Dordogne : le caveau familial du château de Segonzac profané, enquête ouverte
Les sépultures d'un lieutenant mort pour la France en 1918 ont été vandalisées le parquet de Périgueux a ouvert une enquête le 26 mai 2026.
Le caveau familial du château de Segonzac, en Dordogne, a été profané. Les dalles ont été fracturées au burin, les ossements laissés à même le sol. Le parquet de Périgueux a confirmé l'ouverture d'une enquête.
L’essentiel
- Profanation : Le caveau familial du château de Segonzac (commune de Segonzac, Dordogne) a été vandalisé ; dalles fracturées au burin, ossements laissés à même le sol.
- Victimes : Les sépultures du vicomte Louis de Bardon de Segonzac (lieutenant au 5e Dragons, mort pour la France le 24 juin 1918) et de la vicomtesse Charlotte de Mailly-Couronnel (décédée en 1914) ont été violées.
- Enquête ouverte : Le parquet de Périgueux a confirmé l’ouverture d’une enquête le 26 mai 2026.
- Alerte : Les gendarmes de la brigade de Tocane-Saint-Apre ont prévenu le propriétaire, François de Segonzac, le 19 mai 2026 ; une plainte a été déposée.
- Réaction locale : Le maire de Segonzac, Christophe Rossard, confirme des intrusions fréquentes sur le site.
Ce qui s’est passé au château de Segonzac
Le château de Segonzac, propriété privée sur la commune du même nom en Dordogne, abrite un caveau familial. C’est là que reposaient le vicomte Louis de Bardon de Segonzac, lieutenant au 5e régiment de Dragons, mort pour la France le 24 juin 1918, et la vicomtesse Charlotte de Mailly-Couronnel, décédée en 1914.
Des individus ont pénétré sur la propriété et fracturé les dalles de pierre du caveau à coups de burin. Les ossements ont été retrouvés à même le sol. Les faits constituent une intrusion sur propriété privée doublée d’une violation de sépulture, deux infractions distinctes au regard du droit pénal.
C’est la brigade de gendarmerie de Tocane-Saint-Apre qui a alerté François de Segonzac, propriétaire indivisaire du château, le 19 mai 2026. Une plainte a été déposée dans la foulée, selon les informations publiées par Sud Ouest.
Une enquête confiée au parquet de Périgueux
Le parquet de Périgueux a officiellement confirmé l’ouverture d’une enquête le 26 mai 2026. Les investigations sont en cours ; aucun suspect n’a été identifié publiquement à ce stade.
François de Segonzac pointe la piste des adeptes d’exploration urbaine, l’urbex - une pratique qui consiste à s’introduire dans des lieux abandonnés ou peu accessibles pour les photographier ou les explorer. Le château de Segonzac, propriété privée non ouverte au public, serait une cible régulière. Les motivations exactes des auteurs n’ont pas été établies par les enquêteurs à ce jour.
Ce type de profanation est passible de lourdes sanctions pénales. La violation de sépulture est punie d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende (article 225-17 du Code pénal), avec des peines aggravées si l’acte présente un caractère discriminatoire ou si des ossements ont été déplacés.
La réaction du maire et l’appel à la vigilance
Le maire de Segonzac, Christophe Rossard, a été prévenu par les gendarmes. Il confirme que le château fait l’objet d’intrusions récurrentes. Il n’a pas détaillé publiquement les mesures envisagées pour sécuriser le site.
Sur le réseau X, l’élu Philippe Bodin a relayé l’affaire et appelé à une enquête, des sanctions et une surveillance renforcée des pratiques d’urbex :
Ce type d’affaire n’est pas sans rappeler d’autres atteintes à des lieux symboliques ou religieux recensées ces derniers mois. En Ariège, un tabernacle classé du XVIIIe siècle avait été volé dans une église, suscitant une émotion similaire dans la communauté locale. À Poleymieux-au-Mont-d’Or, la décapitation d’une statue de la Vierge avait également conduit à l’ouverture d’une enquête.
Contexte dans la Dordogne
La Dordogne compte un patrimoine bâti et mémoriel dense. Le département recense plusieurs dizaines de châteaux, manoirs et propriétés historiques, dont beaucoup abritent des chapelles ou caveaux familiaux, souvent isolés et difficiles à surveiller.
La pratique de l’urbex y est documentée depuis plusieurs années. Des groupes s’introduisent régulièrement dans des propriétés abandonnées ou peu gardées, parfois pour des photos, parfois pour fouiller. Les gendarmeries rurales, comme celle de Tocane-Saint-Apre qui couvre ce secteur, font face à des patrouilles étendues sur des zones géographiques vastes.
Le statut de « Mort pour la France » accordé au vicomte Louis de Bardon de Segonzac confère à sa sépulture une dimension mémorielle qui dépasse le cadre strictement privé. La mention figure sur les actes de décès et ouvre des droits spécifiques pour les familles. La profanation d’une telle tombe peut, selon les circonstances, être qualifiée différemment par le parquet.
L’urbex en question
L’exploration urbaine est légalement en zone grise lorsqu’elle implique une intrusion sur propriété privée. En France, pénétrer sans autorisation dans une propriété close constitue une violation de domicile, même si le lieu est à l’abandon. Les dégradations commises pendant ces incursions ajoutent des infractions supplémentaires.
Plusieurs associations d’urbex revendiquent une éthique stricte - « ne rien emporter, ne rien casser » - mais les actes constatés à Segonzac s’en écartent manifestement : des dalles ont été brisées à l’outil, ce qui suppose une intention délibérée d’ouvrir le caveau.
Les enquêteurs devront déterminer si les auteurs avaient un mobile précis - recherche d’objets de valeur, curiosité morbide, acte délibéré de profanation - ou s’il s’agit d’une dégradation commise sans intention particulière à l’égard des défunts.
Prochaine étape
L’enquête du parquet de Périgueux est en cours. François de Segonzac attend l’identification des auteurs ; aucune date d’audience ni convocation n’a été communiquée à ce stade.