Déserts médicaux : l’Ain dans le top 10, la 3e circonscription réclame des actes
Avec 6,3 généralistes pour 10 000 habitants et 15% d'Aindinois sans médecin traitant, le département reste l'un des plus mal dotés de France malgré les réformes nationales.
L'Ain affiche en 2026 une densité médicale parmi les plus basses de France 6,3 médecins généralistes pour 10 000 habitants, contre 8,4 en moyenne nationale. Dans la 3e circonscription, les élus haussent le ton face à des politiques jugées insuffisantes.
L’Ain affiche en 2026 une densité médicale parmi les plus basses de France : 6,3 médecins généralistes pour 10 000 habitants, contre 8,4 en moyenne nationale. Dans la 3e circonscription, les élus haussent le ton face à des politiques jugées insuffisantes.
L’essentiel
- Densité : 6,3 généralistes pour 10 000 habitants dans l’Ain, contre 8,4 au niveau national - 15e rang des départements les moins dotés (Conseil départemental de l’Ain).
- Sans médecin traitant : 15% des Aindinois n’ont pas de médecin traitant au 1er janvier 2026, selon le Conseil départemental.
- Baisse de 11% : la densité médicale globale du département a reculé de 11% entre 2010 et 2026 (Le Dauphiné Libéré / Atlas CNOM 2026).
- Densité globale : 179,6 médecins (généralistes et spécialistes) pour 100 000 habitants, l’une des plus basses de France (TF1 Info / Atlas CNOM 2026).
- Plan départemental : un second plan de lutte a été présenté le 30 juin 2025, avec six médecins salariés déjà embauchés (Le Progrès / Le Pays Gessien).
Un département dans le rouge depuis des années
Les chiffres ne varient guère d’une année à l’autre dans l’Ain, et c’est précisément le problème. Selon le Conseil national de l’ordre des médecins (Atlas démographie 2026), le département compte 179,6 médecins pour 100 000 habitants - généralistes et spécialistes confondus. C’est l’une des densités les plus basses du pays, suffisamment basse pour figurer dans le top 10 des départements les plus touchés par les déserts médicaux, comme le relève TF1 Info dans son reportage sur le plan de lutte dévoilé par François Bayrou.
Pour les seuls généralistes, l’INSEE recense 98 praticiens pour 100 000 habitants en 2025, en recul par rapport aux 101 comptabilisés en 2024. La tendance longue est sans ambiguïté : la densité médicale a baissé de 11% entre 2010 et 2026, selon Le Dauphiné Libéré, corroboré par l’Atlas CNOM. En France, le nombre total de médecins actifs a pourtant progressé de 1,9% en 2026, atteignant 245 847 praticiens. Mais comme le note Le Monde, «les inégalités territoriales s’aggravent» malgré cette hausse globale.
Résultat concret : au 1er janvier 2026, 15% des Aindinois déclarent ne pas avoir de médecin traitant, selon les données du Conseil départemental. Ce taux, déjà élevé, masque des disparités internes au département, certaines zones rurales étant nettement plus exposées.
La 3e circonscription interpelle : «des actes, pas des paroles»
C’est dans ce contexte que des élus de la 3e circonscription de l’Ain montent au créneau. Sophie Gobet a publié sur X une formule lapidaire :
Le message pointe directement les politiques nationales. La 3e circonscription - qui couvre une partie du territoire aindinois parmi les moins denses en offre de soins - n’est pas la seule à se sentir abandonnée, mais ses élus choisissent de hausser le ton publiquement. La critique vise notamment les effets à long terme du numerus clausus et l’insuffisance des réformes engagées depuis 2020.
Le numerus clausus : une réforme trop lente pour l’Ain
Supprimé en 2020, le numerus clausus - ce quota annuel limitant les entrées en deuxième année de médecine - est désormais remplacé par un numerus apertus, censé adapter les capacités de formation aux besoins territoriaux. En théorie. En pratique, comme le note BFMTV dans son bilan des promesses présidentielles sur la santé, «la réforme n’a pas encore résolu les pénuries locales». Les Échos abondent : «la fin du numerus clausus ne permet pas d’en finir avec la pénurie de médecins».
L’explication tient à la durée du cycle de formation. Un étudiant entré en médecine en 2020 n’exerce en médecine générale, au mieux, qu’à partir de 2029 ou 2030. Les effets du numerus apertus ne se feront sentir sur le terrain qu’à horizon 2030-2035 - un délai structurel que les élus locaux jugent inacceptable au vu de la situation actuelle. Ce sujet des déserts médicaux dépasse largement l’Ain : d’autres inégalités de santé territoriales font l’objet de critiques similaires sur la lenteur des réponses institutionnelles.
