Eau potable dans le Doubs central : agriculteurs et résidents cherchent une issue

À Ornans et dans les villages voisins, la qualité de l'eau concentre toutes les tensions entre monde agricole et riverains.

Eau potable dans le Doubs central : agriculteurs et résidents cherchent une issue
Illustration Nathalie Rousselin / info.fr

La Loue est malade, les nappes s'appauvrissent, et les habitants du Doubs central ne se taisent plus. Un débat public s'est engagé dans la région d'Ornans, où agriculteurs et résidents tentent de construire des solutions communes avant que la situation ne devienne irréversible.

Il suffit d’ouvrir un robinet à Ornans pour que la question surgisse. L’eau qui en sort est-elle vraiment saine ? Depuis plusieurs mois, ce sujet agite les conseils municipaux, les salles des fêtes et les réseaux sociaux du Doubs central. Un témoin résume l’inquiétude ordinaire qui circule :

Une pollution à 92 % d’origine agricole

Les chiffres de l’étude NUTRI-karst sont sans ambiguïté : l’agriculture est à l’origine de 92 % des apports d’azote et de 95 % du phosphore qui polluent les rivières du Doubs central, contre seulement 7 % pour les rejets domestiques. Ces substances, issues des engrais et des effluents d’élevage, s’infiltrent dans un sous-sol karstique particulièrement perméable, contaminant directement les captages d’eau potable.

Les conséquences sont visibles dans les cours d’eau. Selon L’Est Républicain, les densités piscicoles vers Baume-les-Dames ont été divisées par quatre depuis 2010, et par huit par rapport à l’état de référence historique. Pourtant, ces rivières restent officiellement classées en « bon état écologique ». Olivier Vorger, délégué régional d’Anper-Tos, ne cache pas son exaspération : « On a des rivières en mauvais état, largement eutrophisées avec des poissons qui meurent et qui, pourtant, ressortent systématiquement en bon état écologique. » L’association a saisi la Commission européenne le 12 avril 2025 pour ce qu’elle appelle un « faux bon état écologique ».

Un dialogue difficile mais engagé

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Le 22 mars 2025, plus de 1 000 personnes s’étaient rassemblées à Ornans pour réclamer des actions concrètes contre les pollutions agricoles et industrielles, selon L’Est Républicain. Mais au-delà de la mobilisation, c’est la question du partage des responsabilités qui cristallise les tensions :

Le Département du Doubs tente de tenir les deux bouts. Il alloue 5 millions d’euros par an au soutien des projets en eau potable et assainissement, en partenariat avec l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse jusqu’en 2030. Depuis 2020, il finance aussi le stockage des eaux pluviales dans les exploitations agricoles, pour réduire la pression sur les nappes tout en adaptant les élevages au changement climatique, précise le plan de transition écologique du Département.

En 2026, la Communauté de communes Loue Lison reprend officiellement la compétence eau potable pour Ornans et les communes environnantes, ce qui devrait clarifier la gouvernance locale. Une concertation CLE est également prévue cette année pour établir des seuils admissibles d’azote et de phosphore.

À l’échelle nationale, une proposition de loi pour protéger les captages d’eau potable, déposée par le député Jean-Claude Raux, a été examinée à l’Assemblée nationale en février 2026, selon Maire-Info. Son impact concret sur le terrain reste à mesurer.

Sources

Maxime Joly

Maxime Joly

Correspondant à Besançon, suit l'horlogerie, la microtechnique, les tensions sur la ligne TGV Rhin-Rhône et les débats sur la biodiversité dans le Jura. Formé à l'ESJ Lille, il a couvert plusieurs régions avant de s'ancrer dans le Doubs. Principe : connaître les PME, les syndicats, les chercheurs de l'université, vérifier les carnets de commandes avant de publier.

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