Une classique cycliste dans le Grand Paris : l’annonce d’Emmanuel Grégoire
Le maire de Paris annonce un projet de course professionnelle et d'épreuve grand public dans le Grand Paris
Au lendemain de l'arrivée du Tour de France 2026 sur les Champs-Élysées, le maire de Paris annonce vouloir créer une classique cycliste professionnelle dans le Grand Paris.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Validation institutionnelle
Le projet nécessite l'aval de l'UCI pour intégrer le calendrier professionnel et la collaboration de l'ASO, organisateur dominant en France.
Encombrement du calendrier
Le calendrier professionnel est déjà très chargé. Insérer une nouvelle classique suppose de trouver une fenêtre où les équipes WorldTour accepteront de venir.
Précédents d'échecs parisiens
Paris-Roubaix, Paris-Tours et Bordeaux-Paris ont quitté la capitale ou disparu. La pérennité d'une nouvelle course autonome reste incertaine.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Emmanuel Grégoire annonce vouloir créer une classique cycliste professionnelle dans le Grand Paris, sans date ni parcours précis.
- Le projet comprend un critérium professionnel et une cyclosportive ouverte aux amateurs, sur le modèle du Marathon pour tous.
- La création nécessite l'aval de l'UCI et la collaboration de l'ASO, dans un calendrier professionnel déjà très chargé.
- Des élus parisiens critiquent le projet, pointant l'échec des classiques historiques parties de Paris et d'autres priorités municipales.
Au lendemain de l’arrivée du Tour de France 2026 - Emmanuel Grégoire prend la parole sur franceinfo. La foule a quitté les Champs-Élysées, Mathieu van der Poel a gagné l’étape finale, Tadej Pogačar vient de décrocher son cinquième sacre. Le maire de Paris annonce: « Je souhaite créer une classique qui soit grand parisienne ». Un projet qui lui « tient à cœur ».
Il n’y a pas de date. Pas de parcours tracé. Pas de validation de l’UCI. Pas d’accord avec l’ASO. Juste une annonce, faite dans la foulée du succès populaire de la dernière étape du Tour de France 2026.
Un critérium professionnel et une cyclosportive
Le projet est double. D’un côté, un critérium professionnel - une course d’un jour inscrite au calendrier international. De l’autre, une épreuve cyclosportive ouverte aux amateurs, sur le modèle du « Marathon pour tous » organisé lors des Jeux olympiques de 2024.
Emmanuel Grégoire justifie le projet par l’essor du cyclisme « en plein essor dans le Grand Paris ». Le succès du parcours olympique de 2024 et des arrivées du Tour de France 2025 et 2026 a servi de déclencheur. La butte Montmartre, passage emblématique de ces courses récentes, a montré que Paris pouvait proposer un parcours spectaculaire.
Les obstacles structurels
La création d’une classique officielle nécessite l’aval de l’Union Cycliste Internationale (UCI) et une place dans un calendrier professionnel déjà très chargé. Le succès dépend aussi de la collaboration avec Amaury Sport Organisation (ASO) - l’organisateur du Tour de France, qui détient une influence prépondérante sur les épreuves cyclistes en France.
Les échecs des classiques parisiennes historiques
Paris a déjà tenté l’aventure des classiques et l’a perdue. Paris-Roubaix a longtemps relié la capitale au vélodrome nordiste. Mais les contraintes logistiques (fermeture des routes, coût de la sécurité, conflits avec la circulation parisienne) ont poussé les organisateurs à délocaliser le départ. Le nom est resté, mais Paris a disparu du tracé.
Paris-Tours - autre monument français, a subi le même sort. Partie intégrante du calendrier classique jusqu’aux années 1980, elle a progressivement vu son départ reculer hors de la capitale. Les éditions récentes partent de villes périphériques. Le lien avec Paris n’existe plus que dans l’appellation.
Bordeaux-Paris - course mythique, a rendu l’âme. Reliant Bordeaux à Paris sur de très longues distances, elle a longtemps incarné l’endurance extrême. Mais l’évolution du cyclisme professionnel (raccourcissement des distances, multiplication des épreuves courtes, exigences de sécurité) l’a rendue obsolète. Les organisateurs ont tenté de la moderniser, d’en réduire le tracé, de changer le format. Rien n’y a fait. La course a disparu faute de coureurs, de sponsors, et d’intérêt médiatique.
Ces trois échecs partagent un point commun: Paris est devenue trop compliquée à organiser. La densité urbaine, la circulation, les contraintes administratives, le coût de la sécurité ont progressivement éloigné les grandes courses de la capitale. Le Tour de France lui-même ne traverse Paris qu’une fois par an, pour une arrivée sur les Champs-Élysées minutieusement orchestrée par l’ASO.
Créer une nouvelle classique, c’est parier que le contexte a changé. Que l’engouement pour le vélo, les infrastructures cyclables développées sous les mandatures précédentes, et le succès ponctuel du Tour 2026 suffiront à inverser la tendance. Mais l’histoire montre que Paris perd ses classiques, elle ne les crée pas.
Ce que personne ne dit
Le calendrier est politique. Le projet de classique cycliste s’inscrit dans la continuité de sa stratégie « pro-vélo » portée pendant la campagne électorale. L’annonce tombe au lendemain d’un Tour de France qui a rempli les Champs-Élysées. Le timing n’est pas un hasard: il capitalise sur l’émotion collective, sur la ferveur populaire qui suit la victoire de van der Poel et le sacre de Pogačar.
Mais organiser une course cycliste d’envergure, c’est négocier avec l’ASO - qui contrôle l’accès aux grandes épreuves françaises. C’est obtenir une fenêtre dans un calendrier UCI où chaque date compte. C’est aussi convaincre les équipes WorldTour de venir disputer une course qui n’a pas encore d’histoire, pas de palmarès, pas de statut.
La voix critique
Jérôme Sterkers, conseiller de Paris, réagit sur X: « Après l’idée saugrenue d’un 2e marathon sur le périphérique, Emmanuel Grégoire nous improvise une ‘classique’ cycliste parisienne… alors que Paris-Roubaix et Paris-Tours ne partent plus de la capitale et que Bordeaux-Paris a rendu l’âme! Qu’il s’occupe plutôt du périscolaire… ».
Le projet en est encore à un stade embryonnaire
Il n’y a ni date fixée, ni parcours dévoilé, ni accord institutionnel. Le maire de Paris a lancé une idée. Le reste reste à construire. Pour qu’une classique grand parisienne existe un jour, il faudra convaincre l’UCI - négocier avec l’ASO - trouver un créneau dans le calendaire, et surtout, créer une course qui ne soit pas une énième épreuve d’un jour noyée dans la masse.
Le cyclisme français compte déjà des dizaines de courses. En créer une nouvelle, c’est parier que le nom de Paris suffira à attirer les équipes, les sponsors, et le public. C’est aussi parier que le succès ponctuel du Tour de France 2026 se transforme en dynamique durable.
Pour l’instant, il n’y a qu’une annonce. Le reste est à écrire.
Sources
- Le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, souhaite la création d'une classique en région parisienne
- Après le succès du Tour de France, Emmanuel Grégoire évoque la création d'une classique grand parisienne
- Après le succès du Tour de France, Paris veut créer sa propre classique cycliste
- Emmanuel Grégoire : projet de classique cycliste à Paris
- After the Tour de France, Paris is getting ready for a new cycling race