Dépistages IST en université : une réponse à la hausse de 6,11% des cancers chez les jeunes

Face à l'augmentation alarmante des pathologies chez les 15-39 ans, les établissements d'enseignement supérieur lancent des campagnes de prévention inédites

Dépistages IST en université : une réponse à la hausse de 6,11% des cancers chez les jeunes
Étudiants participant à une campagne de dépistage santé sur un campus universitaire français Nathalie Rousselin / INFO.FR

Entre 2000 et 2020, l'incidence des cancers chez les adolescents et jeunes adultes a progressé de 1,62% par an en France métropolitaine, avec des hausses particulièrement marquées pour six types de cancers. Dans ce contexte sanitaire préoccupant, les universités françaises organisent désormais des campagnes de dépistage des infections sexuellement transmissibles directement sur leurs campus, une initiative qui s'inscrit dans une stratégie globale de prévention pour cette population vulnérable.

L'essentiel

  • Entre 2000 et 2020, l'incidence des cancers chez les 15-39 ans a augmenté de 1,62% par an en France, avec 54 735 cas diagnostiqués sur 19 départements représentant 24% de la population
  • Les glioblastomes enregistrent la hausse la plus importante avec +6,11% par an, suivis des cancers du rein (+4,51%) et des liposarcomes (+3,68%)
  • L'obésité, qui touche 9,2% des 18-24 ans, 13,8% des 25-34 ans et 16,7% des 35-44 ans, est identifiée comme facteur explicatif potentiel des cancers digestifs et rénaux
  • Le taux d'incidence du cancer du sein chez les femmes de 30 ans est passé de 16,1 à 26,3 cas pour 100 000 personnes entre 1990 et 2023, avec 229 352 cas recensés sur cette période
  • Les projections mondiales annoncent une hausse de 13% des cas et décès liés aux cancers précoces d'ici 2050, avec plus de 1,2 million de nouveaux cas et 350 000 décès enregistrés en 2022

Sur 54 735 cas de cancers diagnostiqués chez les 15-39 ans entre 2000 et 2020 dans 19 départements français représentant 24% de la population hexagonale, les données révèlent une tendance inquiétante. Selon Libération, qui relaie l’étude de Santé publique France publiée le 3 mars 2025, six types de cancers connaissent une progression alarmante dans cette tranche d’âge, longtemps considérée comme peu exposée à ces pathologies.

Une génération confrontée à des risques sanitaires multiples

Les glioblastomes, forme agressive du cancer du cerveau, enregistrent la hausse la plus spectaculaire avec une augmentation de 6,11% en moyenne par an. Les cancers du rein suivent avec une progression de 4,51% annuelle, tandis que les liposarcomes affichent une croissance de 3,68% par an. Comme le rapporte L’Express, les lymphomes de Hodgkin progressent de 1,86% annuellement, les cancers du sein de 1,60% et les cancers colorectaux de 1,43%.

Cette réalité statistique se double d’une autre menace sanitaire : la recrudescence des infections sexuellement transmissibles dans cette même population. Les universités, conscientes que leurs étudiants cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité, déploient désormais des dispositifs de dépistage directement sur les campus. L’initiative vise à toucher une population jeune, souvent éloignée du système de soins classique et peu sensibilisée aux enjeux de prévention.

L’obésité et l’environnement au cœur des interrogations

Les causes exactes de cette augmentation des cancers chez les jeunes adultes restent partiellement élucidées. Gustave Roussy, premier centre européen de lutte contre le cancer, a lancé le programme POWER for YA spécifiquement dédié aux cancers des 20-40 ans. L’institut souligne que ces patients sont biologiquement dans une phase singulière : ils ont dépassé la puberté mais n’ont pas encore connu les effets du vieillissement.

« L’obésité pourrait être un facteur explicatif de l’augmentation des cancers du système digestif, y compris colorectal, ainsi que des cancers du rein », précise l’étude de Santé publique France, tout en soulignant que cela reste à démontrer.

En France, l’obésité touche actuellement 9,2% des 18-24 ans, 13,8% des 25-34 ans et 16,7% des 35-44 ans. Mais d’autres facteurs sont également scrutés par les chercheurs : pollution atmosphérique, perturbateurs endocriniens, modifications alimentaires, sédentarité croissante et exposition précoce à certains agents environnementaux. Selon National Geographic, qui analyse les données américaines, les médecins ont identifié plusieurs suspects, dont l’âge précoce de la puberté et l’exposition aux perturbateurs endocriniens.

