European Athletics bannit les cadrages sexualisants des athlètes féminines
Un guide de 23 pages cible les ralentis et angles de caméra détournés en ligne
Un guide de 23 pages, co-écrit avec Holly Bradshaw, Ivana Spanovic et Blanka Vlašić, cible les gros plans prolongés et les ralentis détournés. Première application à Birmingham en août 2026, mais aucune sanction prévue.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Contrôle de l'image par les athlètes
Les athlètes féminines réclament le droit de contrôler la façon dont leur corps est filmé et diffusé, après des années de cadrages détournés en compilations en ligne.
Impact sur la santé mentale
Ivana Spanovic alerte sur les effets à long terme des cadrages sexualisants sur la santé mentale des athlètes, qui subissent le regard pendant et après les compétitions.
Égalité de traitement médiatique
Le guide vise à valoriser le sport féminin sur un pied d'égalité avec le sport masculin, en centrant la diffusion sur la performance technique plutôt que sur le corps.
Application sans sanction
Aucune pénalité n'est prévue pour les diffuseurs qui ne respectent pas les directives, ce qui interroge sur leur effectivité réelle au-delà des intentions affichées.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- European Athletics et l'UER publient un guide de 23 pages pour bannir les cadrages sexualisants des athlètes féminines lors des diffusions TV
- Holly Bradshaw, Ivana Spanovic et Blanka Vlašić ont co-écrit les directives en définissant elles-mêmes ce qui relève de la performance technique
- Le guide établit un lien explicite entre choix de réalisation et impacts à long terme sur la santé mentale des athlètes
- 5 disciplines illustrées avec angles positifs et négatifs saut en hauteur, perche, longueur, triple saut, courses
- Première application prévue aux championnats d'Europe de Birmingham du 10 au 16 août 2026, mais aucune sanction en cas de non-respect
- Les directives du CIO après Tokyo 2021 et les précédents comme la gymnastique allemande ou le beach handball norvégien restent sans pouvoir contraignant
Holly Bradshaw regarde l’écran. Sur les réseaux sociaux, ce qu’on commente, ce n’est pas sa performance. Ce sont les ralentis. Des plans serrés sur son corps, détournés, partagés, découpés. Elle en a parlé publiquement. European Athletics a écouté.
Le 15 juillet 2026 - la Fédération européenne d’athlétisme et l’Union européenne de radiodiffusion (UER) publient un guide de 23 pages intitulé « Raising the Bar: Guidelines for Respectful Media Coverage in Women’s Athletics ». Le document cible précisément ce que les athlètes dénoncent depuis des années: les gros plans prolongés sur des parties du corps spécifiques (poitrine, fessiers), les angles bas filmés de derrière ou sous les athlètes, les ralentis qui ne servent qu’à alimenter les compilations détournées en ligne.
Comment les athlètes ont co-écrit le guide
Le guide a été rédigé avec elles, pas pour elles. Holly Bradshaw - perchiste britannique médaillée olympique, a collaboré étroitement à l’élaboration des directives. Ivana Spanovic - sauteuse en longueur serbe, a insisté pour que les angles de caméra innovants et les graphiques éducatifs remplacent les plans intrusifs. Blanka Vlašić - sauteuse en hauteur croate, a apporté son expertise pour montrer ce qui fait une vraie performance sportive.
Elles ont raconté le malaise pendant les compétitions, quand elles sentent la caméra s’attarder. Les vidéos qui ressortent des années plus tard, hors contexte, sur des sites qu’elles ne contrôlent pas. Ce processus de consultation directe a façonné chaque recommandation du document: les athlètes ont défini elles-mêmes ce qui relève de la performance technique et ce qui bascule dans l’objectification.
Le poids des images sur la santé mentale
Ivana Spanovic alerte sur les impacts à long terme. Ce n’est pas seulement l’inconfort pendant la compétition. C’est ce qui suit: les captures d’écran, les montages, les commentaires. Les athlètes subissent le regard bien après avoir quitté la piste. Holly Bradshaw résume: « La façon dont notre sport est diffusé en direct peut être incroyablement puissante, mais parfois nuisible aux femmes qui concourent et aux femmes et filles qui regardent ».
Le guide reconnaît explicitement ce lien entre choix de réalisation et santé mentale des athlètes. En isolant des parties du corps, en ralentissant des gestes qui ne nécessitent aucune analyse technique, les diffuseurs créent un matériau que les athlètes ne maîtrisent plus. L’effet se mesure en années, pas en secondes d’antenne.
