Dossiers Epstein : un document de 2008 liste les « familles Illuminati »
Parmi les 3 millions de pages publiées, un fichier mystérieux mentionne Rothschild, Rockefeller et Epstein lui-même
Dans l'immense masse documentaire de l'affaire Epstein rendue publique le 30 janvier 2026, un document daté de 2008 intrigue particulièrement : envoyé au financier par un certain "Matt of CC", il énumère des "Illuminati Families and Their Associates" incluant les Rothschild, Rockefeller, Astor, Du Pont... et Epstein. Cette pièce, qui alimente les théories conspirationnistes, illustre l'univers trouble dans lequel évoluait le délinquant sexuel condamné.
- Un document de 2008 trouvé dans les dossiers Epstein liste des "Illuminati Families" incluant Rothschild, Rockefeller, Astor, Du Pont et Epstein lui-même
- 3 millions de pages sur 5,5 millions au total ont été rendues publiques le 30 janvier 2026 par le Département de la Justice américain
- Jeffrey Epstein a été condamné une première fois en 2008 à seulement 18 mois de prison pour incitation à la prostitution de mineure
- Des personnalités françaises comme Jack Lang et sa fille Caroline apparaissent dans les documents, avec des relations financières et sociales avec Epstein jusqu'en 2019
- La publication massive soulève plus de questions qu'elle n'apporte de réponses, avec de nombreux documents caviardés ou fragmentaires
3 millions de pages. C’est la quantité vertigineuse de documents que le Département de la Justice américain a déversée dans l’espace public le 30 janvier dernier concernant Jeffrey Epstein. Parmi cette documentation tentaculaire, un fichier daté de 2008 attire l’attention : il liste des « Illuminati Families and Their Associates » et place le nom d’Epstein aux côtés des dynasties les plus puissantes de l’histoire américaine et européenne. Le document aurait été transmis au financier par un mystérieux expéditeur identifié comme « Matt of CC ».
Un document au cœur des théories conspirationnistes
L’année 2008 n’est pas anodine dans la chronologie Epstein. Comme le rappelle La Nouvelle République, « sa première condamnation date de 2008 ». Cette année-là, Jeffrey Epstein est jugé pour incitation à la prostitution de mineure et écope de dix-huit mois de prison en Floride, une peine jugée scandaleusement clémente au regard de la gravité des faits. C’est précisément à cette période qu’il reçoit ce document énigmatique listant les supposées « familles Illuminati ».
Le fichier mentionne les Rothschild, dynastie bancaire européenne, les Rockefeller, géants du pétrole américain, les Astor, magnats de l’immobilier new-yorkais, ou encore les Du Pont, empire industriel chimique. Et au milieu de ces noms historiques : Epstein. Cette association alimente depuis des années les théories sur l’existence d’un « deep state, un État profond qui régissait tout » dans le dos des dirigeants officiels, comme l’explique l’américaniste Frédérique Sandretto.
Un réseau d’influence tentaculaire désormais documenté
L’affaire Epstein représente « environ 5,5 millions » de pièces au dossier selon le criminologue Xavier Raufer, dont « 3,5 millions rendus publics » à ce jour. Ce travail de divulgation s’avère particulièrement complexe : « Tous les documents en question doivent être lus et relus pour gouacher le nom des victimes et les photos des victimes pour ne pas les exposer comme ça à la justice publique », précise l’expert.
Jeffrey Epstein, ancien professeur de mathématiques devenu financier influent, avait réussi à « s’infiltrer dans un cercle de fortunés, rend des services de toutes sortes », analyse Xavier Raufer. Il devient le proche conseiller de grands hommes d’affaires et enrichit considérablement son réseau. Pour camoufler ses activités criminelles, il se pose en philanthrope, devenant donateur d’institutions prestigieuses comme Harvard et le Massachusetts Institute of Technology (MIT).
Les promesses de transparence de Trump partiellement tenues
La publication massive de janvier 2026 fait suite à l’adoption de l’Epstein Files Transparency Act par le Congrès américain. Donald Trump s’était engagé durant sa campagne à lever le voile sur cette affaire. Comme le note La Nouvelle République, « il s’y était engagé en promettant effectivement de donner accès à ces fichiers Epstein ». Mais la procureure générale Pam Bondi a été accusée par des élus démocrates de vouloir étouffer certains aspects de l’affaire lors d’une audition le 11 février devant une commission du Congrès.
« C’est une affaire qui dure depuis plus de vingt ans », rappelle Le Temps dans sa chronologie détaillée.
La divulgation, loin de clore le dossier, ouvre une nouvelle phase de controverses. Entre trois et cinq millions de documents, près de 2 000 vidéos et environ 180 000 photographies ont été rendus accessibles. Mais comme l’analyse The Conversation, « une grande partie des fichiers est partiellement caviardée pour des raisons juridiques, d’autres sont fragmentaires ou dépourvus de contexte précis ».
Des personnalités françaises également éclaboussées
Parmi les révélations, Radio France rapporte que Jack Lang, ancien ministre de la Culture, et sa fille Caroline sont cités dans les documents. Des mails mentionnent « de nombreux rendez-vous au théâtre ou dans des musées » entre Caroline Lang et Jeffrey Epstein entre 2013 et 2019. Ensemble, ils auraient créé une société en 2016 basée aux Îles Vierges britanniques, un paradis fiscal, destinée selon Caroline Lang à « favoriser l’acquisition d’œuvres de jeunes artistes ».
Le couple Lang aurait même proposé à Epstein d’acheter un riad à Marrakech en 2015, et l’aurait invité aux 30 ans du Louvre en mars 2019, soit après les révélations du Miami Herald en novembre 2018 sur ses poursuites de 2008. Caroline Lang affirme avoir fait confiance au financier qui lui assurait avoir « payé sa dette ».
Un suicide controversé et des zones d’ombre persistantes
Jeffrey Epstein est retrouvé mort dans sa cellule de New York le 10 août 2019, officiellement par suicide. Mais cette version suscite toujours de nombreux doutes. Inculpé en juillet 2019 pour exploitation sexuelle de mineurs après des années d’impunité relative, le financier détenait potentiellement des informations compromettantes sur de nombreuses personnalités internationales.
Le document de 2008 sur les « familles Illuminati » s’inscrit dans ce contexte trouble. Était-ce un délire conspirationniste qu’Epstein collectionnait ? Un document qu’il utilisait pour se valoriser auprès de ses relations ? Ou le reflet d’un réseau d’influence réel qu’il cherchait à documenter ? Les 3 millions de pages publiées n’apportent pas encore de réponse définitive à ces questions.
Comme le souligne L’Humanité, « être cité dans les fichiers Epstein ne signifie pas nécessairement avoir commis un crime. Beaucoup y figurent comme simples relations sociales ou passagers de son jet privé, le Lolita Express ». Mais l’ampleur de la documentation révèle l’étendue d’un système d’exploitation qui a fonctionné pendant plus de vingt ans, impliquant potentiellement plus de mille jeunes femmes victimes.
La publication de ces millions de documents marque-t-elle vraiment la fin de l’opacité, ou n’est-elle que le début d’une nouvelle phase de révélations et de controverses ? L’analyse complète de cette masse documentaire prendra encore des années, et chaque nouvelle pièce versée au dossier risque de raviver les interrogations sur les zones d’ombre qui subsistent.
Sources
- La Nouvelle République (12 février 2026)
- RCF Radio (6 février 2026)
- L'Humanité (5 février 2026)
- Le Temps (6 février 2026)
- Radio France (3 février 2026)
- The Conversation (3 février 2026)