Dordogne : le président de la Chambre d’agriculture convoqué en justice pour des propos sur « le pendre à un noyer »
Rémi Dumaure et Vincent Cascales ont refusé de plaider coupable le 4 juin devant le délégué du procureur de Périgueux.
Le président de la Chambre d'agriculture de la Dordogne, Rémi Dumaure, et le coprésident de la Coordination rurale 24, Vincent Cascales, ont été entendus jeudi 4 juin 2026 dans le cadre d'une composition pénale. En cause des propos tenus mi-décembre 2025 lors d'une assemblée générale syndicale, visant implicitement le président de la FDSEA Dordogne.
L’essentiel
- Date de l’audition : 4 juin 2026 devant le délégué du procureur de Périgueux, dans le cadre d’une composition pénale.
- Propos incriminés : « On va le pendre à un noyer. Un noyer ça reste périgourdin », attribués à Vincent Cascales lors d’une AG de la CR24 en décembre 2025.
- Refus de plaider coupable : les deux hommes ont décliné le paiement de 200 € chacun proposé dans le cadre de la composition pénale.
- Victime présumée : Joël Fréret, président de la FDSEA Dordogne, visé sans être nommé ; il avait initialement choisi de ne pas porter plainte.
- Signalement : la préfecture de la Dordogne (préfète Marie Aubert) a transmis les faits au procureur de la République de Périgueux.
Des propos tenus lors des mobilisations de décembre 2025
Mi-décembre 2025, la Coordination rurale 24 organisait des rassemblements contre les mesures d’abattage liées à la dermatose nodulaire, dont des blocages au rond-point du Cerf à Sanilhac et sur l’A89. En marge de ces mobilisations, lors d’une assemblée générale de la CR24, des propos particulièrement violents ont été tenus à l’égard de Joël Fréret, président de la FDSEA Dordogne, sans que son nom soit explicitement prononcé.
Selon Sud Ouest, les déclarations incluaient « On le pendra par les couilles », puis « On va le pendre à un noyer. Un noyer ça reste périgourdin », attribuées à Vincent Cascales, coprésident du syndicat majoritaire à la Chambre d’agriculture. Des menaces similaires auraient aussi visé le secrétaire général de la FDSEA et des vétérinaires. Le contexte : des tensions autour d’un déplacement de la CR24 en Ariège, perçu comme susceptible de favoriser la propagation de la maladie.
Les Jeunes Agriculteurs condamnent, Fréret choisit l’apaisement
Dans les jours suivants, les Jeunes Agriculteurs de Dordogne avaient publiquement condamné ces déclarations, les qualifiant de « messages de haine profonde » et de « menaces de mort », selon ICI (France Bleu Périgord). De son côté, Joël Fréret avait alors déclaré ne pas vouloir porter plainte « pour ne pas envenimer les choses », selon Sud Ouest. Il avait néanmoins procédé à un signalement.
Ce signalement, croisé avec l’obligation légale des autorités publiques de transmettre au parquet tout fait susceptible de constituer un délit, a conduit la préfecture de la Dordogne à saisir le procureur de la République de Périgueux. La préfète Marie Aubert confirme que ces propos ont bien fait l’objet d’un signalement officiel, toujours selon Sud Ouest.
Audition du 4 juin : refus de composition pénale
Le 4 juin 2026, Rémi Dumaure et Vincent Cascales ont comparu devant le délégué du procureur de Périgueux dans le cadre d’une composition pénale - une procédure alternative aux poursuites qui permet d’éviter un procès en contrepartie d’une reconnaissance des faits et d’une mesure réparatrice.
Les deux hommes ont refusé de plaider coupable et de verser 200 euros chacun, somme qui aurait été versée à une association d’aide aux victimes. Ils dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une « tentative d’extorsion », selon Dordogne Libre. Dans une vidéo publiée sur Facebook à la sortie du tribunal, Rémi Dumaure déclare : « On veut nous faire taire. » Il impute la procédure à la préfète Marie Aubert, qu’il accuse de « faire le jeu des JA et de la FDSEA ».
Les deux mis en cause plaident « la plaisanterie » et nient toute menace de mort caractérisée. Dumaure affirme : « J’ai jamais menacé de mort qui que ce soit. »
Contexte dans la Dordogne
La Dordogne compte environ 185 000 bovins et reste l’un des premiers départements d’élevage de Nouvelle-Aquitaine. Les tensions entre syndicats agricoles y sont récurrentes : la CR24 est majoritaire à la Chambre d’agriculture de la Dordogne depuis plusieurs cycles électoraux, au détriment de la FNSEA locale. Rémi Dumaure, président de la Chambre (dont le siège est à Coulounieix-Chamiers, près de Périgueux), est lui-même ancien président de la CR24 - un parcours qui illustre l’ancrage du syndicat dans le paysage consulaire périgourdin.
La crise de la dermatose nodulaire, maladie virale touchant les bovins, avait cristallisé en 2025 des désaccords profonds entre syndicats sur la stratégie sanitaire à adopter. Ces tensions ont alimenté des mobilisations parfois vives, dont celles de décembre 2025. Par ailleurs, la Dordogne fait face à d’autres pressions environnementales qui pèsent sur le secteur agricole local.
Le paysage syndicale agricole en Nouvelle-Aquitaine est lui aussi traversé de rivalités - comme en témoigne l’actualité judiciaire girondine autour de l’usage des ressources naturelles, où les décisions de justice façonnent régulièrement les pratiques des professionnels du secteur primaire.
La suite judiciaire reste à définir
Le refus de composition pénale signifie que le procureur de la République de Périgueux devra décider de la suite à donner à la procédure : classement sans suite, renvoi en jugement ou autre alternative. Selon Sud Ouest et Dordogne Libre, cette suite « sera définie ultérieurement ».
La prochaine décision du parquet de Périgueux déterminera si l’affaire se poursuit devant un tribunal correctionnel ou s’arrête là.
Sources
- Sud Ouest : « On va le pendre à un noyer. Un noyer ça reste périgourdin » : le président de la Chambre d'agriculture et le coprésident de la Coordination rurale convoqués devant la justice
- Dordogne Libre : Le président de la chambre d'agriculture de la Dordogne de nouveau convoqué devant la justice
- Sud Ouest : « Messages de haine profonde », « le pendre à un noyer » : le ton monte entre syndicats agricoles en Dordogne
- ICI (France Bleu / Radio France) : Les JA de Dordogne condamnent les menaces de mort exprimées lors d'une réunion de la Coordination rurale