Crise à la CAGNM : le maire de Bandraboua menace de quitter l’intercommunalité du Nord
Abdou-Lihariti Antoissi dit Maradona a claqué la porte du conseil communautaire du 12 mai, dénonçant la domination de Koungou dans la répartition des sièges.
Le maire de Bandraboua a boycotté le vote lors du conseil communautaire de la CAGNM le 12 mai 2026 à Bouyouni. Il dénonce une répartition inéquitable des sièges et menace de retirer sa commune de l'intercommunalité du Grand Nord de Mayotte.
Le maire de Bandraboua, Abdou-Lihariti Antoissi dit Maradona, a quitté la réunion du conseil communautaire de la Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM) le 12 mai 2026, avant la fin du vote. Il dénonce une « dictature de la commune de Koungou » et envisage le retrait pur et simple de Bandraboua de la structure intercommunale.
L’essentiel
- 12 mai 2026 : conseil communautaire de la CAGNM à Bouyouni, consacré à la désignation de représentants au SIDEVAM et à LEMA.
- Répartition des sièges contestée : Koungou détient 20 sièges sur 40, Bandraboua 12, Mtsamboro 5, Acoua 3.
- Boycott et départ : le maire Maradona a quitté la séance sans participer au vote, selon Mayotte Hebdo.
- Menace de retrait : le même jour, une délibération pour sortir Bandraboua de la CAGNM et résilier le bail des locaux intercommunaux devait être soumise au conseil municipal.
- Budget CAGNM 2025 : 13,3 millions d’euros en fonctionnement, 2,5 millions en investissement.
Ce qui s’est passé le 12 mai à Bouyouni
La réunion était présidée par Ahmed Darouéchi, maire d’Acoua et premier vice-président de la CAGNM depuis avril 2026, en l’absence de la présidente Roukia Kassidi. L’ordre du jour portait sur la désignation des représentants de la CAGNM au sein du SIDEVAM (syndicat de gestion des déchets) et de LEMA, selon Mayotte Hebdo.
La répartition des sièges a cristallisé les tensions. Koungou, commune la plus peuplée du territoire avec 32 156 habitants (source INSEE 2024), détient 20 des 40 sièges du conseil communautaire, soit la majorité absolue. Bandraboua, avec 13 989 habitants, n’en possède que 12. Mtsamboro et Acoua complètent l’assemblée avec respectivement 5 et 3 sièges.
Le maire Maradona a refusé de participer au vote et a pris la parole avant de partir. Selon Mayotte Hebdo, il a déclaré : « Nous vivons sous la dictature de la commune de Koungou. Je demande davantage d’équité. »
Une délibération de retrait annoncée dans la foulée
Selon Mayotte Hebdo, le maire de Bandraboua prévoyait de soumettre le même soir, lors du conseil municipal du 12 mai, une délibération formelle pour retirer Bandraboua de la CAGNM. La résiliation du bail des locaux intercommunaux occupés par la commune était également envisagée.
Si cette délibération a bien été adoptée, la procédure de retrait devrait passer par la préfecture de Mayotte. Les conditions légales d’un retrait d’une commune d’un EPCI à fiscalité propre sont encadrées par le code général des collectivités territoriales - elles nécessitent notamment l’accord de l’organe délibérant et l’autorisation préfectorale. Le résultat du vote municipal du 12 mai n’avait pas encore été communiqué au moment de la publication de cet article.
La commune de Bandraboua est par ailleurs concernée par d’autres dossiers locaux. Le Bazar Dzoumogné y a récemment été fermé d’urgence pour défaillances d’hygiène, et un marathon solidaire contre la pauvreté avait mobilisé la commune quelques semaines plus tôt.
La CAGNM : une structure jeune et un budget de 13,3 M€
La CAGNM a été créée le 31 décembre 2015, sous forme de communauté de communes, regroupant Koungou, Bandraboua, Mtsamboro et Acoua. Elle a été transformée en communauté d’agglomération le 1er janvier 2021, suite à l’évolution démographique du territoire (source Wikipedia / CAGNM.yt).
Ses compétences couvrent le développement économique, l’aménagement du territoire, l’assainissement et la gestion des déchets. Son budget primitif 2025 s’élève à 13,3 millions d’euros en fonctionnement et 2,5 millions en investissement, avec un excédent de fonctionnement 2024 supérieur à 3 millions d’euros, selon les documents officiels publiés sur le site de la CAGNM.
Roukia Kassidi, élue de la majorité de Koungou, a été désignée présidente le 12 avril 2026 à l’unanimité des 40 conseillers communautaires, selon Franceinfo Mayotte La 1ère. Ce vote à l’unanimité tranche avec l’ambiance de la réunion suivante, un mois plus tard.
Contexte dans le département de Mayotte
Le nord de Mayotte est un territoire en forte croissance démographique. La CAGNM concentre environ 59 000 habitants selon les données INSEE 2024, soit une part significative de la population mahoraise. Koungou y est de loin la commune la plus importante, avec 32 156 habitants - plus du double de Bandraboua.
Cette asymétrie démographique se retrouve mécaniquement dans la répartition des sièges au conseil communautaire, calculée proportionnellement à la population. Elle est source de tensions récurrentes dans les intercommunalités mahoraises, où les communes de taille moyenne estiment souvent être marginalisées au profit des plus grandes.
Mayotte traverse par ailleurs une période de reconstruction institutionnelle après les crises successives liées à l’insécurité et aux conséquences du passage du cyclone Chido en décembre 2024. Dans ce contexte, la stabilité des EPCI est perçue comme un enjeu de cohérence territoriale pour les services publics de base - collecte des déchets, assainissement - dont dépendent directement les habitants du nord. Une instabilité à la CAGNM pourrait retarder des projets d’infrastructure essentiels pour les quatre communes concernées.
Des tensions intercommunales avaient déjà marqué d’autres territoires de Mayotte par le passé, mais un retrait formel de commune d’un EPCI resterait un cas rare dans le département. Le nord de l’île est également touché par des violences entre villages, ce qui renforce l’urgence d’une gouvernance territoriale stable.
La réaction des autres membres de la CAGNM
Ni la présidente Roukia Kassidi, ni le vice-président Ahmed Darouéchi n’avaient réagi publiquement à la sortie du maire de Bandraboua au moment de la publication de cet article, selon les informations disponibles. La préfecture de Mayotte n’a pas non plus communiqué sur une éventuelle saisine.
Le maire de Bandraboua n’a pas détaillé publiquement les modalités concrètes de son projet de retrait ni les délais envisagés au-delà de la délibération municipale du 12 mai.
Prochaines étapes
Si la délibération a été adoptée par le conseil municipal de Bandraboua, le dossier devrait être transmis à la préfecture de Mayotte pour instruction. La suite dépendra de la réaction des autres membres de la CAGNM et de la position de l’État, qui pourrait tenter une médiation avant toute décision officielle.