CRA de Longvic : des affiches menacent les salariés du chantier, la préfecture saisit la justice

Des affiches collées à Dijon le 18 avril divulguent noms, adresses et photos d'employés d'entreprises du chantier du centre de rétention.

CRA de Longvic : des affiches menacent les salariés du chantier, la préfecture saisit la justice
Illustration Simon Perrot / info.fr

En marge d'une manifestation anti-CRA à Dijon, des affiches ont exposé des données personnelles de salariés travaillant sur le futur centre de rétention administrative de Longvic. Les entreprises visées s'indignent. La préfecture de Côte-d'Or a annoncé le 22 avril un signalement au parquet de Dijon.

Samedi 18 avril 2026, environ 400 personnes ont défilé dans le centre de Dijon contre la construction du centre de rétention administrative (CRA) de Longvic, selon ICI Bourgogne. En marge du cortège, des affiches ont été collées dans la ville. Leur contenu a déclenché une vive réaction : noms, adresses et photos de salariés d’entreprises liées au chantier y figuraient en clair.

Les affiches qualifient certaines de ces entreprises de « racistes » ou de « tortionnaires » et indiquent leurs coordonnées. Parmi les sociétés ciblées : Vinci et Pennequin, qui ont répondu à un appel d’offres public lancé par le ministère de la Justice.

« Nous n’avons commis aucune faute »

Le PDG de Pennequin a exprimé son indignation à ICI Bourgogne : « Nous avons répondu à un appel d’offres public, qui plus est, lancé par le ministère de la Justice et nous n’avons commis aucune faute. » Il envisage de déposer une plainte. Pour les salariés concernés, dont les données personnelles se retrouvent ainsi exposées, la situation génère une inquiétude directe : ce sont des employés de chantier, non des décideurs politiques, qui se trouvent nommément ciblés dans l’espace public.

La préfecture de la Côte-d’Or a confirmé le 22 avril qu’elle signalerait l’affaire au parquet de Dijon. D’autres incidents similaires ont été recensés, notamment des tags sur les locaux d’entreprises comme BEGC et PLAST architecte à Nantes, selon le site Dijoncter.info.

Un chantier à 30,3 millions d’euros, ouverture prévue à l’automne 2027

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Le CRA de Longvic doit sortir de terre sur l’ancienne base aérienne BA 102. Sa capacité est fixée à 140 places. Le coût : 30,3 millions d’euros d’argent public. L’ouverture est attendue à l’automne 2027, selon le préfet Paul Mourier - un calendrier déjà retardé par rapport aux premières annonces qui visaient fin 2026. Le projet s’inscrit dans la loi Darmanin de 2023, qui prévoit la création d’une dizaine de nouveaux centres en France, en complément des 26 existants, pour un budget global de 240 millions d’euros, selon Le Bien Public.

Le collectif AntiCRA de Dijon, actif depuis un an, a organisé les deux dernières mobilisations. En avril 2025, quelque 200 personnes avaient participé à une action symbolique, détruisant une réplique en carton du centre. Un an plus tard, les rangs ont doublé. La manifestation du 18 avril scandait notamment : « Brique par brique, mur par mur, nous détruirons les centres de rétention ! » Le collectif a aussi rejoint ce jour-là d’autres rassemblements place Darcy, selon Infolibertaire.

La ligne de partage est nette : d’un côté, des opposants qui contestent le principe même de l’enfermement administratif des personnes étrangères ; de l’autre, des entreprises qui rappellent avoir suivi une procédure légale. Entre les deux, des salariés dont les données personnelles circulent désormais sur les murs de Dijon. La question de la responsabilité pénale de ces affichages est désormais entre les mains du parquet.

Une assemblée générale du collectif AntiCRA est prévue le 29 juin 2026 à la Maison Phare de Dijon. Le chantier, lui, comme d’autres projets publics controversés, continue.

Sources

Simon Perrot

Simon Perrot

Basé à Dijon, traite la viticulture bourguignonne, les tensions sur les classements UNESCO, l'université et les restructurations hospitalières. Diplômé du CFJ, il a fait ses classes en agence avant de s'ancrer en Côte-d'Or. Conviction éditoriale : vérifier les chiffres des ventes aux enchères, interroger vignerons et négociants, ne jamais se contenter des communiqués des syndicats viticoles.

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