Des disparités marquées entre hommes et femmes

Les données révèlent une tendance particulièrement préoccupante chez les jeunes femmes. Aux États-Unis, deux tiers de tous les diagnostics de cancer chez les moins de cinquante ans concernent des femmes, notamment en raison des cancers du sein et de la thyroïde. En France, une étude publiée le 8 octobre 2025 dans la revue The Breast et relayée par Infirmiers.com montre que le taux d’incidence du cancer du sein est passé de 16,1 cas pour 100 000 personnes par an à 26,3 chez les femmes de 30 ans entre 1990 et 2023.

Pascal Pujol, chef du service d’oncogénétique du CHU de Montpellier et président de la Société française de médecine prédictive et préventive, a coordonné cette recherche qui recense 229 352 cas de cancer du sein sur cette période. Chez les femmes de 40 ans, l’incidence est passée de 98,7 à 131,2 cas pour 100 000 personnes annuellement. Des facteurs hormonaux sont avancés : diminution de l’âge de la puberté, augmentation de l’âge à la première grossesse, baisse du nombre d’enfants, diminution de l’allaitement maternel et utilisation de contraceptifs oraux.

Des stratégies de prévention qui portent leurs fruits

Face à ce tableau préoccupant, certaines politiques de santé publique démontrent leur efficacité. L’incidence des mélanomes a diminué de 3,05% par an chez les 15-39 ans, une baisse attribuée aux campagnes de prévention sur les dangers de l’exposition solaire. Les cancers de la tête et du cou reculent également de 1,24% annuellement.

« Ces résultats appellent de nouvelles études pour mieux comprendre les facteurs de risque et les expositions à l’origine des augmentations observées », soulignent les auteurs de l’étude de Santé publique France, insistant sur la nécessité de renforcer la prévention.

L’incidence du cancer du col de l’utérus, après une baisse jusqu’en 2013, pourrait continuer à diminuer grâce à une meilleure couverture vaccinale contre le papillomavirus. Les autorités sanitaires appellent à atteindre le seuil de 80% d’adolescents vaccinés à l’horizon 2030. De même, les cancers des testicules se sont stabilisés après avoir augmenté jusqu’en 2012.

Un défi sanitaire mondial qui appelle une mobilisation générale

À l’échelle planétaire, les projections sont alarmantes. Selon France Culture, en 2022, plus de 1,2 million de nouveaux cas et 350 000 décès ont été enregistrés mondialement dans la tranche des jeunes adultes. Les cancers concernent notamment l’appareil digestif, le sein, la thyroïde, les reins, les testicules et parfois les poumons chez de jeunes non-fumeurs. À l’horizon 2050, les projections annoncent une hausse de 13% des cas et des décès liés à ces cancers précoces.

Le diagnostic est souvent tardif chez ces patients qui, se pensant en bonne santé, minimisent leurs symptômes. Les dépistages, hormis celui du col de l’utérus, ciblent rarement les moins de 40 ans. D’où l’importance des initiatives universitaires de dépistage des IST, qui constituent une porte d’entrée vers une sensibilisation plus large aux enjeux de santé et de prévention pour cette génération. Ces campagnes permettent également d’orienter les étudiants vers un suivi médical régulier et de les informer sur les signaux d’alerte à ne pas négliger.

Cette mobilisation des établissements d’enseignement supérieur s’inscrit dans une stratégie globale de santé publique qui doit désormais intégrer la réalité d’une population jeune plus vulnérable qu’on ne le pensait. Les universités deviennent ainsi des acteurs de première ligne dans la prévention sanitaire, un rôle qui pourrait s’étendre à d’autres pathologies si les résultats de ces campagnes de dépistage s’avèrent concluants. Reste à savoir si cette approche préventive parviendra à inverser la tendance observée depuis deux décennies.

Sources

  • Libération (3 mars 2025)
  • L'Express (3 mars 2025)
  • Gustave Roussy (9 décembre 2025)
  • National Geographic (29 mai 2025)
  • Infirmiers.com (18 novembre 2025)
  • France Culture (21 octobre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.