Le Doubs à sec sur 20 km : la canicule vide le lit de la rivière
La sécheresse précoce a vidé le cours d'eau dans le Haut-Doubs. Le Saut du Doubs ne coule plus depuis le 5 juillet. La préfecture a placé le département en alerte renforcée.
Le Doubs est à sec sur près de 20 kilomètres entre Arçon et Maison-du-Bois-Lièvremont. La cascade emblématique du Saut du Doubs, à Villers-le-Lac, ne coule plus depuis début juillet. La préfecture a activé l'alerte renforcée sécheresse le 3 juillet.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le Doubs est à sec sur près de 20 km entre Arçon et Maison-du-Bois-Lièvremont dans le Haut-Doubs.
- La cascade du Saut du Doubs, à Villers-le-Lac, ne coule plus depuis le 5 ou 6 juillet 2026.
- La préfecture a placé le département en alerte renforcée sécheresse le 3 juillet 2026.
- Le lac des Brenets perd 20 centimètres de hauteur par jour, menaçant la navigation touristique.
- Un projet de restauration de 1,2 million d'euros mené en 2025 n'a pas empêché l'assèchement.
Le lit du Doubs ressemble à un canyon lunaire. Entre Arçon et Maison-du-Bois-Lièvremont, la rivière est à sec sur près de 20 kilomètres. À Villers-le-Lac, le Saut du Doubs, cascade frontalière franco-suisse visitée chaque année par des milliers de touristes, ne murmure plus depuis le 5 ou 6 juillet 2026, selon les témoignages locaux rapportés par France 3 Régions.
Les photos et reportages diffusés début juillet montrent un paysage désolé : des poissons morts jonchent le fond asséché, des galets émergent là où l’eau coulait encore quelques jours plus tôt. Les bateaux touristiques qui naviguent habituellement jusqu’à la cascade ont dû reculer leurs points d’embarquement. La navigation reste possible dans les bassins, mais l’attraction phare n’est plus accessible.
Alerte renforcée activée le 3 juillet
Face à la dégradation rapide de la situation, la préfecture du Doubs a placé l’ensemble du département en alerte renforcée sécheresse le 3 juillet 2026. Cette décision fait suite à un déficit pluviométrique marqué et aux épisodes caniculaires qui ont frappé la région en juin et début juillet.
Le niveau d’alerte renforcée implique des restrictions d’usage de l’eau pour l’agriculture, l’industrie et les particuliers. Les prélèvements pour l’arrosage des jardins et le remplissage des piscines sont interdits entre 8 heures et 20 heures.
Le lac des Brenets perd 20 cm par jour
Côté suisse, la situation est tout aussi critique. Le lac des Brenets, qui alimente le Saut du Doubs, perd 20 centimètres de hauteur par jour, selon la compagnie de navigation suisse NLB. Le niveau se rapproche dangereusement de la limite critique de 6,80 mètres, seuil en dessous duquel la navigation devient impossible.
Yvan Durig, directeur de la NLB, a dû déplacer ses bateaux de 150 mètres en amont pour faire face au recul rapide des eaux, rapporte la radio suisse RTN. Il pointe du doigt non seulement le manque de pluie, mais aussi la hausse démographique à Morteau et Villers-le-Lac, qui augmente les prélèvements d’eau potable en amont.
Une taskforce franco-suisse au point mort
Une taskforce transfrontalière avait été créée en 2022 pour colmater les fuites du Doubs et améliorer son débit à l’étiage. Mais selon Yvan Durig, cette initiative est au point mort. Les travaux de restauration menés en 2025 près de Pontarlier, pour un coût de 1,2 million d’euros sur 3,5 kilomètres entre Arçon et la commune, n’ont pas suffi à prévenir l’assèchement de 2026.
Le projet franco-suisse, rapporté par le média suisse Arcinfo, visait à maintenir un écoulement minimal en période de basses eaux. Mais l’été 2026, avec sa canicule précoce, a mis en échec ces aménagements.
Témoignages locaux : « C’est triste »
Les habitants de Villers-le-Lac et des communes voisines ne cachent pas leur émotion. « C’est triste », confie une habitante au média ICI Bourgogne-Franche-Comté. « On l’a déjà vu, mais pas aussi tôt dans la saison. »
Les touristes venus découvrir le Saut du Doubs repartent déçus. Certains tentent de photographier le lit à sec, d’autres renoncent à la balade. Les commerçants de Villers-le-Lac craignent un impact sur la fréquentation estivale, même si le village reste attractif pour d’autres activités.
Contexte dans le Doubs
Le Doubs compte environ 544 000 habitants, selon les dernières données INSEE. Le département est marqué par un climat continental de montagne, avec des hivers rigoureux et des étés de plus en plus chauds. Le tourisme fluvial et de nature représente un secteur économique important dans le Haut-Doubs, notamment autour de Villers-le-Lac et Morteau.
Le Saut du Doubs attire chaque année plusieurs dizaines de milliers de visiteurs français et suisses. La cascade, haute de 27 mètres, est un symbole de la coopération transfrontalière. Son assèchement précoce en 2026 interroge sur la capacité du bassin versant à absorber les épisodes climatiques extrêmes.
Des épisodes de sécheresse avaient déjà frappé le département en 2018 et 2022, mais jamais aussi tôt dans la saison estivale. Les services de l’État et les collectivités locales devront rapidement définir des stratégies d’adaptation face à la récurrence de ces phénomènes.
Prochaines étapes
La préfecture du Doubs surveillera l’évolution des débits et des niveaux d’eau dans les prochaines semaines. Si la situation se dégrade encore, le passage en alerte crise, niveau maximal, pourrait être décidé. Ce niveau impliquerait l’arrêt de tous les prélèvements non prioritaires.
Du côté franco-suisse, la relance de la taskforce sur les fuites du Doubs sera scrutée de près par les acteurs du tourisme et de l’environnement.
