Première expulsion en Bretagne pour narcotrafic : une famille rennaise chassée de son HLM
Le tribunal judiciaire de Rennes a validé l'expulsion d'une mère et ses trois enfants mineurs, ciblés par la loi narcotrafic de juin 2025 en raison des agissements du fils aîné de 17 ans.
C'est une première en Bretagne. Le 5 mai 2026, le tribunal judiciaire de Rennes a confirmé l'expulsion d'une famille du quartier du Blosne, actionnée par la préfecture d'Ille-et-Vilaine au titre de la loi narcotrafic du 13 juin 2025. En cause les trafics répétés du fils aîné, mineur, depuis janvier 2025.
C’est une première en Bretagne. Le 5 mai 2026, le tribunal judiciaire de Rennes a confirmé l’expulsion d’une mère célibataire et de ses trois enfants mineurs de leur logement social place de Monténégro, dans le quartier du Blosne. La procédure a été initiée par la préfecture d’Ille-et-Vilaine, en vertu de la loi n° 2025-532 du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic. En cause : les activités de trafic de stupéfiants du fils aîné, âgé de 17 ans.
L’essentiel
- Audience du 5 mai 2026 : le tribunal judiciaire de Rennes valide l’expulsion de la famille de son HLM place de Monténégro, quartier du Blosne.
- Fils aîné (17 ans) : arrêté en janvier 2025, perquisition en mars 2025 (86 g de cannabis, un couteau, des sachets), nouvelle arrestation en août 2025 avec de l’héroïne, condamné en mars 2026 à 90 heures de travail d’intérêt général.
- Date limite de départ : 31 mars 2027, à la fin de la trêve hivernale.
- Mère, auxiliaire de vie : revenu de 830 euros par mois, craignant l’impossibilité de se reloger.
- Ampleur régionale : environ 20 procédures similaires en cours en Ille-et-Vilaine, dont 17 à Rennes, deux familles déjà parties sans jugement.
Les faits reprochés : un an de trafics documentés
Le dossier du fils aîné s’est constitué sur plus d’un an. En janvier 2025, il est interpellé une première fois avec du cannabis. En mars 2025, une perquisition au domicile familial place de Monténégro révèle 86 grammes de cannabis, un couteau et du matériel de conditionnement, selon Le Télégramme. En août 2025, nouvelle arrestation, cette fois avec de l’héroïne. En mars 2026, le tribunal pour enfants le condamne à 90 heures de travail d’intérêt général.
Ces éléments ont servi de base à la procédure d’expulsion engagée par la préfecture. La loi narcotrafic de 2025 autorise le préfet à enjoindre aux bailleurs sociaux de résilier le bail en cas de trouble grave à l’ordre public lié au trafic de stupéfiants - se substituant ainsi aux organismes HLM, qui n’avaient pas engagé la démarche eux-mêmes.
La loi narcotrafic de 2025 : un outil inédit pour les préfets
Avant l’entrée en vigueur de la loi n° 2025-532 en juin 2025, les expulsions pour narcotrafic dans le parc social étaient rares en Ille-et-Vilaine. Les procédures reposaient exclusivement sur l’initiative des bailleurs, sans possibilité de substitution préfectorale, selon l’Union sociale pour l’habitat. La nouvelle loi modifie ce schéma : le préfet peut désormais agir directement, y compris contre la volonté ou l’inertie du bailleur.
C’est Franck Robine, préfet d’Ille-et-Vilaine, qui a enclenché la procédure contre la famille du Blosne. Son service recense actuellement une vingtaine de dossiers similaires dans le département, dont 17 à Rennes. Deux familles ont déjà quitté leur logement volontairement, sans attendre le jugement, selon Le Télégramme.
Une mère à 830 euros mensuels face à l’impasse du relogement
La famille dispose jusqu’au 31 mars 2027 - fin de la prochaine trêve hivernale - pour libérer les lieux. La mère, auxiliaire de vie, perçoit 830 euros par mois. Selon France Info Bretagne (ici.fr), elle dit craindre l’impossibilité de se reloger avec trois enfants mineurs à charge dans ce contexte de marché locatif tendu à Rennes.
