l’athlète. Pogacar, réveillé à 5h - a-t-il été informé de ce droit? Aucune des sources consultées ne le précise. Un flou juridique qui alimente la colère du syndicat et l’interrogation des équipes.
► Lire aussi: Tour de France: 50 ans de lutte contre le dopage
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (10)
« Selon les informations du Parisien, Jonas Vingegaard (Team Visma-Lease a Bike) a été contrôlé vers 2h du matin, tandis que Tadej Pogačar (UAE Team Emirates) a été réveillé aux alentours de 5h et n'a pas pu se rendormir par la suite. »
leparisien.fr ↗ ↩
« Selon les informations du Parisien, Jonas Vingegaard (Team Visma-Lease a Bike) a été contrôlé vers 2h du matin, tandis que Tadej Pogačar (UAE Team Emirates) a été réveillé aux alentours de 5h et n'a pas pu se rendormir par la suite. »
leparisien.fr ↗ ↩
« Pascal Chanteur, président de l'Union Nationale des Cyclistes Professionnels (UNCP) français et vice-président du syndicat international des coureurs, a également réagi avec fureur à cette situation. »
force-ouvriere.fr ↗ ↩
« Cependant, l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) indique dans ses lignes directrices que les contrôles peuvent avoir lieu "n'importe où, entre 5h et 23h", précisant qu'un créneau horaire entre 5h et 6h nécessite un consentement préalable de l'athlète. »
afld.fr ↗ ↩
« Cependant, l'Agence Française de Lutte contre le Dopage (AFLD) indique dans ses lignes directrices que les contrôles peuvent avoir lieu "n'importe où, entre 5h et 23h", précisant qu'un créneau horaire entre 5h et 6h nécessite un consentement préalable de l'athlète. »
afld.fr ↗ ↩
« Tadej Pogačar (leader de l'équipe UAE): Quadruple vainqueur du Tour, il a été réveillé pour un contrôle vers 5h du matin. »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Jonas Vingegaard (leader de l'équipe Jumbo-Visma): Double vainqueur de l'épreuve, il a été contrôlé aux alentours de 2h du matin. »
fr.wikipedia.org ↗ ↩
« Jonas Vingegaard a également déclaré avoir été testé entre 60 et 70 fois en 2023. »
20minutes.fr ↗ ↩
« L'Union Cycliste Internationale (UCI) a délégué ses activités antidopage opérationnelles à l'International Testing Agency (ITA) depuis janvier 2021. L'ITA est chargée de la planification et de la conduite des contrôles, s'appuyant sur des informations et une analyse des risques pour cibler les athlètes. »
fr.uci.org ↗ ↩
« La controverse autour du "passeport de puissance" récemment expérimenté par l'Agence Internationale de Contrôles (ITA) montre également la tension entre les avancées technologiques de surveillance et les préoccupations des coureurs concernant leur vie privée et la gestion de leurs données. »
fr.uci.org ↗ ↩
