Creuse : un couple britannique soupçonné d’avoir escroqué 16 M€ via un château fantôme

Le domaine de la Cazine à Noth, présenté comme futur complexe de luxe, était au cœur d'une arnaque massive à l'investissement immobilier.

Creuse : un couple britannique soupçonné d'avoir escroqué 16 M€ via un château fantôme
Illustration Jean Faucher / info.fr

Deux entrepreneurs britanniques sont mis en cause dans une escroquerie de 16 millions d'euros montée autour du domaine de la Cazine, à Noth, près d'Aubusson. Le projet, présenté comme un complexe hôtelier de luxe, n'a jamais vu le jour. L'un des suspects a été arrêté en Espagne fin avril 2026.

Deux entrepreneurs britanniques sont mis en cause dans une escroquerie de 16 millions d’euros montée autour du domaine de la Cazine, à Noth, près d’Aubusson. Le projet, présenté comme un complexe hôtelier de luxe, n’a jamais vu le jour. L’un des suspects a été arrêté en Espagne fin avril 2026.

L’essentiel

  • 16 millions d’euros : montant total de l’escroquerie, selon Le Parisien, portant sur des investissements immobiliers fictifs.
  • 2,5 millions d’euros : prix d’achat du domaine de la Cazine en 2010 par le groupe Barrasford & Bird.
  • 25 mars 2025 : perquisition au château par la JIRS de Bordeaux, avec des enquêteurs d’Europol et une trentaine de véhicules.
  • 21 octobre 2025 : liquidation judiciaire prononcée par le tribunal de commerce de Guéret.
  • Fin avril 2026 : arrestation de Robin Barrasford en Espagne, selon Le Parisien.

Un château du 19e siècle vendu comme eldorado

Le domaine de la Cazine est un château construit en 1894 par les architectes Louis Chauvet et Alfred Coulomb pour le vicomte Paul de Curel, sur un parc de 250 hectares incluant l’étang de la Grande Cazine. Un patrimoine classé, connu localement, rachetée fin 2010 par le groupe Barrasford & Bird pour environ 2,5 millions d’euros.

Ses fondateurs, Robin Barrasford et Alan Bird, ont rapidement mis en avant un projet ambitieux : transformer le site en complexe hôtelier haut de gamme, avec golf, spa, courts de tennis et la construction de 20 chalets de luxe. Les prix affichés allaient de 200 000 euros pour une suite junior à plus d’un million d’euros pour une villa.

Le Parisien a révélé le 4 mai 2026 l’ampleur de l’escroquerie présumée. Le domaine avait bien ouvert un hôtel-restaurant, qui a décroché une étoile, mais les grandes promesses - chalets, golf, spa - n’ont jamais été réalisées.

Des rendements mirobolants pour appâter les investisseurs

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Le mécanisme de l’arnaque repose sur des promesses très précises. Les investisseurs se voyaient garantir un rendement annuel de 6 % sur dix ans, deux semaines d’utilisation gratuite des chalets par an, et une revente à 150 % du prix d’achat au bout de dix ans. Des conditions présentées comme sécurisées par l’actif immobilier.

Ce type de montage s’apparente à ce que les spécialistes appellent une escroquerie à l’investissement immobilier fictif. Les fonds collectés ne servent pas à construire ce qui est promis. Des affaires similaires ont été documentées ailleurs en France, notamment dans des zones rurales où des projets touristiques de prestige attirent des investisseurs en quête de placements tangibles - les arnaques à grande mise en scène se multiplient, parfois avec des montants bien supérieurs.

Selon Le Parisien, le total escroqué atteint 16 millions d’euros, auprès d’un nombre de victimes non précisé à ce stade. La nationalité ou le profil des investisseurs n’ont pas été communiqués.

La JIRS de Bordeaux et Europol s’en mêlent

C’est la Juridiction Interrégionale Spécialisée (JIRS) de Bordeaux, compétente pour les affaires de criminalité économique et financière organisée, qui pilote l’enquête. Le 25 mars 2025, une perquisition d’envergure a eu lieu au château : une trentaine de véhicules, un hélicoptère et des enquêteurs d’Europol ont investi le domaine, selon France 3 Régions.

La dimension internationale de l’opération - impliquant Europol et aboutissant à une arrestation en Espagne - indique que les investigations ont débordé les frontières françaises. Robin Barrasford a été interpellé en Espagne fin avril 2026, selon Le Parisien. Le sort d’Alan Bird n’a pas été précisé dans les sources disponibles à ce stade.

Après la perquisition de mars 2025, un représentant britannique du groupe avait déclaré à La Montagne : « Nous coopérerons autant que possible. » La suite judiciaire de cette coopération n’a pas été rendue publique.

Liquidation, abandon, pillage

L’hôtel-restaurant du domaine a fermé ses portes fin 2023. Deux salariés se sont retrouvés sans salaires réguliers, selon France Bleu Creuse. Le site est à l’abandon depuis lors, accumulant des dettes - notamment envers l’URSSAF.

Le 21 octobre 2025, le tribunal de commerce de Guéret a prononcé la liquidation judiciaire du château, faute de respect du plan de redressement et de non-paiement des dettes. Le château est désormais sans activité, sans gardien opérationnel et sujet à des dégradations. Des vols aggravés ont été signalés sur le site en janvier 2026, selon France 3. La problématique des vols sur des sites abandonnés touche plusieurs territoires ruraux du Massif central.

Contexte dans la Creuse

La Creuse est l’un des départements les moins peuplés de France métropolitaine, avec environ 110 000 habitants. Son économie repose en large partie sur l’agriculture, l’artisanat d’art (Aubusson, capitale mondiale de la tapisserie, classée à l’Unesco) et un tourisme rural qui peine à monter en gamme.

Dans ce contexte, le projet Cazine avait suscité un espoir réel à l’échelle locale : un complexe de luxe sur 250 hectares, des emplois potentiels, une visibilité nationale pour un territoire en déprise démographique. La commune de Noth compte moins de 500 habitants. L’affaire illustre la vulnérabilité de ces territoires face à des projets d’investissement étrangers insuffisamment contrôlés.

Aucun précédent d’une escroquerie de cette ampleur n’a été identifié dans le département ces dernières années. L’affaire Cazine représente, selon les éléments disponibles, la plus grande escroquerie à l’investissement immobilier jamais instruite dans la Creuse. Les arnaques financières frappent aussi les départements voisins de la région Nouvelle-Aquitaine, dans des formes variées.

Prochaine étape : le sort du château en suspens

La liquidation judiciaire ouvre la voie à une cession du domaine. Aucun repreneur n’a été annoncé publiquement à ce jour. L’instruction judiciaire menée par la JIRS de Bordeaux se poursuit ; les chefs de poursuite retenus n’ont pas encore été rendus publics par le parquet.

Sources

Jean Faucher

Jean Faucher

Jean est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Creuse (23), avec Guéret pour chef-lieu. Spécialité du département : tapisserie Aubusson UNESCO et art contemporain Vassiviere. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Nouvelle-Aquitaine.

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