Essonne : une structure dédiée pour les mineures victimes de prostitution, selon le parquet
Le procureur Grégoire Dulin évoque des adolescentes « complètement détruites » par l’exploitation, alors que l’Essonne renforce sa réponse pénale et sociale.
Le parquet d’Évry-Courcouronnes propose la création d’un accueil spécifique pour les mineures victimes de prostitution. Une mesure qui s’ajoute au Groupe local de traitement de la délinquance lancé en septembre 2025. Les chiffres nationaux révèlent une hausse de 43 % des cas depuis 2021.
Un dispositif inédit en Essonne
Le parquet d’Évry-Courcouronnes a proposé au département de l’Essonne de créer une structure dédiée à l’accueil des adolescentes victimes de prostitution. Une initiative présentée comme une réponse aux « jeunes complètement détruites, désocialisées et dont on peine à voir ce qu’elles vont devenir », selon les mots du procureur de la République, Grégoire Dulin. Des situations similaires ont récemment conduit à des arrestations en France, comme à Lyon en 2026.
Cette proposition s’inscrit dans le cadre du Groupe local de traitement de la délinquance (GLTD), mis en place en septembre 2025. Ce groupe réunit police, gendarmerie et acteurs sociaux pour coordonner la lutte contre la prostitution des mineurs. En avril 2026, un réseau a été démantelé à Corbeil-Essonnes, avec cinq interpellations et plus d’un million d’euros saisis, illustrant l’ampleur du phénomène dans le département.
Des chiffres en hausse et des profils vulnérables
En 2025, 704 mineures ont été recensées comme victimes de prostitution en France, soit une augmentation de 43 % par rapport à 2021. Parmi elles, 416 étaient victimes de proxénétisme et 288 de recours à la prostitution, selon les données de Franceinfo. Les estimations évoquent environ 15 000 mineurs concernés, un chiffre probablement sous-évalué. L’Essonne n’échappe pas à cette tendance, avec des réseaux actifs et des jeunes souvent issus de milieux en rupture familiale ou placés sous la protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
Le département de l’Essonne prend en charge 3 866 mineurs et jeunes majeurs via l’ASE, un nombre en hausse de 40 % en dix ans. En avril 2025, une enquête administrative a été diligentée après un recours judiciaire pour défaillances dans la protection de ces jeunes, accusant le département de ne pas avoir empêché leur exploitation. Une situation qui a conduit à un renforcement des contrôles dans les structures d’accueil.
Prochaines étapes : évaluation et coordination
La création de la structure d’accueil pour mineures victimes de prostitution doit encore être validée par le conseil départemental. Une vérification des dispositifs existants est prévue d’ici fin 2026, avec un accent mis sur la coordination entre les acteurs locaux. Le procureur Grégoire Dulin a souligné l’urgence de « proposer un parcours de reconstruction » pour ces adolescentes, souvent en situation de grande précarité affective et sociale.
À l’échelle nationale, une circulaire devrait renforcer les contrôles dans les départements, après les signalements répétés de défaillances dans la protection de l’enfance. En Essonne, cette initiative s’ajoute aux actions déjà engagées, comme le démantèlement de réseaux ou la sensibilisation des professionnels de terrain.
Sources
- Le Parisien : Prostitution de mineures : bientôt un accueil spécifique en Essonne
- Franceinfo : Hausse de 43 % des victimes mineures de prostitution depuis 2021
- Franceinfo : Recours judiciaire contre trois départements pour défaillances dans la protection de mineurs
- Ministère de l’Intérieur : Traite et exploitation des êtres humains : état des lieux statistique 2024