Décharge illégale au Castellet : trois condamnés, 140 000 € d’amendes après 10 ans
Le tribunal correctionnel de Toulon a rendu son jugement le 4 mai 2026 dans une affaire de pollution agricole et viticole vieille de trente ans.
Un million de tonnes de déchets déversés sur des terres agricoles du Castellet, en plein terroir de l'AOC Bandol. Le 4 mai 2026, le tribunal correctionnel de Toulon a condamné trois prévenus à des amendes totalisant plus de 140 000 euros. L'enquête judiciaire avait été ouverte en octobre 2017.
Un million de tonnes de déchets déversés sur des terres agricoles du Castellet, en plein terroir de l’AOC Bandol. Le 4 mai 2026, le tribunal correctionnel de Toulon a condamné trois prévenus à des amendes totalisant plus de 140 000 euros. L’enquête judiciaire avait été ouverte en octobre 2017.
L’essentiel
- Jugement : rendu le 4 mai 2026 par le tribunal correctionnel de Toulon, à l’issue d’une enquête ouverte en octobre 2017.
- Amendes : 80 000 € pour Marcel Herrero, 50 000 € pour Marc Martin-Escoffier, 10 000 € avec sursis pour le troisième prévenu - soit plus de 140 000 € au total.
- Volume de déchets : environ un million de tonnes (BTP, bois, ferraille) accumulées depuis les années 1990 sur plusieurs hectares au lieu-dit La Capucine, Le Castellet (Var).
- Impact viticole : 20 hectares déclassés de l’AOC Bandol en 2020 ; 6 540 € de préjudice matériel indemnisés.
- Remise en état : obligatoire sous un an, avec astreinte de 100 € par jour de retard.
Trente ans de dépôts, un jugement rendu en 2026
Le lieu-dit La Capucine, sur la commune du Castellet, est connu des riverains et des vignerons du secteur depuis les années 2010. Des monceaux de gravats, bois et ferraille occupaient plusieurs hectares de terres normalement dédiées à l’agriculture. Selon Nice-Matin et Nice-Presse, l’accumulation remonte aux années 1990 et aurait duré plus de trente ans.
C’est la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) qui a formellement signalé les faits en 2016. Une enquête judiciaire a été ouverte en octobre 2017. La décharge a été mise sous scellés en 2019, après des interpellations, comme le rapportait à l’époque Ouest-France.
Qui sont les trois condamnés
Marcel Herrero, 81 ans, est le principal condamné. Ancien président de la fédération BTP du Var de 1992 à 2004, dirigeant d’entreprises de travaux publics, il écope de 80 000 euros d’amende délictuelle et 1 500 euros de contravention, selon Nice-Matin.
Marc Martin-Escoffier, 62 ans, gérant du GFA La Capucine - la structure propriétaire des terres - , est condamné à 50 000 euros d’amende. Son rôle : avoir facilité l’exploitation illégale du site en tant que propriétaire terrien.
Un troisième entrepreneur, gérant d’une société de traitement de déchets ayant loué les terrains, s’en sort avec 10 000 euros d’amende avec sursis.
Les trois prévenus ont également été condamnés à verser 1 000 euros de dommages et intérêts moraux à chacune des cinq parties civiles, dont la commune du Castellet et l’association des vins de Bandol, selon Nice-Matin. Le préjudice matériel lié à l’AOC est fixé à 6 540 euros.
L’AOC Bandol en première ligne
Le site pollué borde le vignoble de Bandol, l’une des appellations d’origine contrôlée les plus réputées de Provence. En 2020, selon Vitisphere, 20 hectares avaient été déclassés de l’AOC en raison de la contamination liée à la décharge. Des parcelles entières n’étaient plus éligibles à l’appellation.
L’indemnisation accordée par le tribunal - 6 540 euros de préjudice matériel - paraît modeste au regard de l’ampleur des dégâts. Le chiffre, issu du seul jugement rapporté par Nice-Matin, ne couvre pas le manque à gagner des producteurs sur plusieurs années.
Contexte dans le Var
Le Var est régulièrement cité pour ses problèmes de dépôts illégaux de déchets du BTP. En 2021, un réseau qualifié de « mafia des déchets » avait été condamné dans le département à des peines allant jusqu’à quatre ans de prison et 300 000 euros d’amende pour dépôts sur sites protégés, selon la Fédération nationale environnement (FNE).
L’affaire du Castellet a pris une dimension particulièrement grave le 5 août 2019. Jean-Mathieu Michel, maire de Signes, commune voisine, a été tué ce jour-là en tentant de verbaliser un camion effectuant un dépôt sauvage. Ce drame avait braqué les projecteurs nationaux sur les circuits illégaux de traitement des déchets dans le sud-est. Le conducteur du camion impliqué dans ce drame relevait d’un réseau distinct de celui jugé le 4 mai, mais l’affaire illustre l’ampleur du phénomène dans le département.
Le Var compte environ 1,1 million d’habitants et un tissu important d’entreprises du BTP liées au secteur de la construction et de l’aménagement, ce qui génère structurellement des volumes de déchets inertes difficiles à éliminer légalement à moindre coût.
Pour les associations de défense de l’environnement et les producteurs viticoles, ce jugement est une première victoire judiciaire. Mais la remise en état d’un site ayant absorbé un million de tonnes de déchets sur plusieurs décennies représente un chantier d’une toute autre ampleur que les amendes prononcées.
Remise en état : un an, 100 € par jour de retard
Le tribunal a imposé aux condamnés l’obligation de remettre le site en état dans un délai d’un an. Passé ce délai, une astreinte de 100 euros par jour de retard s’appliquera. Les modalités techniques et le financement de cette dépollution n’ont pas été détaillés dans les éléments disponibles à ce stade.
Un appel reste possible. Les parties disposent de dix jours à compter du jugement pour le former, ce qui pourrait prolonger encore la procédure. La remise en état effective du lieu-dit La Capucine dépendra en partie de l’issue de cette éventuelle procédure d’appel. Les parties civiles - commune du Castellet, association des vins de Bandol et autres - seront attentives à la suite donnée par les condamnés.
Sources
- Nice-Matin : Décharge illégale dans le Var : deux entrepreneurs et un propriétaire condamnés à plusieurs dizaines de milliers d'euros d'amende après 10 ans d'enquête
- Nice-Presse : Le tribunal de Toulon condamne lourdement les responsables de la décharge géante qui défigurait le Var au Castellet
- Vitisphere : Le vignoble de Bandol déclassé 20 hectares d'AOC à cause d'une déchetterie sauvage
- Ouest-France : Var. Une immense décharge illégale placée sous scellée par la justice au Castellet