Coup de frein brutal sur l’emploi américain : la Fed respire

Avec seulement 57 000 créations de postes en juin, le marché du travail américain déçoit massivement les attentes et écarte la menace d'un nouveau resserrement monétaire cet été.

Coup de frein brutal sur l'emploi américain : la Fed respire
Illustration Sofia Neri / info.fr

Le Bureau of Labor Statistics a dévoilé un chiffre très inférieur aux prévisions pour les embauches de juin. Cette faiblesse inattendue, conjuguée à une baisse du taux de participation, réduit la pression sur la Réserve fédérale et fait chuter les rendements obligataires.

L’essentiel

  • 57 000 : nombre d’emplois non agricoles créés en juin, contre 115 000 attendus par le consensus.
  • 4,2 % : taux de chômage en baisse, malgré une chute du taux de participation à 61,5 %.
  • -74 000 : révision à la baisse cumulée des créations d’avril et mai.
  • 82 % : probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés en juillet, contre 68 % avant la publication.

Pour la première fois depuis des mois, le marché de l’emploi américain donne des signes francs d’essoufflement. Les chiffres publiés jeudi par le Bureau of Labor Statistics (BLS) pour juin 2026 sont bien en deçà des anticipations, modifiant en profondeur le paysage macroéconomique et les attentes de politique monétaire.

Un net ralentissement des embauches

L’économie américaine n’a créé que 57 000 emplois non agricoles en juin, là où le consensus des analystes du Wall Street Journal prévoyait environ 115 000. C’est le chiffre le plus faible depuis janvier 2021, hors périodes de crise. Selon le BLS, les secteurs des loisirs et de l’hôtellerie ont même détruit 61 000 postes, tandis que la santé et l’aide sociale en ont créé environ 46 000.

Cette faiblesse est d’autant plus marquante que les créations des deux mois précédents ont été revues à la baisse : 148 000 en avril (contre 179 000 initialement) et 129 000 en mai (contre 172 000), soit un total de 74 000 postes en moins. « Le marché du travail perd clairement de l’élan », commente Bastien Drut, responsable de la stratégie chez CPR AM.

Taux de chômage : une baisse trompeuse

Le taux de chômage a pourtant reculé de 4,3 % à 4,2 %. Mais cette amélioration ne doit pas masquer une réalité moins réjouissante : elle s’explique principalement par la baisse du taux de participation à la population active, tombé à 61,5 %, son plus bas niveau depuis mars 2021, selon la St. Louis Fed. Des travailleurs découragés ont tout simplement cessé de chercher un emploi, ce qui réduit mécaniquement le nombre de chômeurs.

Par ailleurs, le salaire horaire moyen a augmenté de 0,3 % sur un mois pour atteindre 37,64 dollars. Sur un an, la progression atteint 3,5 %, un rythme jugé modéré par les économistes mais qui reste inférieur à l’inflation projetée par la Fed de Cleveland à 3,92 % pour juin. Le pouvoir d’achat des salariés continue donc de s’éroder.

Les marchés financiers soulagés

Ce rapport sur l’emploi a immédiatement changé la donne pour les investisseurs. La probabilité d’une hausse des taux par la Réserve fédérale lors de sa réunion de juillet est tombée à 50 % contre 66 % avant la publication, selon l’outil FedWatch de CME Group. Le scénario d’un statu quo est désormais jugé très probable à 82 %.

Les marchés obligataires ont réagi instantanément : le rendement du Trésor à deux ans, très sensible à la politique monétaire, a cédé six points de base pour s’établir à 4,14 %, rapporte Business Insider. « Ce rapport instille le doute sur la vigueur de l’économie et permet de sécuriser un statu quo lors du prochain FOMC », analyse Bastien Drut. L’enquête ADP, publiée plus tôt dans la semaine, avait déjà montré un ralentissement avec 98 000 créations d’emplois dans le secteur privé en juin.

Contexte en France et en Europe

Ce ralentissement américain est suivi de près par les investisseurs européens. Pour la zone euro, un assouplissement des tensions sur le marché du travail aux États-Unis pourrait réduire les anticipations de hausse des taux de la Banque centrale européenne (BCE), qui craint une transmission des pressions salariales américaines. À Paris, le CAC 40 a ouvert en légère hausse vendredi, porté par l’espoir d’un cycle de resserrement monétaire plus court outre-Atlantique. Toutefois, l’impact direct sur l’économie française reste limité à court terme, les exportations tricolores vers les États-Unis ne représentant qu’une part modeste du PIB.

Quelle prochaine étape pour la Fed ?

La prochaine réunion du Comité de politique monétaire (FOMC) est prévue les 28 et 29 juillet. D’ici là, les regards se tourneront vers les chiffres de l’inflation de juin, attendus le 15 juillet. Si la hausse des prix confirme un ralentissement, la Fed pourrait bel et bien marquer une pause, renforçant le scénario d’un statu quo jusqu’à l’automne.

Sofia
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Sofia Neri

Sofia Neri

Sofia est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans les marchés financiers et la bourse.

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