Ce que le département a mis en place
Face à l’urgence, le Conseil départemental de l’Ain n’est pas resté inactif. Un premier plan avait été lancé, suivi d’un second, présenté le 30 juin 2025 selon Le Progrès. Ce deuxième programme inclut la reprise des cabines de télémédecine déployées dans les zones sous-dotées et l’embauche de médecins salariés par la collectivité. Six médecins salariés avaient déjà été recrutés en 2025, selon Le Pays Gessien. C’est Damien Abad, vice-président du Conseil départemental délégué à la démographie médicale, qui pilote ce dossier.
Le modèle du médecin salarié - rémunéré par la collectivité, sans les contraintes financières de l’installation libérale - est présenté comme une réponse pragmatique aux réticences des jeunes praticiens à s’installer en zone rurale. La formule est expérimentée dans plusieurs départements. À Privas, en Ardèche voisine, un pôle santé pluridisciplinaire inauguré récemment a déjà accueilli 1 100 patients, montrant que des solutions concrètes existent à l’échelle locale.
Contexte dans l’Ain
L’Ain est un département de 680 000 habitants environ, marqué par une forte dualité territoriale : une zone industrielle et urbaine dense autour de l’axe Oyonnax-Bourg-en-Bresse, et de vastes espaces ruraux peu peuplés (Dombes, Revermont, Haut-Bugey) où l’accès aux soins est structurellement difficile. La proximité de Lyon et de Genève capte une partie des médecins potentiellement intéressés par le territoire : les conditions salariales offertes dans l’agglomération lyonnaise ou en Suisse restent difficilement concurrençables pour un exercice libéral rural dans l’Ain.
Le département figure parmi les 151 zones prioritaires identifiées dans le Pacte de lutte contre les déserts médicaux piloté par le gouvernement. Une mission de solidarité territoriale - déployant des médecins volontaires dans les zones sous-dotées - a été lancée en phase pilote en septembre 2025, avec une généralisation prévue en 2026, selon le ministère de la Santé et le Sénat. Les modalités concrètes de déploiement dans l’Ain n’ont pas encore été précisées publiquement à ce stade. Sur ce type d’enjeu territorial, d’autres territoires comme Châteauroux misent sur la formation locale avec un IFSI en construction pour réduire leur dépendance aux praticiens extérieurs.
Un bilan national en trompe-l’œil
Les chiffres nationaux peuvent induire en erreur. Avec 245 847 médecins actifs au 1er janvier 2026, la France n’a jamais compté autant de praticiens. La hausse de 1,9% sur un an est réelle. Mais le Conseil national de l’ordre des médecins le souligne lui-même dans son atlas annuel : cette croissance profite en priorité aux métropoles et aux zones déjà bien dotées. Les territoires comme l’Ain, déjà en déficit, voient leur écart se creuser.
L’Ain illustre ce mécanisme : pendant que la France comptait plus de médecins en 2026 qu’en 2010, la densité médicale aindinoise reculait de 11%. La démographie des praticiens en exercice - vieillissante - explique en partie ce paradoxe : les départs en retraite dépassent localement les nouvelles installations. Les mesures incitatives existantes (aides à l’installation, exonérations fiscales, contrats d’engagement de service public) n’ont pas inversé cette dynamique dans le département.
La suite du dossier départemental
Le Conseil départemental doit préciser d’ici la fin 2026 le bilan de son second plan et les nouvelles mesures envisagées. La généralisation nationale de la mission de solidarité territoriale, attendue cette année, devrait théoriquement concerner plusieurs zones de l’Ain identifiées comme prioritaires - mais les élus de terrain, dont ceux de la 3e circonscription, attendent des engagements chiffrés et un calendrier précis.
Sources
- Conseil départemental de l'Ain : Priorité démographie médicale
- TF1 Info : Plan de lutte contre les déserts médicaux : quels territoires sont les plus touchés en France ?
- Le Dauphiné Libéré : Le nombre de médecins augmente en France, mais des inégalités persistent
- Le Progrès : Le département va dévoiler son plan pour faire venir plus de médecins
- Le Monde : Déserts médicaux : les inégalités s'aggravent malgré une hausse du nombre de médecins
- X / Sophie Gobet : Tweet Sophie Gobet sur les déserts médicaux dans l'Ain