Emilie K., première ‘revenante’ de Syrie rejugée à Paris après condamnation par défaut
L'audience s'est ouverte le 4 mai 2026 au pôle antiterroriste le parquet réclame 5 ans ferme, la défense plaide la réinsertion réussie.
Emilie K., 34 ans, originaire d'Albertville, comparaît depuis ce lundi devant le pôle antiterroriste de Paris. Condamnée par défaut en 2020 à 20 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, elle est la première Française rapatriée d'une zone de djihad à être rejugée après une telle condamnation, selon le Parquet national antiterroriste.
Emilie K., 34 ans, originaire d’Albertville (Savoie), comparaît depuis ce lundi 4 mai 2026 devant le pôle antiterroriste de Paris. Condamnée par défaut en 2020 à 20 ans de prison pour association de malfaiteurs terroriste, elle est la première Française rapatriée d’une zone de djihad à être rejugée après une telle condamnation, selon le Parquet national antiterroriste (PNAT). Son dossier cristallise le débat entre impératifs sécuritaires et réinsertion effective.
L’essentiel
- Audience : procès ouvert le 4 mai 2026 au pôle antiterroriste de Paris, verdict attendu fin mai.
- Condamnation initiale : 20 ans de réclusion criminelle prononcés par défaut le 25 juin 2020, dans une filière savoyarde de 7 personnes.
- Rapatriement : retour en France le 25 avril 2023 depuis la Turquie, après 14 mois de détention provisoire.
- Situation actuelle : libérée le 24 juin 2024, assignée à résidence avec bracelet électronique, emploi de manager en CDI.
- Peine requise : 5 ans ferme demandés par le parquet ; elle encourt jusqu’à 30 ans de réclusion.
D’Albertville à Raqqa : le parcours d’Emilie K.
Née en 1992, Emilie K. grandit à Albertville. Elle s’intéresse à l’islam de manière décrite comme modérée durant son adolescence, selon Le Monde. En 2013, à 21 ans, elle épouse Mohamed Tahar Tamine, membre d’une filière djihadiste savoyarde. Elle adopte alors le voile intégral. En avril 2014, le couple rejoint la Syrie. Elle y reste deux ans, dans les rangs de l’organisation État islamique.
Le 31 juillet 2016, Mohamed Tahar Tamine est tué au combat. Emilie K. tente de fuir la Syrie dès août 2016. Elle est arrêtée par l’Armée syrienne libre, puis transférée dans un centre de rétention en Turquie, où elle reste plusieurs années.
Une condamnation par défaut, puis un rapatriement tardif
Le 25 juin 2020, le tribunal correctionnel spécialisé condamne Emilie K. par défaut à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. Elle est jugée dans le cadre d’une filière djihadiste originaire d’Albertville, qui implique au total 7 personnes. Les six autres membres sont condamnés à des peines allant de 20 ans de réclusion à la perpétuité, selon Le Monde.
Emilie K. refuse dans un premier temps d’être rapatriée, en 2020 puis en 2022, précisément en raison de cette condamnation par défaut. Elle finit par accepter. Elle rentre en France le 25 avril 2023 et est placée immédiatement en détention provisoire à Paris.
Quatorze mois de prison, puis un CDI sous bracelet
Après 14 mois de détention provisoire, une évaluation conclut à l’absence de radicalisation persistante. Elle est libérée le 24 juin 2024 et placée sous assignation à résidence avec bracelet électronique. Depuis, elle occupe un poste de manager en CDI, selon les informations rapportées par Le Monde.
Son avocat fait valoir qu’elle n’est plus une menace pour la société et qu’elle a fui l’organisation État islamique au péril de sa vie. La défense met en avant ce parcours post-détention comme argument central. Le parquet antiterroriste a requis 5 ans de réclusion ferme. Emilie K. encourt théoriquement jusqu’à 30 ans, mais les peines prononcées pour les femmes non combattantes sont généralement inférieures au maximum légal, selon les pratiques observées dans des dossiers similaires.
Un précédent judiciaire inédit selon le PNAT
Le Parquet national antiterroriste qualifie ce procès de premier du genre en France : aucune autre Française rapatriée d’une zone de djihad n’avait encore été rejugée après avoir été condamnée par défaut. La procédure de contumace - condamnation en l’absence du prévenu - est annulée de plein droit dès lors que l’intéressé se représente devant la justice. C’est ce mécanisme qui permet à Emilie K. d’être rejugée, malgré la lourdeur de la peine initiale.
Ce cas soulève des questions concrètes sur le traitement judiciaire des revenantes : faut-il tenir compte des années passées en rétention à l’étranger ? Comment peser la réinsertion démontrée face aux faits reprochés, établis pour la période 2014-2016 ? Le verdict attendu fin mai pourrait faire jurisprudence.
Contexte dans les Hautes-Alpes et en Savoie
La filière djihadiste d’Albertville, dont est issue Emilie K., reste l’une des plus documentées en Savoie. La ville, connue pour avoir accueilli les Jeux olympiques d’hiver de 1992, compte environ 20 000 habitants. Le cas de cette filière a marqué les services antiterroristes par sa dimension géographique - une ville de taille moyenne, loin des grandes métropoles habituellement associées aux départs pour la Syrie.
À l’échelle nationale, la France a rapatrié environ 150 enfants et 50 mères depuis des zones de djihad depuis 2019, selon Le Monde citant des données contextuelles. Le sort judiciaire de ces femmes est traité au cas par cas, sans cadre législatif unifié. La Revue du droit des libertés fondamentales a documenté les difficultés juridiques soulevées par ces rapatriements, notamment autour de la détention provisoire systématique à l’arrivée.
Le dossier Emilie K. s’inscrit dans ce mouvement plus large, tout en constituant un premier précédent formel sur la question du rejugement après condamnation par défaut.
Prochaine étape
Le verdict est attendu fin mai 2026. La peine qui sera prononcée - et son quantum par rapport aux 5 ans requis par le parquet - devrait orienter le traitement judiciaire des autres revenantes susceptibles d’être rapatriées dans les prochains mois.
Sources
- Le Monde : Déjà condamnée par défaut, Emilie K., une « revenante » de l'organisation État islamique, rejugée à Paris
- Al Muwatin : Déjà condamnée par défaut, Emilie K., une « revenante » de l'organisation État islamique, rejugée à Paris
- Revue du Droit des Libertés Fondamentales : Le rapatriement des ressortissants français détenus par les Kurdes dans le nord-est syrien