Elon Musk snobe la justice française et attaque la procureure de Paris

Le patron de X n'a pas répondu à sa convocation du 20 avril et a qualifié la procureure Laure Beccuau de 'marionnette d'ONG de gauche'.

Elon Musk snobe la justice française et attaque la procureure de Paris
Illustration Julie Renault / info.fr

Convoqué en audition libre à Paris le 20 avril 2026, Elon Musk ne s'est pas présenté devant la justice française. Le lendemain, il attaquait nommément la procureure de Paris sur sa propre plateforme. Le parquet a pris acte.

L’audition était prévue le lundi 20 avril 2026 au palais de justice de Paris. Elon Musk, convoqué en tant que gérant de fait de X, n’est pas venu. Linda Yaccarino, ancienne directrice générale de la plateforme et gérante de droit, était également attendue. Le parquet de Paris a confirmé à TV5 Monde qu’il « prenait acte » de l’absence du milliardaire, rappelant qu’une audition libre n’impose pas de présence obligatoire.

Le lendemain, 21 avril, Musk a publié un post sur X qualifiant la procureure de Paris, Laure Beccuau, de « marionnette d’ONG de gauche », selon Le Figaro. Une attaque directe contre un magistrat en exercice, rare à cette échelle.

Une enquête ouverte depuis janvier 2025

L’enquête préliminaire a été ouverte le 12 janvier 2025 par le parquet de Paris, suite à deux signalements : l’un du député Éric Bothorel, l’autre d’un haut responsable d’une institution publique, dénonçant des biais algorithmiques favorisant des contenus haineux, selon l’Usine Digitale. Le dossier s’est depuis étoffé. Il porte désormais sur sept infractions potentielles, dont la complicité de diffusion d’images pédopornographiques en bande organisée, des deepfakes sexuels générés par Grok et du négationnisme, selon L’Informaticien.

Le 3 février 2026, une perquisition avait été menée dans les locaux français de X par la section cybercriminalité du parquet, avec l’unité cyber de la gendarmerie et Europol, d’après le communiqué officiel du tribunal de Paris. La Ligue des droits de l’Homme avait salué cette avancée.

Laure Beccuau a précisé que les auditions visaient à « exposer la position des dirigeants sur les faits et les mesures de mise en conformité envisagées », dans une démarche qu’elle qualifie de constructive, selon le Huffington Post. L’enquête se situe dans un cadre plus large : la Commission européenne a ouvert une procédure contre X pour violations du Digital Services Act (DSA) dès décembre 2023, et X a écopé d’une amende de 120 millions d’euros en décembre 2025 pour défauts de transparence sur la publicité, selon le cabinet Haas Avocats.

Darmanin défend l’indépendance judiciaire

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La réaction politique n’a pas tardé. Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, a pris position le 21 avril en soutien à la procureure.

Ce dossier s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes entre les autorités européennes et les grandes plateformes américaines sur la modération des contenus. En France, X avait supprimé 16 288 contenus violents et haineux entre août et octobre 2023, le chiffre le plus élevé d’Europe selon un rapport de transparence de la plateforme cité par Radio France - devant l’Allemagne (7 160) et l’Espagne (7 743). Cette donnée illustre l’ampleur du contentieux entre la plateforme et les régulateurs européens. À titre de comparaison, d’autres affaires impliquant des agents de l’État et des questions de responsabilité numérique mobilisent également la justice française ces derniers mois.

La transmission du dossier aux autorités américaines, évoquée en mars 2026 selon Mediapart, reste à confirmer. Aucune date d’audience n’a été fixée à ce stade.

Sources

Julie Renault

Julie Renault

Basée à Paris, elle traite la mairie, les tensions sur le logement, les transports et les débats sur la piétonnisation. Diplômée du CFJ, elle a travaillé en agence avant de s'ancrer à Paris. Ligne de travail : interroger les élus, les associations de riverains, les syndicats de transports, vérifier les budgets municipaux avant de publier.

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