Le quartier du Blosne, où se situe le logement, affiche un taux de pauvreté de 49 % au seuil de 60 %, 35,9 % de familles monoparentales et 17,6 % de jeunes de 16 à 25 ans ni scolarisés ni en emploi, selon les données du Commissariat général à l’égalité des territoires (sig.ville.gouv.fr). La situation financière de la mère correspond précisément au profil de locataire le plus exposé au risque de sans-abrisme après une expulsion.
Opposition locale : le collectif « Rennes Sud Mobilisée »
La décision ne fait pas l’unanimité dans le quartier. Un collectif baptisé « Rennes Sud Mobilisée » s’est constitué pour s’opposer aux expulsions dans les HLM liées au narcotrafic. Le 9 avril 2026, ses membres s’étaient rassemblés devant le tribunal de Rennes, qualifiant la mesure de « double peine » pour les familles non directement impliquées dans le trafic, rapporte Actu.fr. La situation n’est pas sans rappeler d’autres territoires confrontés à la montée du narcotrafic, où la question du traitement des proches de trafiquants divise.
Les associations de défense du droit au logement soulèvent la question de la responsabilité collective : la mère n’a pas été mise en cause pénalement dans les activités de son fils. La loi de 2025 ne l’exige pas : le trouble à l’ordre public lié au logement suffit à déclencher la procédure, quel que soit l’auteur direct des faits au sein du foyer.
Contexte dans l’Ille-et-Vilaine
Le département enregistre une pression croissante liée au narcotrafic. En 2025, l’Ille-et-Vilaine a compté 20 homicides, dont 4 directement liés à des trafics de drogue, et 13,7 millions d’euros d’avoirs criminels saisis, selon le procureur de Rennes cité par France Info. À Rennes, les points de deal étaient au nombre de 32 en 2025 ; ce chiffre est redescendu à 22 en 2026, accompagné d’une hausse de 58 % des interpellations de trafiquants depuis janvier, selon Ouest-France.
C’est dans ce contexte que la préfecture a choisi d’activer la loi narcotrafic de façon systématique plutôt que ponctuelle. Le cas du Blosne est le premier à aller jusqu’à une décision judiciaire en Bretagne. D’autres villes françaises cherchent elles aussi à articuler politique de sécurité et logement social, avec des approches variables selon les élus locaux.
L’utilisation de la loi pour cibler des familles dont seul un membre est mis en cause reste juridiquement contestée. Le Centre départemental d’accès au droit de Rennes (cdad-ca-rennes.fr) a publié une note précisant que la loi facilite l’expulsion sans exiger une condamnation définitive du locataire lui-même.
Un précédent qui fera jurisprudence en Bretagne
Avant cette décision, aucun tribunal breton n’avait encore validé une telle procédure fondée sur la loi de juin 2025. Le jugement du 5 mai 2026 constitue donc un premier précédent régional. Les 18 autres dossiers rennais en cours - dont certains pourraient aboutir à des audiences dans les prochains mois - seront instruits en tenant compte de cette décision, selon les informations disponibles à ce stade. Les expulsions initiées par voie préfectorale se multiplient sur le territoire national, sous des régimes juridiques différents.
La famille a jusqu’au 31 mars 2027 pour quitter le logement. Aucune solution de relogement n’avait été rendue publique au moment de la décision.
Sources
- Le Télégramme : Une première en Bretagne : une famille expulsée de son logement social car le fils aîné est un trafiquant de drogue
- France Info / ici.fr Bretagne : Le fils de 17 ans soupçonné d'être lié au trafic de drogue : sa famille sera expulsée de son logement à Rennes
- France Info : Rennes : la justice examine l'expulsion de familles liées au trafic de drogue
- Actu.fr : Narcotrafic au Blosne : une mère menacée d'expulsion locative à cause de son fils, 'c'est insupportable'