Cinq disciplines, angles positifs et négatifs
Le document montre des visuels animés pour cinq épreuves: saut en hauteur, perche, longueur, triple saut, courses. À chaque fois, deux colonnes. À gauche, les angles « positifs », cadres larges, qui montrent la technique, l’effort, la trajectoire du corps dans l’espace. À droite, les angles « négatifs », plans serrés sur les cuisses, cadrages en contre-plongée qui isolent le fessier, ralentis sans justification technique qui transforment l’athlète en objet.
Les recommandations encouragent les angles plus larges qui mettent en valeur la performance athlétique. Montrez ce que le spectateur ne voit pas à l’œil nu, la puissance de l’impulsion, l’angle d’attaque de la barre, la vitesse de rotation.
Recommandations sans sanctions: le paradoxe du pouvoir
Glen Killane - directeur exécutif d’UER Sport, l’écrit sans détour: « La sexualisation des athlètes féminines par des angles de caméra sélectifs et des choix de montage reste une préoccupation majeure dans de nombreuses retransmissions sportives ». L’UER diffuse dans 57 pays - touche plus d’un milliard de téléspectateurs. Dobromir Karamarinov - président d’European Athletics, qualifie ces directives d' »étape cruciale pour éliminer les représentations néfastes des femmes dans le sport ».
Mais aucune sanction n’est prévue pour les diffuseurs qui ne respectent pas le guide. Pas de pénalité. Pas de retrait d’accréditation. Les directives restent des recommandations. La BBC, partenaire de l’UER, pourrait les suivre. Les autres chaînes, moins. Le guide affirme que les athlètes « ont dicté les règles », mais ces règles n’ont aucun pouvoir contraignant. Les athlètes posent le cadre; les réalisateurs décident s’ils le respectent.
Cette tension n’est pas nouvelle. Glen Killane insiste: « Le sport féminin mérite d’être vu, couvert et valorisé sur un pied d’égalité ». Reste que l’égalité de traitement dépend de la bonne volonté des diffuseurs, pas d’une obligation contractuelle. Le guide peut devenir une norme si suffisamment de chaînes l’adoptent. Ou disparaître dans les intentions non suivies d’effets.
Birmingham sera le test
Les championnats d’Europe d’athlétisme se déroulent à Birmingham du 10 au 16 août. C’est là que les directives seront appliquées pour la première fois. Les caméras seront braquées sur les pistes. Cette fois, quelqu’un regardera ce qu’elles filment.
Ce que les précédents nous apprennent
European Athletics n’invente rien. Aux Jeux olympiques de Tokyo en 2021 - Yiannis Exarchos - chef de la radiodiffusion des Jeux, avait déjà tenté de bannir les images excessivement sexualisantes. Son mantra: « L’attrait du sport, pas l’attrait sexuel ». Le Comité International Olympique (CIO) a ensuite mis à jour ses « Lignes directrices de représentation » pour orienter toutes les fédérations vers des diffusions « équitables et égalitaires entre les sexes », en conseillant de ne pas se concentrer inutilement sur l’apparence, les vêtements ou les parties intimes du corps.
Mais ces lignes directrices du CIO, elles aussi, restent des recommandations. Aucune ligue professionnelle majeure n’a encore franchi le pas vers des sanctions contractuelles pour cadrages inappropriés. L’équipe de gymnastique allemande avait concouru en justaucorps couvrant les jambes à Tokyo. L’équipe féminine de beach handball de Norvège avait refusé de jouer en bikini. Dans ces cas, ce sont les athlètes qui se sont adaptées, pas les diffuseurs qui ont été sanctionnés.
Le guide d’European Athletics reprend ces principes. La différence: il les illustre, discipline par discipline, avec des athlètes qui mettent leur nom et leur visage. Les athlètes veulent contrôler leur image. European Athletics leur donne les outils pour que les diffuseurs les respectent. Reste à voir si les réalisateurs suivront. Birmingham le dira.
Sources
- European Athletics - New EBU guidelines tackle harmful stereotypes in women's athletics coverage
- Reuters - European Athletics, broadcasters issue guidelines preventing sexualisation of female athletes
- BBC Sport - European Athletics publishes guidelines to tackle on-screen sexualisation
- Al Jazeera - European Athletics moves to curb on-screen sexualisation of female athletes
- Inside the Games - Europe seeks to curb sexualisation of women's athletics
