Bonifacio : les falaises s’effritent, les propriétaires attendent

Des maisons perchées sur les falaises calcaires menacent de s'effondrer, sans indemnisation pour les propriétaires concernés.

Bonifacio : les falaises s'effritent, les propriétaires attendent
Illustration Lisandru Marchetti / info.fr

À Bonifacio, l'érosion côtière ronge les falaises sur lesquelles reposent des habitations. Deux maisons de la place Manichella sont au cœur d'un bras de fer juridique et financier. Une pétition réclame des mesures concrètes.

Les falaises de Bonifacio, hautes d’une soixantaine de mètres, sont sous surveillance. Deux maisons situées place Manichella ont été interdites d’accès par arrêté préfectoral le 24 octobre 2022, en raison du risque d’effondrement lié à l’érosion. Mais le tribunal administratif de Bastia a annulé ces mesures le 15 octobre 2024, estimant qu’elles étaient disproportionnées, selon Le Figaro Immobilier. Les propriétaires, eux, n’ont touché aucune indemnisation. Ils ont lancé une pétition pour défendre leur droit de propriété et dénoncer leur situation.

Un coût que la commune refuse d’assumer seule

Le maire Jean-Charles Orsucci ne cache pas sa position. Racheter les deux biens menacés coûterait environ trois millions d’euros - une somme que la commune refuse d’engager sans filet national. Sur France Inter, lors du congrès de l’Association nationale des élus des littoraux (ANEL) organisé à Bonifacio en septembre 2025, il déclarait : « Le changement climatique, nous n’y sommes pour rien et la première des priorités, c’est la sécurité. Je ne parle pas d’un aménagement du trait de côte pour aller se baigner, mais de sauver des habitations dans lesquelles des gens vivent à l’année. »

Orsucci préside l’ANEL et milite pour la création d’un fonds national dédié à l’érosion côtière, alimenté par la solidarité nationale. L’ANEL a relayé cette demande sur les réseaux :

Résultat à ce stade : le budget 2026 n’a pas retenu l’amendement correspondant, malgré un soutien transpartisan des parlementaires. Le Comité national du trait de côte a adressé une motion au gouvernement en février 2026 pour dénoncer cet abandon, selon Maire Info.

33 immeubles à l’étude, un cadre national qui évolue

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La situation dépasse les deux maisons de la place Manichella. En juillet 2025, 33 immeubles perchés sur les falaises de Bonifacio ont été placés à l’étude pour des travaux de faisabilité, selon Batiweb. Un rapport du BRGM datant de mars 2021 évoquait déjà un risque d’effondrement possible à l’horizon d’un siècle.

À l’échelle nationale, le Cerema estime que 5 200 logements pourraient être touchés par le recul du trait de côte d’ici 2050, pour un coût estimé à 1,2 milliard d’euros - Bonifacio étant cité comme cas emblématique. Le décret n° 2026-95 du 13 février 2026 a par ailleurs élargi la liste des communes reconnues vulnérables au recul du trait de côte, incluant potentiellement des zones en Corse-du-Sud.

Prochaine étape : la mairie de Bonifacio doit intégrer la loi Le Meur à son PLU, une mesure qui interdit les nouvelles résidences secondaires afin de préserver le foncier pour l’habitat permanent face aux risques côtiers, selon le site de la mairie.

Sources

Lisandru Marchetti

Lisandru Marchetti

Correspondant à Ajaccio, suit la politique insulaire, les tensions nationalistes, le tourisme estival et les chantiers routiers. Diplômé de l'IUT info-com de Corte, il a grandi dans le Sartenais et connaît les clans locaux. Principe : ne jamais céder aux pressions, vérifier les marchés publics, interroger élus et militants, croiser les sources avant de conclure.

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