Eure-et-Loir : un maire contraint de supprimer un message controversé sur les gens du voyage

Le maire du Gault-Saint-Denis a retiré son alerte PanneauPocket après l'intervention du sous-préfet, tandis qu'un élu écologiste a déposé plainte pour discrimination.

Eure-et-Loir : un maire contraint de supprimer un message controversé sur les gens du voyage
Illustration Chloé Martin / info.fr

Le 21 juin, le maire du Gault-Saint-Denis publie un message invitant les habitants à fermer leurs portes à clé après l'installation de gens du voyage. Le sous-préfet exige son retrait immédiat. Jean-François Bridet, conseiller régional écologiste, porte plainte.

L’essentiel

  • 21 juin 2026 : Le maire du Gault-Saint-Denis diffuse une alerte PanneauPocket demandant aux habitants de fermer leurs portes à clé.
  • Retrait immédiat : Le sous-préfet de Châteaudun ordonne le retrait du message, jugé stigmatisant.
  • Plainte déposée : L’élu écologiste Jean-François Bridet saisit le procureur de Chartres pour provocation à la haine raciale.
  • Absence d’aire d’accueil : La communauté de communes du Grand-Châteaudun est en infraction avec le schéma départemental depuis 2017.

Un message d’alerte déclenche la polémique

Le 21 juin 2026, les habitants du Gault-Saint-Denis (Eure-et-Loir) reçoivent une notification de la mairie via l’application PanneauPocket. Le message, signé du maire David Legrand, les invite à « fermer vos portes à clé » et à être « vigilants », en raison de l’installation de gens du voyage dans le secteur. Selon Police & Réalités, l’alerte précise que le groupe est composé d’environ 40 caravanes et s’est installé sans autorisation sur le stade de la commune voisine du Pré-Saint-Évroult, à quelques kilomètres du Gault-Saint-Denis.

Le maire justifie sa démarche par un souci de sécurité. « J’ai voulu protéger mes administrés », déclare-t-il dans les heures qui suivent, sans pour autant évoquer de menace directe. Le message est rédigé dans un ton alarmiste qui suscite rapidement des réactions, d’abord sur les réseaux sociaux, puis auprès des autorités préfectorales.

L’intervention du sous-préfet

Quelques heures après la publication, Aristide Ortiz, sous-préfet de Châteaudun, contacte la mairie et exige le retrait immédiat du message, qu’il juge « stigmatisant à l’égard d’une communauté » et contraire aux principes de neutralité et d’apaisement. Le maire obtempère sans attendre. Sur le compte X officiel de la commune, la mairie publie un message de retrait, confirmant la décision sous l’injonction de l’État.

Le sous-préfet souligne que le contexte ne justifiait pas une telle alerte. « Les forces de l’ordre étaient sur place, la situation était sous contrôle », explique-t-il à ensemble28. Il rappelle également que l’installation de gens du voyage sur un terrain communal, même sans autorisation, ne relève pas d’une urgence sécuritaire justifiant un appel à la méfiance généralisée.

Une plainte pour provocation à la haine raciale

L’affaire prend une dimension judiciaire le lendemain. Jean-François Bridet, conseiller municipal de Chartres et vice-président écologiste de la région Centre-Val de Loire, dépose une plainte auprès du procureur de la République de Chartres. Il dénonce des propos « discriminatoires et constitutifs d’une provocation à la haine raciale », au sens de l’article 24 de la loi sur la presse de 1881.

« Un maire ne peut pas instrumentaliser la peur en désignant une communauté comme une menace. C’est irresponsable », déclare Jean-François Bridet à France Bleu. L’élu écologiste estime que le message, bien que retiré, a déjà causé un préjudice en alimentant des préjugés. La plainte est transmise au parquet de Chartres, qui n’a pas encore communiqué sur les suites réservées.

Contexte dans l’Eure-et-Loir : le manque d’aires d’accueil en cause

Cet incident met en lumière une situation connue dans le sud de l’Eure-et-Loir. La communauté de communes du Grand-Châteaudun, dont dépendent le Gault-Saint-Denis et le Pré-Saint-Évroult, ne dispose d’aucune aire d’accueil réglementaire pour les gens du voyage. Selon ensemble28, elle est en infraction avec le schéma départemental d’accueil depuis 2017, ce qui oblige les groupes itinérants à stationner sur des terrains non prévus à cet effet, générant des tensions régulières.

Le projet de création d’une aire partagée avec le Bonnevalais, évoqué depuis plusieurs années, est aujourd’hui à l’arrêt. Le maire du Pré-Saint-Évroult, Brian Pellerin, a déclaré que les voyageurs « cherchaient simplement de l’ombre en période de canicule », tout en déplorant l’absence de solution pérenne. Le sous-préfet a rappelé que l’État attend de la collectivité qu’elle se mette en conformité, sous peine de sanctions financières.

Ce vide infrastructurel nourrit régulièrement des crispations entre élus et habitants. Pour certains maires, l’absence d’aire d’accueil les place dans une situation délicate, entre obligation d’accueil et pression de leurs administrés. David Legrand assume son message comme une réaction « pragmatique » face à une occupation illicite, mais reconnaît que la forme a pu être maladroite.

Réactions locales contrastées

La plainte de Jean-François Bridet divise dans le département. Plusieurs élus de droite et du centre estiment que la plainte est disproportionnée. « On ne peut pas traîner un maire en justice pour un message de bon sens », commente un conseiller départemental sous couvert d’anonymat. À l’inverse, des associations de défense des droits des gens du voyage saluent la saisine du procureur, estimant que les discours stigmatisants se multiplient faute de solution d’accueil.

La préfecture d’Eure-et-Loir reste discrète. Dans un communiqué bref, elle rappelle que « tout propos susceptible de nourrir des discriminations est contraire aux valeurs républicaines » et que « l’État veille à l’application des lois, y compris quand elles concernent l’accueil des gens du voyage ».

Le parquet de Chartres n’a pas encore indiqué s’il ouvrirait une enquête préliminaire. David Legrand, de son côté, n’a pas souhaité faire d’autre commentaire depuis le retrait du message. Il pourrait être entendu par les enquêteurs si la plainte est jugée recevable.

Ce dossier illustre les difficultés persistantes de l’Eure-et-Loir à concilier obligations légales d’accueil et réalités locales d’installation des gens du voyage, dans un contexte de canicule où les besoins se font plus pressants comme en période estivale.

Chloé
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Sources

Chloé Martin

Chloé Martin

Chloé est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Eure-et-Loir (28), avec Chartres pour chef-lieu. Spécialité du département : cathédrale de Chartres UNESCO et grenier cerealier de France. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Centre-Val de Loire.

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