Dans le Doubs, l’ASE débordée par l’explosion des placements d’enfants
Deux mille enfants confiés à l'aide sociale en 2024, 180 en attente de placement : le Doubs face à une crise structurelle.
Le département du Doubs comptait 2 045 mineurs et jeunes majeurs pris en charge par l'ASE en 2024, soit +64 % depuis 2015. Les familles d'accueil saturent, les signalements s'accumulent. Un plan d'urgence est en cours, mais les places manquent.
Les chiffres sont sans ambiguïté. En 2024, l’Aide Sociale à l’Enfance du Doubs suivait 2 045 mineurs et jeunes majeurs, selon les données officielles du Département. C’est 6,8 % de plus qu’en 2023, et surtout 64 % de plus qu’en 2015. Parallèlement, 2 687 informations préoccupantes ont été traitées par les services, en hausse de 9 % sur un an. En avril 2026, selon L’Est Républicain, 180 enfants restent en attente d’admission, faute de places disponibles.
Des familles d’accueil sous tension
Au 31 août 2024, 227 assistants familiaux accueillaient 504 enfants dans le Doubs, contre 218 pour 488 enfants l’année précédente, d’après le procès-verbal du Conseil départemental de décembre 2024. Une progression (+3,3 %) insuffisante face à la demande. La part des placements familiaux dans l’ensemble des accueils est passée de 58 % à 31 % en dix ans, selon le rapport de l’Observatoire Départemental de la Protection de l’Enfance : les assistants familiaux vieillissent, et les profils d’enfants accueillis deviennent plus complexes, avec davantage de comportements dits perturbateurs.
Le budget consacré à la protection de l’enfance atteint 82 millions d’euros en 2024, dont 26,4 millions fléchés sur les placements familiaux pour 2025, soit 31 % du budget de fonctionnement enfance-famille, selon les délibérations du Conseil départemental.
Un plan d’urgence, mais des ouvertures progressives
Face à la saturation, le Département a engagé un plan d’action 2024-2027. Quarante nouveaux assistants familiaux ont été recrutés en 2024, soit une hausse de 116 % par rapport aux années précédentes, selon les délibérations officielles. Deux villages SOS Villages d’Enfants sont également en cours de construction : l’un à Besançon - sur le site de l’ancien haras - l’autre à L’Isle-sur-le-Doubs, chacun pour 50 places. Leur ouverture progressive est prévue de mai 2026 à mars 2027, selon France 3 Bourgogne-Franche-Comté. Le principe affiché : réunir les fratries, souvent séparées lors des placements.
Le plan prévoit aussi une MECS de 12 places pour adolescents et une structure expérimentale de 6 places, dont les ouvertures étaient programmées en 2025. Leur état d’avancement n’a pas été précisé dans les documents disponibles à ce stade.
Des voix critiques sur le fonctionnement de l’ASE
Au-delà des chiffres, la gestion de l’ASE elle-même est questionnée. Des associations et militants pointent des dysfonctionnements structurels - lenteur d’accès aux données, délégation à des associations privées, manque de transparence des conseils départementaux - qui dépassent le seul cas du Doubs.
La situation du Doubs s’inscrit dans un contexte national où la question des enfants placés revient régulièrement sur le devant de la scène. Localement, les services restent sous pression : tant que les 180 enfants en attente n’auront pas de solution d’accueil, le système tourne en sous-capacité.
Prochaine étape : l’ouverture progressive du village SOS de Besançon, attendue à partir de mai 2026, constituera un premier test concret de la stratégie départementale face à la crise.
Sources
- L'Est Républicain : 180 autres enfants en attente d'admission dans le Doubs
- France 3 Bourgogne-Franche-Comté : Réunir les fratries des enfants placés : le principe du village d'enfants qui remplacera le haras de Besançon
- Conseil Départemental du Doubs : Délibération ASE – données 2024
- Département du Doubs : Rapport ODPE 2024 – Observatoire Départemental de la Protection de l'Enfance