Deepfakes pornographiques : treize adolescentes de la Manche victimes d’IA

Un homme de 20 ans condamné pour avoir diffusé des montages sexuels générés par intelligence artificielle à partir de photos volées sur les réseaux sociaux.

Deepfakes pornographiques : treize adolescentes de la Manche victimes d'IA
Illustration Benoît Lecomte / info.fr

Treize adolescentes âgées de 12 à 20 ans de Saint-Hilaire-du-Harcouët (Manche) ont été ciblées par des deepfakes pornographiques en mars 2025. L’affaire, révélée par l’émission *Envoyé Spécial* le 23 avril 2026, a conduit à la condamnation d’un jeune homme de 20 ans. Une enquête judiciaire met en lumière l’essor des violences numériques contre les mineures.

Des photos volées sur Snapchat et Instagram

L’enquête, ouverte le 11 mars 2025 par le parquet de Coutances, a révélé que les deepfakes avaient été créés à partir de photos volées sur les réseaux sociaux. Selon BFMTV, les images visaient initialement douze collégiennes du collège Immaculée Conception, âgées de 12 à 16 ans. Une treizième victime, âgée de 20 ans, a ensuite été identifiée. Les montages ont été diffusés sur les plateformes sociales avant d’être signalés aux autorités.

Le prévenu, Alexandre D., 20 ans, a agi par vengeance après avoir été éconduit par l’une des adolescentes, selon les investigations de la gendarmerie. Il a été condamné en mai 2025 à deux ans de prison avec sursis pour diffusion de deepfakes et possession de contenus pédopornographiques. Le procureur Gauthier Poupeau avait requis trois ans de prison, qualifiant le jeune homme de « profil de délinquant sexuel » lors de l’audience, comme le rapporte *Le Monde*.

Une affaire qui s’inscrit dans une tendance nationale

Publicité

Cette affaire illustre l’explosion des deepfakes pornographiques en France. Selon *Affectus Media*, 98 % des deepfakes en ligne en 2025 sont des contenus non consentis à caractère sexuel, avec 99 % des victimes étant des femmes. Entre 2022 et 2023, leur nombre a augmenté de 464 %. Au niveau européen, le Parlement prévoit 8 millions de deepfakes en 2025, contre 500 000 en 2023.

La loi du 21 mai 2024 a renforcé les sanctions contre ces pratiques, punissant la création et la diffusion de deepfakes sexuels non consentis de deux ans d’emprisonnement et 60 000 euros d’amende. Les peines sont aggravées lorsque les victimes sont mineures. La Police nationale alerte régulièrement sur ces dérives, comme en témoigne ce message publié sur X :

Les signalements peuvent être effectués via la plateforme PHAROS, dédiée aux contenus illicites en ligne.

Témoignages et comparaisons internationales

L’émission *Envoyé Spécial* du 23 avril 2026 a diffusé des témoignages inédits des victimes de Saint-Hilaire-du-Harcouët. Le reportage établit un parallèle avec un cas similaire survenu en Espagne, à Almendralejo, où plusieurs collégiennes ont également été ciblées par des deepfakes. Amnesty International souligne que ces outils sont de plus en plus utilisés pour générer des contenus pédocriminels, comme l’indique ce tweet :

En France, un précédent avait déjà marqué les esprits en 2024 : un enseignant de 31 ans avait été mis en examen pour avoir manipulé des adolescents via Snapchat afin d’obtenir et diffuser des contenus sexuels, comme le rapportait *Le Parisien*.

Un phénomène en expansion

Les outils d’intelligence artificielle, comme Grok développé par X, sont de plus en plus détournés pour créer des contenus dénudés à partir de photos anodines. Une enquête d’*info.fr* avait révélé en 2025 que cette IA était utilisée pour générer des images pornographiques sans consentement. Les autorités françaises et européennes tentent de réguler ces pratiques, mais les défis techniques et juridiques restent immenses.

À Brest, la ministre de l’Intérieur a dévoilé en février 2026 50 mesures pour prévenir la délinquance et protéger les jeunes, incluant des actions contre les violences numériques. Ces initiatives visent à renforcer la sensibilisation et la répression face à l’essor des deepfakes.

Sources

Benoît Lecomte

Benoît Lecomte

Installé à Saint-Lô, couvre l'agriculture laitière, les tensions sur les prix du lait, le tourisme du Débarquement et les fermetures de maternités. Formé au CFJ, il a travaillé en agence avant de s'ancrer dans la Manche. Posture éditoriale : connaître les coopératives, les syndicats agricoles, les élus locaux, vérifier les bilans de Lactalis avant de publier.

Publicité
Lien copié !
× Infographie agrandie