Embrun : la précarité alimentaire progresse, les associations en première ligne

Dans les Hautes-Alpes, les distributions de colis ont bondi de 20% avec l'inflation, mobilisant élus et bénévoles.

Embrun : la précarité alimentaire progresse, les associations en première ligne
Illustration Antoine Blanc / info.fr

À Embrun, les associations qui luttent contre la faim font face à une demande en hausse constante. L'inflation persistante aggrave une situation déjà tendue depuis le Covid-19. Le Département et l'État tentent de coordonner les réponses.

Deux fois par semaine, le Secours populaire d’Embrun ouvre ses portes. Entre 30 et 60 bénéficiaires se présentent à chaque session pour repartir avec un colis permettant de préparer trois repas par ménage, selon les données publiées par ram05.fr. En 2026, ces chiffres ne baissent pas. Les bénévoles distribuent davantage qu’avant.

Les profils sont variés : jeunes actifs, retraités, travailleurs pauvres. Depuis la pandémie de Covid-19, la précarité alimentaire s’est accentuée dans les Hautes-Alpes, comme le souligne le Département dans sa communication officielle. L’Udess 05 a confirmé cette aggravation post-Covid dans un diagnostic réalisé au premier semestre 2024. En 2023, les associations du département avaient déjà enregistré près de 25 % de passages supplémentaires aux distributions par rapport à l’année précédente, selon les chambres d’agriculture de Paca.

Un territoire rural plus exposé

La ruralité aggrave la situation. Les transports sont rares, les services éloignés, et la honte de demander de l’aide reste forte. Nationalement, le réseau des banques alimentaires a soutenu 2,4 millions de personnes en 2024, contre 1,9 million en 2019, avec une précarité plus marquée hors des villes, selon Ouest-France. Les Hautes-Alpes, département de montagne peu dense, illustrent ce phénomène.

Le 4 mars 2026, une réunion s’est tenue à Embrun autour du projet de Sécurité sociale alimentaire, une idée qui circule dans les milieux associatifs pour garantir un accès universel à une alimentation de qualité, rapporte Le Dauphiné Libéré. L’idée n’est pas encore une politique publique, mais elle fait débat.

Des dispositifs publics en place, mais insuffisants ?

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Le Département des Hautes-Alpes n’est pas inactif. Il a lancé le dispositif Soliagri en 2020 : une enveloppe annuelle de 100 000 euros permet aux associations d’acheter des produits locaux pour les distributions. En juillet 2024, le Pacte local des solidarités, signé avec l’État, a ajouté une plateforme logistique expérimentale. Fin 2025, un observatoire départemental de la précarité alimentaire a été créé pour mutualiser les données et coordonner les acteurs, selon Le Dauphiné Libéré.

La campagne d’habilitation pour l’aide alimentaire en Provence-Alpes-Côte d’Azur est ouverte depuis le 1er décembre 2025, avec un calendrier prévoyant des distributions renforcées en 2026, indique la DREETS Paca. Les associations peuvent solliciter ces fonds pour tenir le rythme.

Sur le terrain à Embrun, les bénévoles continuent de remplir les colis, deux fois par semaine.

Sources

Antoine Blanc

Antoine Blanc

Installé à Gap depuis dix ans, couvre les stations de ski, les chantiers de liaisons ferroviaires et les mobilisations contre les coupures de services publics en montagne. Formé à l'ESJ Lille, il a travaillé en radio locale avant de passer au web. Conviction forte : le journalisme local exige de connaître les élus, les syndicalistes, les entrepreneurs, pas seulement leurs dossiers de presse.

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