Exécutif corse : Giovannangeli en position de force, scrutin sous menace de boycott

L'Assemblée de Corse élit ce lundi son nouveau président du Conseil exécutif, deux semaines après la démission de Gilles Simeoni

Exécutif corse : Giovannangeli en position de force, scrutin sous menace de boycott
Illustration Lisandru Marchetti / info.fr

Ce lundi 4 mai 2026, l'Assemblée de Corse se réunit en session extraordinaire pour élire le nouveau président du Conseil exécutif. Gilles Giovannangeli, candidat de la majorité nationaliste Fà Populu Inseme, fait face à Jean-Martin Mondoloni. Un possible boycott de l'opposition menace le quorum.

La session extraordinaire s’est ouverte à 10h ce lundi matin à Ajaccio. L’ordre du jour est unique : élire les 11 membres du nouveau Conseil exécutif de Corse et leur président. Gilles Giovannangeli, actuel président de l’Agence de développement économique de la Corse (ADEC), est le candidat désigné par la majorité nationaliste. En face, Jean-Martin Mondoloni, leader du groupe U Soffiu Novu, a déposé sa candidature. Le scrutin se déroule avec traduction simultanée en corse et en français, comme l’a confirmé la Collectivité de Corse sur ses canaux officiels.

L’essentiel

  • Démission : Gilles Simeoni a quitté la présidence du Conseil exécutif le 21 avril 2026, après son élection comme maire de Bastia, entraînant la démission automatique de l’ensemble de l’exécutif.
  • Candidats : Gilles Giovannangeli (Fà Populu Inseme) face à Jean-Martin Mondoloni (U Soffiu Novu) pour la présidence du Conseil exécutif à 11 membres.
  • Quorum : 42 conseillers sur 63 sont requis pour valider le scrutin ; un boycott risque de reporter l’élection au 7 mai 2026, selon France 3 Corse.
  • Intérim : Bianca Fazi assure la présidence par intérim depuis le 21 avril.
  • Précédent : En février 2025, l’opposition avait déjà boycotté une session d’installation de conseillers exécutifs à l’Assemblée de Corse.

La démission de Simeoni, déclencheur d’une transition inédite

Gilles Simeoni avait annoncé sa décision le 21 avril 2026. « Je cesserai ce soir à 23h59 mes fonctions de président du conseil exécutif de Corse », avait-il déclaré, selon Le Figaro et Corse Matin. La raison invoquée : refuser le cumul de mandats après son élection comme maire de Bastia en mars 2026. Sa démission a automatiquement entraîné celle de l’ensemble du conseil exécutif, rendant l’élection du 4 mai obligatoire.

Simeoni dirigeait l’exécutif insulaire depuis décembre 2015, soit plus de dix ans. Sa longévité à ce poste était directement liée à la recomposition du paysage politique français amorcée par la victoire historique des nationalistes aux élections territoriales corses de 2015 - la première fois que ce mouvement accédait au pouvoir exécutif insulaire, comme l’a rappelé France 3 Corse.

Qui est Gilles Giovannangeli ?

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Le successeur désigné est un profil atypique dans le paysage politique corse. Ancien maire de Lecci, entrepreneur dans l’économie sociale et solidaire, Giovannangeli préside l’ADEC depuis plusieurs années. Il occupait également le poste de conseiller exécutif en charge du budget et des finances. Selon Corse Matin et France 3 Corse, il serait le premier candidat issu du sud de l’île à briguer la présidence du Conseil exécutif - une donnée géographique qui n’est pas anodine dans une île où les équilibres entre la Haute-Corse et la Corse-du-Sud structurent la vie politique locale.

Son profil est décrit comme discret par les médias locaux. Il n’est pas un tribun. Sa légitimité repose sur sa gestion de l’ADEC et sa proximité avec l’appareil de Fà Populu Inseme, le mouvement fondé par Simeoni.

Mondoloni en embuscade, boycott dans l’air

Jean-Martin Mondoloni n’est pas un inconnu. Leader du groupe U Soffiu Novu à l’Assemblée de Corse, il s’est porté candidat contre Giovannangeli. Sa candidature cristallise une opposition interne au camp nationaliste autant qu’une concurrence entre blocs politiques distincts.

Mais le vrai risque pour ce scrutin n’est pas arithmétique au sens classique : c’est le quorum. Selon France 3 Corse, 42 conseillers sur 63 doivent être présents pour que l’élection soit valide. Un boycott coordonné de l’opposition - ou d’une frange dissidente - suffirait à faire tomber ce seuil. Dans ce cas, le vote serait reporté au 7 mai 2026, selon la même source.

Corse Matin avait alerté dès vendredi sur ce scénario, évoquant une élection « à la merci d’un possible boycott ». Le précédent de février 2025 est dans tous les esprits : l’opposition avait alors boycotté une session d’installation de trois nouveaux conseillers exécutifs, selon Corse Net Infos.

La session, entre procédure et tension

La Collectivité de Corse a confirmé le déroulé de la session sur ses canaux officiels : élection des 11 membres du Conseil exécutif, puis élection de son président, avec traduction simultanée.

Bianca Fazi, qui assure l’intérim depuis le 21 avril, devrait céder sa place dès ce lundi si le scrutin aboutit. La question de la représentation des territoires insulaires dans leurs institutions propres reste un sujet sensible en France, et la Corse n’y fait pas exception.

Contexte dans le département

La Corse-du-Sud, dont Ajaccio est le chef-lieu et le siège de l’Assemblée de Corse, est directement concernée par cette élection : Giovannangeli est lui-même un élu sudiste, une première pour ce poste. L’île comptait au 1er janvier 2026 environ 365 600 habitants, selon l’INSEE, en hausse de 0,9 % par rapport à 2025 - la croissance démographique la plus forte de France métropolitaine, portée par un solde migratoire positif. Cette dynamique de peuplement pèse sur les politiques d’aménagement et de développement économique que le futur exécutif devra piloter.

Le Conseil exécutif de Corse, distinct de l’Assemblée délibérante, détient le pouvoir exécutif de la Collectivité unique créée en 2018 par fusion des deux départements et de la collectivité territoriale. Il gère notamment le budget territorial, les transports, le développement économique et l’enseignement de la langue corse. L’ADEC, que préside précisément Giovannangeli, est l’un de ses bras opérationnels.

Depuis 2015, le camp nationaliste n’a jamais perdu la majorité à l’Assemblée de Corse. La question posée ce lundi n’est donc pas celle d’un changement de majorité, mais d’une succession en interne - et de la capacité du mouvement à maintenir sa cohésion après le départ de sa figure de proue.

Dix ans de Simeoni : un bilan qui pèse sur la suite

La longévité de Gilles Simeoni à la tête de l’exécutif - dix ans et demi - a structuré l’ensemble des politiques territoriales corses. Son départ vers la mairie de Bastia marque une rupture de génération et de posture. Simeoni avait incarné une ligne autonomiste dans le dialogue avec Paris, notamment sur le dossier du statut particulier de la Corse. Son successeur devra s’inscrire dans cette dynamique ou en infléchir le cours, sans en avoir encore précisé publiquement les contours, selon les sources disponibles à ce stade.

La prochaine étape est immédiate : si le quorum est atteint ce lundi, le nouveau président du Conseil exécutif entre en fonction dans la journée. En cas de report, une nouvelle session est prévue le 7 mai 2026.

Sources

Lisandru Marchetti

Lisandru Marchetti

Lisandru est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Corse-du-Sud (2A), avec Ajaccio pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique corse et patrimoine UNESCO Scandola. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Corse.

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